Direction thérapie pour Ford

Rob Ford, alors qu’il quittait son domicile jeudi matin.
Photo: La Presse canadienne (photo) Frank Gunn Rob Ford, alors qu’il quittait son domicile jeudi matin.

Poussé dans ses derniers retranchements à la suite de révélations concernant l’existence d’une nouvelle vidéo compromettante le montrant en train de fumer ce qui semble être du crack, Rob Ford a quitté temporairement ses fonctions pour « régler ses problèmes ». Pendant son absence, le maire adjoint Norm Kelly tiendra les rênes de la Ville, mais plusieurs observateurs croient que Rob Ford devra faire une croix sur un éventuel retour à la mairie de Toronto.

 

L’étau s’est resserré autour du maire délinquant de Toronto mercredi soir lorsque le Globe and Mail a publié des photos de Rob Ford tenant à la main une pipe utilisée pour consommer du crack. Ces images seraient tirées d’une vidéo tournée samedi dernier dans le sous-sol de la résidence de la soeur de Rob Ford par un trafiquant de drogue. Le quotidien aurait versé 10 000 $ pour mettre la main sur ces photos.

 

Comme si cela ne suffisait pas, le Toronto Sun a pour sa part diffusé un enregistrement réalisé lundi soir dans un bar d’Etobicoke où le maire, passablement éméché, profère des propos grossiers à l’endroit de son adversaire Karen Stintz, candidate à la mairie de Toronto.

 

Au cours de la soirée de mercredi, le maire Ford a annoncé sa décision de se retirer pour se faire soigner. S’il reconnaît dans sa déclaration avoir un problème d’alcool, il reste muet sur sa consommation de crack.

 

Émotion et dégoût

 

La voix étranglée par l’émotion, son frère Doug Ford a assuré son frère de son soutien. « Je suis soulagé que Rob ait reconnu ses problèmes et qu’il ait décidé de solliciter l’aide de professionnels. Ce n’est pas facile à faire, surtout quand vous êtes le maire de Toronto, a-t-il dit. J’aime mon frère. Je continuerai à l’appuyer et demeurerai aux côtés de sa famille à travers cette épreuve. »

 

Pour sa part, Karen Stintz a qualifié de « dégoûtants » les commentaires du maire Ford : « Je suis déçue des propos misogynes du maire Ford. Il n’y a pas de place dans cette ville pour le sexisme et l’homophobie. »

 

À l’instar de Mme Stintz, Olivia Chow, qui brigue elle aussi la mairie de Toronto, n’a pas réclamé la démission de Rob Ford, affirmant que les Torontois s’en chargeraient lors des élections du 27 octobre prochain. « Il est évident que M. Ford est un homme malade et qu’il a un sérieux problème de dépendance, a-t-elle déclaré. Mais il est trop tard. Comme maire, il a eu sa chance. »

 

Les conseillers ont été nombreux à réclamer la démission du maire.

 

En l’absence de Rob Ford, Norm Kelly, maire adjoint, assumera les fonctions de maire. De toute façon, M. Kelly avait hérité de nombreuses responsabilités depuis que le conseil municipal avait dépouillé Rob Ford de la plupart de ses pouvoirs l’an dernier.

 

Rob Ford n’a pas spécifié la durée de son retrait, mais la loi prévoit que s’il ne se présente pas au conseil municipal pendant 90 jours, son siège devient vacant.

 

Le mensonge

 

Les derniers événements ont sérieusement compromis l’avenir politique de Rob Ford. Professeur de science politique à l’Université de Toronto, Nelson Wiseman croit que Rob Ford a franchi un point de non-retour. « Nous connaissons tous quelqu’un qui a un problème de drogue ou d’alcool ou qui est infidèle, mais la chose que personne ne peut tolérer, c’est une personne qui vous ment et qui, de surcroît, le fait à répétition. Or, Rob Ford a menti. En novembre dernier, il a dit qu’il ne toucherait plus à la drogue, qu’il ne boirait plus une goutte d’alcool et qu’il s’entraînerait. »

 

Si jamais il revenait dans l’arène politique, Rob Ford n’aurait aucune chance de gagner, avance le professeur Wiseman. Les sondages démontrent qu’Olivia Chow le devance dans les intentions de vote. Sans réelle organisation et avec les événements des derniers mois, Rob Ford risque de finir troisième, au mieux, dit-il. Quant à la « Ford Nation », elle ne se traduit pas par des appuis solides. « Il est trop tard », tranche Nelson Wiseman.

