Minuit moins une pour élargir l’aide médicale à mourir au Québec

«L’aide médicale à mourir anticipée, c’est être capable de partir en sérénité. Si aujourd’hui, je pouvais faire une demande, c’est clair que je dormirais mieux la nuit», a expliqué à l'Assemblée nationale Sandra Demontigny,  une Québécoise atteinte d’Alzheimer précoce.
Photo: Valérian Mazataud Archives Le Devoir «L’aide médicale à mourir anticipée, c’est être capable de partir en sérénité. Si aujourd’hui, je pouvais faire une demande, c’est clair que je dormirais mieux la nuit», a expliqué à l'Assemblée nationale Sandra Demontigny,  une Québécoise atteinte d’Alzheimer précoce.

« Notre compte à rebours est parti. » Les partis d’opposition s’associent avec Sandra Demontigny, une Québécoise atteinte d’Alzheimer précoce, pour presser le gouvernement de modifier la loi encadrant l’aide médicale à mourir.

Il y a cinq mois, les quatre partis politiques représentés à l’Assemblée nationale cosignaient un rapport renouvelé sur les soins de fin de vie. Le document, comprenant 11 recommandations, appelait notamment à une modification de la loi pour offrir aux personnes atteintes de maladies incurables la possibilité de faire une demande anticipée d’aide médicale à mourir.

Cinq mois plus tard, et même s’il s’est engagé à le faire, le gouvernement de François Legault n’a toujours pas déposé de projet de loi en ce sens. Il ne lui reste que quatre semaines avant la fin des travaux parlementaires, lesquels ne reprendront pas immédiatement l’automne prochain, élections obligent.

Jeudi, le Parti libéral du Québec, Québec solidaire et le Parti québécois ont renouvelé leur vœu de voir naître un projet de loi au plus vite. À leurs côtés : Sandra Demontigny, autrice du livre L’urgence de vivre : ma vie avec l’Alzheimer précoce, qui raconte le combat qu’elle mène depuis son diagnostic. Elle estime n’avoir que « deux à trois années » supplémentaires de vie active.

« Notre compte à rebours est parti. Il n’arrête pas : chaque journée qui passe, on la perd », a lancé Mme Demontigny jeudi au parlement.

« L’aide médicale à mourir anticipée, c’est être capable de partir en sérénité. Si aujourd’hui, je pouvais faire une demande, c’est clair que je dormirais mieux la nuit », a-t-elle ajouté.

Un délai limité

 

Lors de son bilan de session parlementaire, l’automne dernier, François Legault, avait fait part de son souhait que le texte législatif soit modifié d’ici la fin du mandat caquiste. « Évidemment, je vais avoir besoin de la collaboration des oppositions, mais je souhaite, et les Québécois le souhaitent, qu’on élargisse l’aide médicale à mourir tout en mettant les balises pour éviter les dérapages », indiquait-il alors.

« Si on regarde le calendrier, il reste quatre semaines, dont deux intensives », a laissé tomber jeudi le député solidaire Vincent Marissal, qui avait participé aux travaux de la Commission spéciale sur l’évolution de la Loi concernant les soins de fin de vie, l’an dernier. Selon lui, les occasions d’adopter un projet de loi avant la fin de la législature sont extrêmement limitées.

La députée du Parti québécois Véronique Hivon, qui avait déposé la première mouture de la Loi concernant les soins de fin de vie, « tend la main » au gouvernement. « Ce qu’on veut, c’est qu’il soit déposé [le projet de loi] dans les prochains jours. Nous, on offre toute notre collaboration pour siéger le jour, la nuit. On ne lésinera pas sur la rigueur, mais […] on pense qu’on peut y arriver », a-t-elle dit jeudi.

« Ça se fait », a enchaîné le député libéral David Birnbaum.

En mêlée de presse, jeudi, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, a réitéré son désir de déposer un texte législatif d’ici l’ajournement des travaux, sans préciser à quelle date.

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