Une annonce précipitée pour Bernard Drainville

L’ex-ministre et animateur de radio Bernard Drainville a dû précipiter l’annonce de son retour en politique la semaine dernière, quand son employeur Cogeco l’a retiré des ondes en le pressant de décider s’il allait être candidat pour la Coalition avenir Québec (CAQ).

Le vice-président des stations de radio de l’entreprise, Pierre Martineau, a affirmé lundi au Devoir qu’il avait fait ce choix quand il a appris que M. Drainville prévoyait rencontrer le premier ministre, François Legault, à ce sujet.

M. Drainville l’a informé lundi dernier qu’il avait l’intention de rencontrer M. Legault le 17 juin après avoir été contacté par l’organisation du premier ministre durant la fin de semaine précédente.

« Je lui ai dit : donne-moi 24 heures, mais une chose est certaine, tu ne peux pas attendre jusqu’au 17 juin », a dit M. Martineau, dans une entrevue accordée au sujet des événements de la semaine dernière.

Après réflexion, il a annoncé mardi à M. Drainville qu’il ne pouvait pas rester derrière le micro. M. Martineau a préféré ne pas courir le risque de créer de fausses perceptions, même si son animateur n’avait pas encore décidé de retourner aux affaires.

« On ne met pas en ondes quelqu’un dont on sait qu’il s’en va en politique. Même s’il y a un doute, il y a un risque pour l’antenne. Tu protèges ton antenne », a-t-il dit.

M. Drainville a finalement annoncé jeudi sa démission à son employeur, le lendemain d’une rencontre avec M. Legault qui avait été devancée.

Dans les officines caquistes, il a été possible de comprendre que le plan de match initial de M. Drainville était partagé.

« Nous, on prévoyait ça plus tard, nous a-t-on indiqué. On voulait étirer le plus loin possible tout en comprenant qu’il y avait un délai pour son employeur s’il acceptait. »

Le PKP de la CAQ

 

Après avoir été annoncée sur les ondes du 98,5 par l’animateur Paul Arcand, vendredi matin, la nouvelle du retour en politique de l’ex-ministre péquiste est arrivée au terme d’une semaine où M. Legault a été sur la défensive en raison de propos sur la nécessité d’obtenir d’Ottawa les pleins pouvoirs en immigration, sans quoi le Québec pourrait devenir la prochaine Louisiane.

Le député libéral Marc Tanguay a aussitôt accueilli le retour de M. Drainville en le qualifiant de « Pierre Karl Péladeau » de la CAQ. Il référait directement au moment décisif de la campagne de 2014, quand l’arrivée de l’homme d’affaires a plombé les efforts de réélection du Parti québécois (PQ) en faisant ressurgir l’idée d’un référendum sur la souveraineté.

Lundi, les libéraux ont commencé cette dernière semaine de travaux parlementaires en tirant de nouvelles salves sur le passé souverainiste de M. Drainville, dont la candidature dans la circonscription de Lévis doit être officialisée mardi.

Des images diffusées sur les réseaux sociaux, notamment par M. Tanguay, montrent Bernard Drainville en 2015, alors qu’il était candidat à la direction du PQ. On l’entend dire : « Il faut commencer par l’indépendance. Je pense que les Québécois sont placés devant un choix et ce choix c’est “province ou pays” ».

Pour une deuxième fois en moins d’une semaine, M. Legault a dû répéter, lundi, que le projet de son parti est à l’intérieur du Canada. « Il y a des gens qui veulent ramener encore les vieux débats fédéraliste-souverainiste, a-t-il dit lors d’un point de presse à l’Assemblée nationale. Nous, on est un parti nationaliste qui défend la langue française, les valeurs québécoises, à l’intérieur du Canada. »

Jeudi dernier, M. Legault avait également dû énoncer cette position après une sortie de l’ex-premier ministre péquiste Lucien Bouchard laissant entendre que le PQ n’était peut-être plus le « véhicule » de la souveraineté.

En fin de semaine, le premier ministre a participé à l’annonce de la candidature de Caroline St-Hilaire dans Sherbrooke. Mme St-Hilaire a été députée du Bloc québécois, un parti souverainiste.

Fin de session

 

Cette houle provoquée par le retour de M. Drainville, qui s’ajoute à celui de Mme St-Hilaire, survient à quelques jours de l’ajournement des travaux parlementaires, vendredi. Durant cette période, les partis politiques tentent habituellement de terminer sur une note positive, ou en donnant à tout le moins l’impression qu’ils contrôlent leur message.

Ces éléments sont encore plus importants alors que point une campagne électorale à la fin de l’été.

Dans les officines caquistes, le ton se veut rassurant malgré l’annonce inopinée de la candidature de M. Drainville à ce moment stratégique.

« Le conseil des ministres est très majoritairement composé de fédéralistes, nous a-t-on dit. C’est clairement des fédéralistes, la majorité de nos députés. Il n’y a pas de débalancement. »

Quant à M. Drainville, son retour ne devrait rien perturber de cet ordre des choses, assure-t-on. « S’il était revenu en politique pour la souveraineté, il serait allé au PQ. La CAQ n’est pas un parti souverainiste et M. Drainville est là où on est et où une majorité de Québécois sont. »

Dans le camp libéral, il n’est pas prévu de lâcher le morceau servi avec le retour de M. Drainville. L’objectif est de profiter d’un défaut du premier ministre : il finit parfois par donner la réponse qu’il doit éviter « quand on appuie plusieurs fois sur le même bouton ».

Avec François Carabin

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