100 millions pour Polycor, deux mois après un coup de fil du p.-d.g. au ministre Fitzgibbon

Pierre Fitzgibbon a été l’objet d’une réprimande de la commissaire à l’éthique en novembre 2020 en raison de ses liens avec un lobbyiste, Luc Laperrière, qu’il a reçu en compagnie de dirigeants d’entreprises, dont Polycor.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Pierre Fitzgibbon a été l’objet d’une réprimande de la commissaire à l’éthique en novembre 2020 en raison de ses liens avec un lobbyiste, Luc Laperrière, qu’il a reçu en compagnie de dirigeants d’entreprises, dont Polycor.

Le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, a annoncé mercredi un investissement de près de 100 millions de dollars dans Polycor, une entreprise qui avait contribué à une controverse portant sur ses liens avec un ami lobbyiste.

M. Fitzgibbon a déclaré que cet achat d’actions privilégiées et ordinaires par l’entremise du Fonds de développement économique (FDE) et des fonds propres d’Investissement Québec (IQ) était conditionnel au maintien au Québec du siège social de l’entreprise, qui exploite entre autres des carrières de granit.

« On sécurise et solidifie un siège social au Québec, on maintient 350 emplois et on appuie une entreprise qui veut s’automatiser et conquérir de nouveaux marchés », a-t-il dit lors d’une conférence de presse depuis les bureaux de l’entreprise dans le Vieux-Québec.

Avec cette annonce, le gouvernement, IQ et les dirigeants québécois de Polycor détiennent 20 % du capital de la firme.

En novembre 2020, M. Fitzgibbon a été l’objet d’une réprimande de la commissaire à l’éthique, Ariane Mignolet, en raison de ses liens amicaux et financiers avec un lobbyiste, Luc Laperrière, qu’il a reçu en compagnie de dirigeants de Polycor.

Mercredi, M. Fitzgibbon a rejeté toute prétention voulant que sa participation à l’annonce crée une nouvelle apparence de conflit d’intérêts. « C’est moi qui me suis imposé pour être ici », a-t-il dit.

M. Fitzgibbon a expliqué qu’il connaissait le président-directeur général de Polycor, Patrick Perus, avant que ce dernier ne retienne les services de M. Laperrière comme lobbyiste. « Mon excitation pour Polycor remonte à avant ça. J’ai connu M. Perus en 2015, on avait failli travailler ensemble à l’époque. »

Un coup de fil il y a deux mois

 

En commission parlementaire, durant l’étude annuelle des crédits budgétaires d’IQ, M. Fitzgibbon a été questionné sur la transaction par les partis de l’opposition.

Il a assuré que M. Laperrière n’était pas impliqué dans le dossier qui a mené à la prise de participation dans Polycor. « Il n’y a pas de conflit d’intérêts, il n’y a pas d’apparence, c’est dans la tête de gens qui veulent trouver des bibittes. Les gens que je sers, de la communauté des affaires, qui regardent comment le gouvernement du Québec peut aider, sont très fiers de voir ce genre d’intervention. »

Le ministre a expliqué que M. Perus lui a téléphoné il y a deux mois pour demander si IQ voudrait prendre une participation dans Polycor. « J’ai dit : “absolument”. Investissement Québec a pris le relais avec l’équipe du ministère », a raconté M. Fitzgibbon en précisant que la conversation n’a duré que 45 secondes.

Présent aux côtés du ministre, le président-directeur général d’IQ, Guy LeBlanc, a été incapable de préciser qui avait reçu en premier l’appel de Polycor dans ce dossier. « Très souvent, Pierre Fitzgibbon a l’appel, a-t-il dit. Très souvent, c’est moi qui ai l’appel. Et on travaille ensemble pour trouver une solution afin de mettre en place le financement nécessaire. »

Le fonds d’investissement torontois Birch Hill Equity Partners Management détient la majorité du capital de Polycor. C’est ce fonds qui a mené les discussions avec IQ, a précisé M. Perus durant la conférence de presse. « Moi, je n’ai eu aucun rendez-vous avec personne », a-t-il assuré.

Le député libéral Marc Tanguay s’est étonné de la rapidité avec laquelle M. Perus a obtenu son financement, deux mois après l’appel au ministre. « Je trouve que c’est une façon très particulière d’entamer un dossier, en disant “moi je connais le ministre, je l’appelle” », a-t-il déclaré en soulignant que leurs liens remontent à 2015. « Après, le ministre transfère le dossier, mais c’est clair qu’un dossier transmis par le ministre à IQ, ça va sur le dessus de la pile. »

La députée de Québec solidaire Ruba Ghazal estime que M. Fitzgibbon devrait s’abstenir de participer à des annonces impliquant des entreprises mentionnées dans les rapports de la commissaire à l’éthique qui le concernent. « C’est ce mépris qui me choque et me dérange, a-t-elle dit. C’est cette apparence de conflit d’intérêts qui est dérangeante, au-delà de l’annonce elle-même. »

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