 

Michel Nadeau, le directeur général de l’Institut sur la gouvernance d’organisations privées et publiques, croit que Rob Ford s’est « auto-exclu » de l’arène politique. « Je pense que sa crédibilité va fondre considérablement. Il y avait de sérieux doutes [sur sa dépendance], mais maintenant, il le reconnaît. »

 

Selon lui, le maire ne devrait même pas songer à revenir en poste : « Je pense que pour les cinq prochaines années, sa carrière est finie. Il pourrait revenir, jouer au miraculé et au gars rependant, mais pas dans les cinq prochaines années. »

 

La thérapie

 

Doug Ford a indiqué à CBC que son frère suivrait une thérapie de 30 jours. S’il lui est difficile de se prononcer sur le cas précis de Rob Ford, Jean-Sébastien Fallu, professeur à l’École de psychoéducation de l’Université de Montréal, doute qu’un mois suffise. « Est-ce qu’on peut penser que dans un mois, il serait apte à diriger la ville sans avoir de déboires et d’autres comportements problématiques ? En tant qu’intervenant, il ne faut jamais perdre espoir, mais si le passé est garant de l’avenir, on peut penser qu’un mois, c’est très court pour se sortir des situations dans lesquelles il se place depuis un an. »

2 commentaires
  • Christian Fleitz - Inscrit 2 mai 2014 10 h 12

    Étrange situation !

    Les frasques du maire de Toronto ont un écho dans la presse internationale et font faire des gorges chaudes à bien des commentateurs. M. Ford est malade d'addictions qui le rendent délinquant, n'évoquons pas les capacités d'un drogué alcoolique à ''piloter'' une ville, surtout de l'importance de Toronto. Cette situation suscite de nombreuses interrogations, voire incompréhensions. Comment une personne dont les preuves d'une conduite délinquante sont exposées sur la place publique, n'a pas à rendre compte de son comportement à la Justice ? Existe-t-il une immunité associée à certaines fonctions publiques ? Le mutisme judiciaire semble démontrer ce privilège, alors que la loi devrait, au contraire, être plus sévère à l'encontre de responsables politiques. Un autre mystère, ce personnage semble avoir encore des partisans en quantité non négligeable : n'est-ce pas une preuve d'incivisme frisant le choix de la délinquance par une partie encore importante de la population torontoise. Par ailleurs, on peut se demander quels sont les ''lobbys'' qui soutiennent ce personnage contre vents et marées : quels sont leurs intérêts ? Enfin, un soin de telles addictions en 30 jours relève davantage d'un argument électoral fallacieux que d'une attitude responsable et démontre surtout un goût inacceptable pour une farce de mauvais goût. Que M. Ford doivent se soigner, c'est une évidence et, dans pour cela, M. Ford est respectable, mais cela devrait rendre incompatible pour le moment son accès à quelques responsabilités publiques que ce soient.

  • Rose-Marie Couturier - Inscrite 2 mai 2014 10 h 19

    Direction thérapie pour Ford

    M. Rob Ford est profondément malade. La dépendance à la drogue, à l'alcool fait des dommages à toute la famille et l'entourage de la personne alcoolique, en l'occurrence m. Ford. Je compatis avec son frère qui veut l'aider, le supporter.
    Il y a toujours espoir quand une personne qui a une dépendance fait une démarche pour s'en sortir.
    Il est vraiment malheureux que m. Rob F ne soit pas sorti plus tôt de l'arène politique pour l'aller ne cure. Il a écorché plusieurs dossiers.
    Cet homme doit prendre son de sa santé, c'est le plus important.
    Je lui souhaite une bonne thérapie, un jour à la fois avc des intervenants compétents à l'écoute et de prendre tout le temps nécessaire pour entreprendre par la suite une nouvelle vie, de nouvelles avenues en vivant loin de la dépendance.