Québec refuse d’intervenir

L’auberge Le Pirate.
Photo: Thierry Haroun Le Devoir L’auberge Le Pirate.

Le ministère de la Culture et des Communications n’interviendra pas dans le processus de vente aux enchères à venir touchant deux bâtiments patrimoniaux de Percé, ce qui surprend et choque le maire, André Boudreau, et le directeur du musée Le Chafaud, Jean-Louis Lebreux, qui sont à l’origine de cette demande.

 

En entrevue avec Le Devoir, la directrice de la direction régionale du MCC Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine, Hélène Laterrière, confirme que son ministère n’interviendra pas dans ce processus parce que les bâtiments en question que sont le Bell House (1836) et l’auberge Le Pirate 1777, situés au cœur du village mythique, ne sont pas classés au titre de la Loi sur le patrimoine culturel. Et ce, même s’ils sont situés par ailleurs à l’intérieur du Site patrimonial déclaré de Percé entériné par décret en 1973 (autrefois connu sous l’appellation « Arrondissement naturel de Percé », qui englobe tout le centre-ville).

 

Mme Laterrière tient par ailleurs à préciser que le titulaire de la Culture peut intervenir dans un tel processus dans le seul cas où un bâtiment est classé au titre de la Loi sur le patrimoine culturel. « La ministre peut exercer un droit de préemption, soit préalablement à tout acheteur, quand il s’agit d’un bâtiment classé. » Or, dit-elle, dans le cas qui nous intéresse, on se retrouve avec deux bâtiments qui ne sont pas classés et, de ce fait, « nous n’avons pas le contrôle sur la vente ni sur l’usage éventuel que les nouveaux propriétaires pourraient en faire ».

 

Mme Laterrière se fait toutefois rassurante en rappelant que le prochain propriétaire des bâtiments (le Bell House est évalué à 296 000 $ et Le Pirate à 393 000 $) devra se conformer aux règles et aux principes directeurs qui régissent le Site patrimonial déclaré de Percé sur les plans de la rénovation et de la restauration. « Nous allons assurer un contrôle strict en ce sens parce que ces bâtiments devront être soumis à des travaux de requalification. À titre d’exemple, les couleurs devront davantage être en harmonie avec les bâtiments de Percé [du même type appartenant autrefois à la compagnie Charles Robin]. » Hélène Laterrière rappelle enfin que son organisme entend « suivre la situation de la vente de près » avec Revenu Québec, le courtier et le syndic de faillite. « Vous savez, on fait ce qu’on peut dans le cadre de notre champ de compétence », fait-elle valoir.

 

Le maire persiste et signe

 

Mis au fait de la position du MCC par Le Devoir, le maire André Boudreau a répondu sèchement ceci : « C’est bien trop facile comme réponse, ça. »« Écoutez, a-t-il ajouté, ça donne quoi, alors, d’avoir un site déclaré patrimonial si c’est pour nous répondre qu’ils ne peuvent rien faire. Ce sont des bâtiments historiques qu’il faut protéger. On a une vision pour Percé sur les plans culturel et patrimonial et le ministère de la Culture le sait, ça. En plus, on apprend en plein été la vente de ces bâtiments par le placotage dans le village dans un délai assez court. Il y a un problème, là. » C’est gênant ? « C’est gênant certain, monsieur. »

 

Le maire ne lâche toutefois pas prise et demande à Québec de reconsidérer sa décision en prenant acte de la lettre qu’il a transmise le 15 juillet dernier à la Direction générale du patrimoine et des institutions muséales, dans laquelle on peut lire : « Nous sommes beaucoup à penser que les différents ministères concernés, ainsi que la Ville de Percé, pourraient s’entendre pour préserver ses joyaux et en assurer leur intégrité. Nous pensons qu’il serait important de retarder cette vente, le temps que nous puissions évaluer la faisabilité d’un tel partenariat. »

 

De son côté, le directeur du Chafaud, Jean-Louis Lebreux, dont le musée loge dans un bâtiment appartenant à la SEPAQ, était visiblement dépité par la position du MCC, lui qui souhaitait que Québec entame sans délai des discussions avec la Ville de Percé afin d’acquérir ces deux bâtiments à des fins de musée et de centre d’expositions chargés de la conservation et de la mise en valeur du patrimoine artistique de Percé. « Tous nos espoirs reposaient dans les mains du ministère. C’est tellement facile de ne pas intervenir, vous savez. Nous n’avons pas les moyens de miser 700 000 $ en plus des rénovations des lieux qui coûteront le double. » Est-ce que pour autant le MCC s’en lave les mains ? « Ça me semble en effet être proche de cela », note M. Lebreux, qui ne cache pas son inquiétude quant à « l’avenir des bâtiments, qui sont d’une importance nationale ».

 

La date limite pour déposer une soumission auprès du syndic est fixée au 12 août prochain. Par ailleurs, le soumissionnaire doit déposer en garantie 5 % du montant d’achat qu’il propose.