Les ponts de Québec sont en péril, d’après les ingénieurs de l’État

Le pont de Québec «a atteint sa fin de vie utile», stipule la directrice des grands projets de la région métropolitaine de Québec dans l’affidavit, et «le MTQ doit intervenir sans délai afin de le maintenir sécuritaire».
iStockphoto Le pont de Québec «a atteint sa fin de vie utile», stipule la directrice des grands projets de la région métropolitaine de Québec dans l’affidavit, et «le MTQ doit intervenir sans délai afin de le maintenir sécuritaire».

En plein conflit de travail, les ingénieurs du gouvernement tirent la sonnette d’alarme quant à l’état de santé des ponts Pierre-Laporte et de Québec. De l’avis même des « hauts généraux » du ministère des Transports, l’intégrité des deux liens vitaux de la grande région de la capitale est en péril à moins que des travaux soient entrepris « sans délai ».

Le danger est « imminent », la situation « alarmante » et le réseau, « en décrépitude », à en croire l’Association professionnelle des ingénieurs du gouvernement du Québec (APIGQ), qui n’a pas mis de gants blancs pour dénoncer « le manque de transparence » du gouvernement.

« La pente à remonter, elle est énorme », a indiqué le président de l’APIGQ, Marc-André Martin, lors d’une conférence où la clameur des ingénieurs en train de manifester, près de l’Assemblée nationale, était audible.

Pour dresser ce sombre bilan de santé des ponts Pierre-Laporte et de Québec, les ingénieurs publics s’appuient sur deux déclarations sous serment faites par autant de cadres régionales du ministère des Transports (MTQ) et obtenues dans le cadre d’un recours intenté par le MTQ pour obliger ses ingénieurs à maintenir les services essentiels.

« À notre grande surprise, à deux jours du déclenchement de notre grève générale, a déclaré M. Martin, le ministère nous a réclamé une quantité très nombreuse de projets à réaliser en urgence. »

C’est dans le contexte de ce litige que 17 cadres du ministère des Transports ont témoigné sous serment quant à l’urgence de mener à bien certains travaux.

Deux de ces affidavits révèlent que des chantiers « doivent absolument être complétés ou mobilisés pour assurer la sécurité du public » sur les deux ponts à Québec.

La directrice régionale de la région de Chaudière-Appalaches, Odile Béland, indiquait dans une déclaration signée le 14 avril dernier que « des interventions rapides » sur les suspentes « ne peuvent être reportées puisqu’[elles] mettent en cause la sécurité du pont Pierre-Laporte ».

Elle précise que le « remplacement de toutes les suspentes doit être planifié à court terme » pour éviter que des travaux d’urgence, semblables à ceux entrepris l’automne dernier, soient nécessaires.

La même note résonne au sujet du pont de Québec, selon la déclaration de la directrice des grands projets de la région métropolitaine de Québec, Manon Murray. Le pont métallique « a atteint sa fin de vie utile », déclare-t-elle dans l’affidavit, et « le MTQ doit intervenir sans délai afin de le maintenir sécuritaire ».

Dans leur déclaration, les directrices précisent qu’attendre trop longtemps avant d’effectuer les travaux pourrait entraîner la fermeture des ponts à la circulation, « ce qui aurait un impact sur le temps de réponse des services d’urgence ».

« Quand on se rend au point où quelques semaines ou quelques mois font en sorte que l’intégrité structurale d’une structure comme le pont Pierre-Laporte est compromise, de toute évidence, on a un problème », a lancé M. Martin, précisant que les ingénieurs s’engageaient, malgré la grève, à collaborer pour réaliser les travaux nécessaires sur les suspentes.

Le gouvernement en colère

 

Le ministre des Transports, François Bonnardel, fulminait à la suite de la sortie des ingénieurs publics. « C’est irresponsable de la part des ingénieurs de laisser croire aux automobilistes que les structures, au Québec, sont en danger », a-t-il affirmé en mêlée de presse. Il a répété que les ponts concernés par les affidavits sont « absolument » sécuritaires.

« Je ne veux pas revoir un pont de la Concorde qui tombe, et surtout pas un pont des Piles qui doit fermer à quelques heures d’avis comme j’ai dû le faire récemment à Shawinigan, a ajouté le ministre des Transports. Ce qu’on dit, c’est qu’on doit assurer, malgré des moyens de pression, des inspections plus que visuelles sur nos principaux ponts du Québec présentement. »

La présidente du Conseil du trésor, Sonia LeBel, « ose espérer qu’on ne fait pas de la sécurité des gens un moyen de pression. [Les ingénieurs] sont des gens qui font partie d’un ordre professionnel, ils ont des responsabilités en ce sens-là ».

Elle assure que les négociations se poursuivent avec le syndicat qui représente les 1800 ingénieurs de l’État. Le camp de l’APIGQ affirme que l’enjeu salarial continue d’achopper et maintient que la profession, lorsqu’exercée au public, accuse « un important retard » sur le marché.

« Nous sommes devenus dépendants du secteur privé pour nous dire quoi faire, comment le faire, quand le faire », a affirmé Marc-André Martin, déplorant que l’expertise quitte en masse, selon lui, le giron public au profit du privé.

Les ingénieurs exigent un rattrapage salarial de 14,7 %, plus des « augmentations économiques ».

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