François Legault nuance ses propos sur l’immigration

«Quand on regarde les statistiques, les statistiques qui existent, c’est la langue la plus utilisée à la maison, il y a un déclin, a dit François Legault. La langue la plus utilisée au travail, il y a un déclin. Donc, on ne peut pas nier qu’il y a un déclin de la place du français au Québec. Puis ça devient une question de temps.»
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne «Quand on regarde les statistiques, les statistiques qui existent, c’est la langue la plus utilisée à la maison, il y a un déclin, a dit François Legault. La langue la plus utilisée au travail, il y a un déclin. Donc, on ne peut pas nier qu’il y a un déclin de la place du français au Québec. Puis ça devient une question de temps.»

Le premier ministre François Legault a nuancé ses propos sur l’immigration, mercredi, tout en fermant la porte à l’idée de hausser le seuil d’accueil du Québec à 58 000 nouveaux arrivants par an.

Lors d’un point de presse avant la période des questions, M. Legault a noté que le Québec est déjà une société accueillante. « Avec 50 000 immigrants par année, on est un des peuples dans le monde qui reçoit, toutes proportions gardées, le plus d’immigrants », a-t-il dit.

M. Legault a été la cible de critiques depuis la fin de semaine, après avoir réclamé de nouveaux pouvoirs en immigration en laissant entendre qu’il fallait empêcher que la situation du français au Québec se détériore au point de se comparer à la Louisiane.

Ces derniers jours, M. Legault a justifié son raisonnement en s’appuyant sur le recul du français comme langue parlée à la maison au Québec. Mercredi, il a ajouté la langue de travail à son équation. « Les statistiques qui existent [pour] la langue la plus utilisée à la maison, il y a un déclin, a-t-il dit. La langue la plus utilisée au travail, il y a un déclin. Donc, on ne peut pas nier qu’il y a un déclin de la place du français au Québec. »

Le spectre de la Louisiane

Quant à sa comparaison avec la Louisiane, M. Legault a reconnu qu’il est difficile de déterminer la rapidité du déclin du français qui pourrait survenir si le Québec n’obtenait pas de tous les pouvoirs sur son immigration, y compris ceux du programme de réunification familiale. « Est-ce que ça va prendre 25 ans, 50 ans, 60 ans ? Mais, à partir du moment où il y a un déclin, bien, tout le monde qui tient à ce que les prochaines générations parlent français devrait être préoccupé », a-t-il dit.

Au Salon bleu, le chef parlementaire de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, a souligné le changement dans les références utilisées par M. Legault. « Tout le monde a reconnu que le premier ministre vient spectaculairement de changer de discours, a-t-il dit. Tout d’un coup, il parle du français comme langue du travail. Ses propos controversés de la fin de semaine, ce n’était pas là-dessus, c’était sur le français comme langue à la maison. »

Mardi, le premier ministre avait donné du carburant à l’opposition libérale en qualifiant d’anecdote la situation du député Saul Polo, dont la famille est issue de l’immigration et qui parle français. M. Legault s’est expliqué à ce sujet mercredi. « Ce que j’ai voulu dire [mardi], c’est qu’on peut bien prendre des exemples comme le sien pour dire que “oui, lui, il a appris le français”, mais ce sont des exemples. Il faut regarder le portrait global, puis le portrait global, c’est que le français est en déclin au Québec », a-t-il précisé.

Pas de hausse du seuil annuel

 

M. Legault a rejeté mercredi une proposition d’un rapport d’expert, commandé par le gouvernement, qui souligne qu’à défaut de faire passer le seuil annuel d’immigration de 50 000 à 58 000 personnes, la population du Québec reculera.

La semaine dernière, le ministre de l’Immigration, Jean Boulet, avait fait volte-face après avoir d’abord jugé que cette proposition était raisonnable. « Il s’est rétracté, a souligné M. Legault. Il n’est pas question de hausser le seuil de 50 000, on pense qu’on a atteint la capacité d’intégration. »

M. Legault ne s’est pas inquiété de l’impact du maintien du statu quo, qui pourrait causer une baisse de la population québécoise. « Ce qu’on veut, c’est augmenter la richesse par habitant, le PIB par habitant », a-t-il affirmé.

Au Salon bleu, M. Polo a soutenu que M. Boulet, également ministre du Travail et de l’Emploi, avait été forcé de se raviser dans après avoir constaté que le manque de main-d’œuvre nécessite une hausse de l’immigration. « En osant aller à l’encontre de la ligne de pensée, la ligne dictée par le premier ministre, le ministre de l’Emploi a dû rentrer dans les rangs et s’est fait rabrouer publiquement, a-t-il dit. C’est grave : le ministre a été forcé de se contredire parce qu’il a osé dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas autour du premier ministre. »

M. Polo a ensuite échoué dans sa tentative de faire adopter une motion par ses collègues afin de préciser que la langue utilisée à la maison ne devrait pas servir d’indicateur de la vitalité du français au Québec. « Le contrat moral de l’immigration n’a jamais inclus la langue parlée à la maison, a-t-il dit. Si c’est vers là qu’ils veulent aller, ils vont nous trouver. Ils ne vont jamais nous retirer ce droit-là, de parler la langue qu’on souhaite. »

En point de presse, M. Legault avait justifié sa référence à la langue parlée à la maison. « S’il n’y a plus personne au Québec qui parle français à la maison, ça veut dire que le français, éventuellement, va disparaître », avait-il dit.

Assermenté mercredi ministre de la Langue française, Simon Jolin-Barrette a lui aussi fait référence à la Louisiane pour justifier la demande de nouveaux pouvoirs en matière d’immigration à Ottawa, qui a déjà offert une fin de non-recevoir. « La situation pourrait se diriger vers celle de la Louisiane et si on n’agit pas comme on l’a fait, il y a toujours un risque pour le français », a-t-il dit dans un échange avec la presse.



À voir en vidéo