Québec renonce à vendre la délégation de Paris

Un projet de rénovation de 25 millions de dollars est en cours dans l’édifice de la délégation du Québec à Paris.
Polymagou Creative Commons Un projet de rénovation de 25 millions de dollars est en cours dans l’édifice de la délégation du Québec à Paris.

Le ministère des Relations internationales et de la Francophonie (MRIF) renonce à vendre le bâtiment patrimonial de la Délégation générale du Québec à Paris (DGQP), qui sera rénové au coût de 25 millions de dollars d’ici 2024, un projet accueilli avec quelques réserves dans l’opposition.

La ministre Nadine Girault a affirmé que les besoins ont été réévalués en raison du télétravail qui s’est répandu depuis la pandémie de COVID-19 et de la hausse des prix de l’immobilier.

« On a besoin de moins de pieds carrés, a-t-elle dit dans une entrevue au Devoir. La superficie requise à la DGQP a été revue à la baisse. L’option de réaménager les lieux est devenue très envisageable. »

Avant l’arrivée de la Coalition avenir Québec au pouvoir, en 2018, les libéraux avaient amorcé un projet visant à vendre l’édifice du 66, rue Pergolèse, aux limites nord-ouest de Paris, où le navire amiral de la diplomatie québécoise est installé depuis 1964. L’objectif était d’acquérir un nouvel immeuble dans un secteur plus près des lieux de pouvoir.

De 54 millions à 25 millions

Peu après son arrivée au gouvernement, la CAQ a pris connaissance du projet. En 2019, le coût d’acquisition d’un nouvel édifice était estimé à 74 millions de dollars, a affirmé Mme Girault. La valeur marchande du 66, rue Pergolèse se situait à 20 millions, ce qui ramenait le coût total de la transaction à 54 millions.

« Le choix se basait sur le fait qu’on avait besoin de plus de superficie, a expliqué la ministre. On voulait déménager dans un arrondissement avec un plus grand potentiel de développement économique. »

Cette hypothèse a toutefois été revue étant donné l’effet de la pandémie sur l’organisation du travail et la flambée des prix de l’immobilier, a déclaré Mme Girault.

« La DGQP est une adresse très prestigieuse, historique, ça fait 60 ans qu’on est là, a-t-elle dit. La beauté, c’est qu’on n’a pas besoin de déménager et en plus, on sauve des coûts en rénovant au lieu de vendre et puis d’acheter. »

Selon des informations obtenues en vertu de la Loi sur l’accès aux documents, les employés de la DGQP seront relocalisés pendant 18 à 24 mois en raison des travaux. En mai 2021, le MRIF prévoyait que les travaux de réaménagement et de mise aux normes seraient terminés « au plus tard au printemps 2023 ».

En entrevue, Mme Girault a affirmé que l’échéancier fixait maintenant la fin du chantier à « au plus tard 2024 ». Le site Internet de la DGQP indique d’ailleurs que ses services ont déménagé temporairement.

En renonçant au projet de vente et d’achat, le MRIF a annoncé à la Société québécoise des infrastructures (SQI) qu’il n’aurait plus besoin de ses services.

« Je vous remercie pour les services rendus à ce jour et vous confirme que le ministère prendra en charge la suite des travaux et contractera directement les entrepreneurs locaux », a écrit en mai 2021 la sous-ministre, Sylvie Barcelo, à la SQI.

La loi régissant le MRIF prévoit notamment qu’il est responsable de « construire ou entretenir tout bien » nécessaire aux activités de ses représentants à l’étranger.

Mme Girault a indiqué que les services d’un chargé de projet local ont été retenus pour encadrer les travaux prévus. « C’était plus pratique d’aller chercher des gens à l’échelle locale », a-t-elle dit.

Le projet prévoit l’aménagement de bureaux à aires ouvertes dans l’édifice.

Des doutes

 

Ministre des Relations internationales sous le gouvernement Couillard, Christine St-Pierre a émis de sérieux doutes quant au budget prévu de 25 millions pour les rénovations. Des travaux très importants, reportés depuis des années, étaient nécessaires pour remettre cet édifice aux normes quand elle a décidé qu’il devrait être mis en vente.

« À 25 millions de dollars, je pense que c’est vraiment utopique, a-t-elle dit en entrevue au Devoir. Je ne suis pas une experte, mais c’est un bâtiment qui nécessite énormément de rénovations. Il n’y a pas de maintien d’actif sur les propriétés du Québec à l’international. »

Avant la défaite des libéraux, trois édifices avaient été visités, mais aucune transaction n’avait été conclue. Selon Mme St-Pierre, la valeur marchande du 66, rue Pergolèse était estimée à 30 millions, quand elle était en poste, et non 20 millions comme l’a affirmé Mme Girault.

« On trouvait que c’était plus efficace pour la diplomatie québécoise d’acheter un nouvel édifice », a-t-elle expliqué.

L’immeuble, selon l’ex-ministre libérale, était dans un piteux état qui nuisait aux activités de représentation.

« La déléguée, quand elle rencontrait des personnages de marque, les recevait à la résidence parce que la délégation n’avait pas ce qu’il fallait », a-t-elle dit.

Avec Dave Noël

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