Non à un syndicat réservé aux psychologues du réseau public, dit Carmant

Le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux Lionel Carmant
Graham Hughes La Presse canadienne Le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux Lionel Carmant

Le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, a balayé du revers de la main jeudi la demande des psychologues du réseau québécois qui réclament leur propre syndicat. Ces professionnels estiment pourtant qu’il s’agit de « la solution » pour attirer des psychologues dans le secteur public, les y retenir et ainsi réduire les listes d’attente en santé mentale.

La création d’un syndicat n’est « pas sur la table pour le moment », a affirmé le ministre Carmant. « On veut que [les psychologues] travaillent avec nous et on veut améliorer les services », a-t-il ajouté, lors d’un point de presse sur un autre sujet. L’élu a toutefois souligné l’importance de valoriser le rôle de ces professionnels en favorisant leur autonomie professionnelle.

Ce refus du gouvernement équivaut à dire qu’il « n’est pas si important d’avoir des psychologues au public », dénonce Karine Gauthier, présidente de la Coalition des psychologues du réseau public québécois (CPRPQ). « Sans la création d’un syndicat, on n’arrivera pas à augmenter le nombre de psychologues dans le réseau, qui est en diminution », dit-elle.

À l’heure actuelle, les psychologues du réseau public sont syndiqués avec une centaine d’autres corps de métier. Il est donc difficile pour eux de faire valoir les revendications propres à leur profession, explique Mme Gauthier. « On est les seuls dans le syndicat qui ont un doctorat obligatoire, ce qui fait qu’on commence à travailler vers 30 ans, souligne la psychologue. Il doit y avoir une révision salariale. »

L’écart de salaire entre le secteur public et le secteur privé crée un véritable « exode » hors du réseau, déplore Karine Gauthier. « Plus nos collègues s’en vont vers le privé, plus la charge devient lourde, plus c’est démoralisant et plus les psychologues ressentent un manque de reconnaissance », expose-t-elle.

La CPRPQ prévoit qu’il y aura un manque de 895 psychologues d’ici 2023 dans le réseau québécois. Dimanche dernier, l’association a d’ailleurs organisé une manifestation à Montréal afin de lancer un cri du cœur pour de meilleures conditions de travail.

Des besoins « criants »

Selon Karine Gauthier, les besoins actuels en santé mentale sont « criants ». Au sein du réseau public, les délais d’attente pour la consultation d’un psychologue vont de 6 à 24 mois, souligne-t-elle. « Il y a une crise de santé mentale, dit Mme Gauthier. Mais c’est comme si le ministre Carmant refuse de le voir. »

Quelque 20 000 personnes attendent pour obtenir des services en santé mentale dans le réseau québécois. Mais ce nombre est une sous-estimation, nuance Karine Gauthier. Il exclut les personnes qui refusent de se mettre sur une liste d’attente, car elles « savent déjà qu’elles n’auront pas les services dont elles ont besoin », dit la psychologue.

Avec Violette Cantin

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