Critiqué pour ses propos sur l’immigration, Legault riposte

Le premier ministre, François Legault, a laissé entendre que sans nouveaux pouvoirs, le Québec pourrait devenir une nouvelle Louisiane.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le premier ministre, François Legault, a laissé entendre que sans nouveaux pouvoirs, le Québec pourrait devenir une nouvelle Louisiane.

Accusé de créer une nouvelle diversion en faisant un rapprochement entre l’immigration et une éventuelle « louisianisation » du Québec, le premier ministre François Legault a riposté en affirmant avoir l’intention de distribuer à la population une nouvelle compensation de la hausse du coût de la vie.

En chambre, M. Legault a soutenu que son gouvernement comptait envoyer un nouveau chèque aux Québécois pour lutter contre l’inflation, après avoir été accusé de créer une crise pour masquer les problèmes liés à l’inflation, à la crise du logement et à la pénurie de main-d’œuvre.

M. Legault a indiqué vouloir aller plus loin, après avoir distribué un premier chèque de 500 $ aux personnes qui gagnent moins de 100 000 $ afin de contrer l’inflation. « On avait évalué l’impact à 500 $, on se rend compte que c’est plus que ça, a-t-il dit. Donc, on aura l’occasion, durant la campagne électorale, chacun des partis, d’expliquer ce qu’on va faire d’ici la fin de 2022. »

Le premier ministre a du même souffle répété que de nouveaux pouvoirs en immigration sont nécessaires pour que Québec contre le déclin de l’utilisation du français à la maison. « Il y a une tendance et, si on ne fait rien, à long terme, est-ce que ça prendra 25, 50, 60 ans, il y a un risque effectivement que le Québec se retrouve dans la même situation que les autres provinces canadiennes, que la Louisiane », a-t-il dit.

Plus tôt, des partis de l’opposition avaient dénoncé son rapprochement entre l’immigration et une éventuelle « louisianisation » du Québec.

La cheffe libérale, Dominique Anglade, a accusé mardi M. Legault de tenir des propos clivants pour faire diversion. « Il est allé en inventer, une autre crise, a-t-elle dit en point de presse. […] Ce que j’ai vu, c’était le ministre souverainiste, qui veut faire absolument une bataille avec Ottawa, c’est ça que j’ai vu. »

La députée de Québec solidaire Manon Massé a également accusé M. Legault d’avoir créé une crise de toutes pièces. « Il n’y a pas de crise d’immigration, a-t-elle dit. Il y a une crise du logement. Il y a une crise climatique, de toute évidence. Une crise en santé mentale, une crise liée au coût de la vie, mais ça, on n’en entend pas beaucoup parler du côté de la CAQ. »

L’avenir du français

La fin de semaine dernière, M. Legault a affirmé que le fédéral devait accorder à son gouvernement de nouveaux pouvoirs en matière d’immigration pour éviter que le Québec « devienne une Louisiane ».

Mardi, à l’Assemblée nationale, la ministre des Relations internationales, Nadine Girault, a assuré que le Québec demeurerait une terre d’accueil pour les immigrants. Elle a tempéré les propos du premier ministre et son utilisation de l’image de la Louisiane. « Il l’a utilisée, d’accord, mais il ne faut pas le prendre au mot non plus, a-t-elle dit. Il faut qu’on fasse attention à notre langue française, c’est une langue qu’on veut protéger. […] Le Québec a toujours été une terre d’accueil pour les immigrants, on va continuer de le faire. »

Le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, a donné raison à M. Legault quant aux risques auxquels le français est exposé au Québec. « On est toujours à risque de voir le français reculer de manière irréversible, notamment dans certaines portions de notre territoire », a-t-il dit, en ajoutant que la province n’est pas au stade de la Louisiane.

Selon le chef péquiste, le mandat fort demandé par M. Legault pour faire pression sur Ottawa est déjà voué à l’échec. « François Legault a tort parce que ce qu’il dit, c’est qu’aux prochaines élections, il obtiendrait plus de députés, de sorte qu’il obtiendrait les pouvoirs en immigration, a affirmé M. St-Pierre Plamondon. Ça ne tient pas la route. »

En chambre, le chef parlementaire péquiste, Joël Arseneau, a souligné que, depuis Ottawa, le premier ministre Justin Trudeau avait déjà rejeté la demande de M. Legault. « Justin Trudeau lui a répondu : “Oubliez ça.” Maintenant que son plan de campagne électorale est bousillé, c’est quoi, le plan de match du premier ministre pour faire respecter les intérêts du Québec et aller chercher des pouvoirs ? » a-t-il demandé.

M. Legault a admis qu’il restait « encore du travail à faire » pour « expliquer à tout le monde » que le Québec doit récupérer l’ensemble des pouvoirs en matière d’immigration, dont la réunification familiale, pour favoriser l’intégration des nouveaux arrivants à la majorité francophone.

« Je sais que le Parti québécois veut faire un référendum sur la souveraineté du Québec dans le prochain mandat, a-t-il dit. C’est ça, son moyen de régler la question de l’immigration. C’est son choix. »

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