La fonderie Horne doit «réduire ses émissions d’arsenic», assure Québec

Les émissions d’arsenic de la Fonderie Horne atteignent 100 ng/m³, soit bien au-delà du seuil acceptable de 3 ng/m³ fixé par Québec.
François Ruph Wikicommons Les émissions d’arsenic de la Fonderie Horne atteignent 100 ng/m³, soit bien au-delà du seuil acceptable de 3 ng/m³ fixé par Québec.

Le bureau du premier ministre François Legault a déclaré lundi que la fonderie Horne devait réduire ses émissions d’arsenic. Quelques heures plus tôt, le Collège des médecins demandait à Québec d’agir pour protéger la santé des citoyens de Rouyn-Noranda, au lendemain d’une lettre ouverte d’une cinquantaine de professionnels de la santé allant dans le même sens.

Dans un courriel transmis à La Presse canadienne lundi, l’attaché de presse du premier ministre François Legault écrit que le gouvernement n’exclut « aucun scénario pour assurer le bien-être de la population ».

Le bureau du premier ministre fait valoir que la concentration d’arsenic à la fonderie Horne a déjà diminué grandement depuis l’arrivée de la Coalition avenir Québec au pouvoir, passant de plus de 200 ng/m3 (nanogrammes par mètre cube) en 2018 à 87 ng/m3 l’année dernière.

« Mais soyons clairs : c’est beaucoup trop élevé encore. La fonderie Horne doit réduire ses émissions d’arsenic, c’est une évidence », a écrit Ewan Sauves, l’attaché de presse du premier ministre.

Celui-ci a également indiqué que le ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Benoit Charette, procédait actuellement « au processus de renouvellement du certificat d’attestation de la fonderie, et c’est certain que les choses doivent changer ».

Le gouvernement Legault a ajouté qu’il travaillait avec Glencore, propriétaire de la fonderie, et que « le renouvellement de l’attestation comprendra une nouvelle baisse des émissions ».

Le Collège des médecins s’en mêle

« Les données scientifiques sont claires. On doit rapidement mettre en place des mesures pour assurer une meilleure qualité de l’air. La santé des citoyens de Rouyn-Noranda est primordiale », a écrit sur Twitter le Collège des médecins du Québec en réaction à la lettre ouverte publiée dimanche par un collectif de médecins et professionnels de la santé de la région de Rouyn-Noranda.

L’ordre professionnel des médecins a indiqué à La Presse canadienne qu’il « ne formulera pas d’autres commentaires outre le tweet » qu’il a publié lundi matin. « Nous suivrons assurément ce dossier de près cette semaine », a ajouté la direction des communications du Collège des médecins dans un courriel.

L’Association québécoise des médecins pour l’environnement a donné son appui, lundi, à la demande du Collège des médecins.

Cancérigène

 

Dimanche, une lettre signée par une cinquantaine de professionnels de la santé demande que le premier ministre François Legault « exige sans délai un retour aux mêmes normes que l’ensemble du Québec pour l’exposition aux contaminants atmosphériques » des citoyens qui vivent près de la fonderie Horne.

Les émissions d’arsenic de cette fonderie, qui a commencé ses activités en 1927, atteignent 100 ng/m3, soit bien plus que le seuil acceptable de 3 ng/m3 fixé par Québec.

Le collectif de professionnels de la santé rappelle, dans sa lettre ouverte, que « l’arsenic est un agent cancérigène sans seuil (la probabilité d’un effet augmente à partir de la dose d’exposition zéro). La norme établie par le ministère de l’Environnement du Québec est de 3 ng/m3, norme à laquelle on considère que le risque est négligeable pour la santé. À partir de 15 ng/m3, des effets neurocognitifs ont été décrits dans certaines études sur des enfants. »

Une annexe controversée

 

Radio-Canada a révélé récemment qu’en juillet 2019, le directeur national de santé publique de l’époque, le Dr Horacio Arruda, avait fait retirer d’un rapport une annexe faisant état d’une incidence de cancer du poumon beaucoup plus élevée à Rouyn-Noranda qu’ailleurs au Québec et invoquant l’arsenic comme facteur aggravant. Selon le compte rendu d’une rencontre tenue dans la foulée de la présentation du rapport, le Dr Arruda avait retiré l’annexe après avoir rencontré les dirigeants de la fonderie. Il a récemment affirmé ne rien avoir à se reprocher concernant cette décision.

L’actuel directeur national de santé publique, le Dr Luc Boileau, doit tenir une conférence de presse à Rouyn-Noranda mercredi, et un rapport de l’Institut national de santé publique du Québec sur le sujet est attendu dans les prochains jours.

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