Le i-gaming menace Loto-Québec

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Loto-Québec estime ne pas avoir le choix de suivre de près l'évolution du i-gaming, soit les jeux de loterie et de casino par Internet, et souhaite sensibiliser le gouvernement du Québec à cette réalité par crainte de perdre une portion de sa clientèle.

Cela apparaît d'autant plus important aux yeux du p.-d.g. de Loto-Québec, Alain Cousineau, que le jeu en ligne est en forte croissance et qu'il s'exerce sans aucun cadre juridique. Le phénomène représenterait 4 % de l'ensemble de la loterie légale dans le monde. Si cette proportion continue d'augmenter, cela pourrait avoir un impact commercial important pour Loto-Québec.

«On n'aura pas le choix de s'y intéresser. Mais c'est un phénomène qu'on saisit mal pour l'instant. On n'en mesure pas l'ampleur. Le i-gaming, c'est un peu souterrain. C'est illégal dans à peu près toutes les juridictions. [...] Quand je dis qu'on n'a pas le choix, c'est qu'il y a une réflexion pancanadienne à entreprendre. Il y a d'ailleurs une rencontre prévue bientôt sur la question.

Il faut sensibiliser d'abord la population et le législateur», a expliqué en entrevue au Devoir Alain Cousineau. La pression est forte et elle vient de Kahnawake. Les Mohawks contrôlent en effet près de 20 % du marché mondial de l'hébergement de sites de casinos virtuels à travers une entreprise privée, Mohawk Internet Technologies. Ce sont 200 emplois et au moins un million de dollars retournés dans la communauté autochtone.

Mais voilà, c'est illégal. Sauf si une province décide d'exploiter le pari en ligne, comme le précise le ministère de la Justice du Québec. Or Loto-Québec n'a reçu aucun mandat à cet effet et le gouvernement n'entend pas lui en donner. «On souhaite diminuer l'offre de jeu. Le casino virtuel, ou i-gaming, représente un risque de forte explosion de l'offre sans contrôle sur qui joue ou l'âge des joueurs. Pour l'instant, ce n'est pas envisagé», a affirmé Michel Rochette, porte-parole du ministre des Finances, Michel Audet, de qui relève Loto-Québec.

La société d'État souhaiterait toutefois que le gouvernement intervienne pour colmater la brèche ouverte par les Mohawks. Mais c'est là un problème politique pour le moins périlleux compte tenu que les Mohawks affirment leur autonomie dans le dossier. «C'est difficile de légiférer présentement. Et tout ce qui passe par Internet l'est aussi. Mais on suit ça de près. Le gouvernement réfléchit là-dessus», a assuré M. Rochette.

Pendant ce temps, le marché est florissant. La semaine prochaine se déroulera à Nice, en France, le quatrième congrès mondial d'European i-gaming. Le cocktail d'ouverture est offert par Mohawk Internet Technologies. Pour Alain Cousineau, il faut en prendre acte et cesser de faire comme si cela n'existait pas. «On ne jouera pas seulement sur l'ordinateur. Ce sera aussi sur le téléphone cellulaire. Et cela échappe complètement au contrôle des juridictions», a-t-il souligné.

D'autres pays n'ont pas réussi encore à encadrer l'industrie du jeu virtuel; il n'y a personne qui a de réponse claire. Aux États-Unis, quelques États seulement, dont la Louisiane, le Nevada et le Michigan, ont banni le jeu sur Internet. En Europe, l'Angleterre prône la liberté de marché alors que la France se montre plus protectionniste.

Dans un rapport récent, Valeurs mobilières Desjardins estime que l'entreprise Mohawk Internet Technologies abrite au moins 20 sites parmi les 100 casinos virtuels les plus recherchés. De leur côté, les sociétés de contrôle des loteries à travers le Canada ont mandaté une firme pour analyser le phénomène. «C'est extrêmement difficile à évaluer, a indiqué M. Cousineau. C'est entre 350 et 700 millions en 2004 en matière de volume en faveur des sociétés; 700 millions, c'est l'équivalent de la 6/49 pour l'ensemble du Canada.»

À la Direction de la santé publique de Montréal (DSPM), on s'inquiète que Loto-Québec puisse s'intéresser au dossier dans le but de développer éventuellement ce créneau. «Ce ne serait absolument pas éthique, ni moral, et ce serait tout à fait inacceptable de mettre un produit aussi dangereux sur le marché. [...] La compétition est déjà féroce avant même que le jeu commence. Quand les gouvernements vont s'immiscer dans le jeu par Internet, ça va changer la perception. Cela va rendre acceptables les jeux d'argent sur Internet», croit le sociologue Serge Chevalier, de la DSPM.

L'accessibilité du jeu sur Internet est totale. Il n'y a pas de barrière linguistique. On y trouve une vaste diversité de jeux. Aucun code vestimentaire, aucune obligation de se déplacer ou de subir les commentaires ou les critiques d'autrui ne viennent ralentir l'élan du joueur. Toutefois, note M. Chevalier, la récupération des gains n'est pas toujours facile.

Pour l'instant, le i-gaming n'est pas très populaire au Québec. Moins de 1 % de la population s'y intéresse. Selon M. Chevalier, la situation s'expliquerait par la réticence des Québécois à dévoiler leur numéro de carte de crédit sur Internet, comme c'est le cas pour le commerce électronique. Malgré cela, Loto-Québec redoute de perdre ces joueurs.

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