Le «bitube» du troisième lien se résumera à 10 pages d’ici les élections

Le ministre des Transports, François Bonnardel, promet qu’une première mise à jour annuelle aura lieu au printemps 2023 après les élections.
Francis Vachon Le Devoir Le ministre des Transports, François Bonnardel, promet qu’une première mise à jour annuelle aura lieu au printemps 2023 après les élections.

Le gouvernement caquiste ne fournira pas de nouvelles données sur le troisième lien Québec-Lévis d’ici le prochain rendez-vous électoral. Tout viendra toutefois à point à qui saura attendre, promet le ministre des Transports, François Bonnardel : la population aura toute l’information disponible lors de la prochaine mise à jour annuelle, au printemps 2023.

Présenté le 14 avril dernier, le « bitube », plus récente mouture du troisième lien promis par la CAQ en campagne électorale, fait l’objet d’une « nouvelle modélisation » dont les résultats ne seront pas connus du public avant un an.

C’est donc sur la foi du document de 10 pages qui accompagnait le dévoilement des deux tunnels projetés par la CAQ que les Québécois devront se prononcer le 3 octobre prochain. Une étude de faisabilité technique datant de 2016 figure aussi sur la page consacrée au Réseau express de la Capitale : son auteur, Bruno Massicotte, estime toutefois lui-même qu’elle n’est plus à jour.

« On n’aura pas de données, on n’aura pas de chiffres, on n’aura rien d’ici l’élection », a déploré le député libéral de Pontiac, André Fortin, lors de l’étude des crédits budgétaires des Transports.

Pour le gouvernement, la pertinence du projet ne fait aucun doute, avec ou sans étude à l’appui. La vétusté du pont de Québec, plus que centenaire, la saturation du pont Pierre-Laporte aux heures de pointe et la nécessité de « boucler la boucle » du transport collectif pour rendre ce dernier plus attractif suffisent à justifier la construction d’un troisième lien sous le Saint-Laurent et sa facture oscillant entre 6 et 7 milliards de dollars.

« Personne peut nier le fait qu’il y a un déficit d’infrastructures entre les deux rives », a répété le ministre des Transports en invoquant une analyse comparative fédérale montrant que Québec fait piètre figure en matière de liens interrives par rapport à d’autres villes nord-américaines.

Le député péquiste de Matane-Matapédia, Pascal Bérubé, a demandé en vain à voir le dossier d’opportunité, un document touffu qui précède habituellement l’élaboration des projets majeurs d’infrastructure publique et qui permet aux autorités d’apprécier leur pertinence et de recommander la meilleure option à long terme pour répondre au besoin exprimé.

« Il n’y a pas de dossier d’opportunité », a confirmé mardi le ministre Bonnardel. Le gouvernement a préféré accélérer le processus en invoquant l’article 32 de la Directive sur la gestion des projets majeurs d’infrastructure publique, qui permet de contourner la voie « normale » avec l’autorisation du Conseil des ministres.

« C’est un peu fou, a souligné André Fortin. On arrive avec une solution et, après ça, on va donner les besoins. Me semble qu’on mesure les besoins avant d’arriver avec la solution. »

La densification, « une tendance »

Le ministre Bonnardel a insisté sur l’importance d’augmenter l’attractivité du transport collectif en réduisant les temps de parcours entre le centre-ville de Lévis et celui de Québec. « Pour nous, c’était indéniable que l’attractivité du transport collectif était importante », a affirmé le ministre. Il n’a toutefois pas précisé les raisons qui ont mené son gouvernement à sacrifier les voies permanentes réservées au transport collectif dans la plus récente mouture du troisième lien.

Les oppositions ont pris plaisir à rappeler des affirmations antérieures prononcées par des collègues du ministre des Transports. Pascal Bérubé a rappelé que le député de La Peltrie, Éric Caire, avait dit il y a quelques années qu’un troisième lien dont le coût dépasserait quatre milliards de dollars tiendrait du « scénario catastrophe ».

Plus récemment, le ministre de l’Environnement, Benoit Charette, a soutenu que le tunnel envisagé par la CAQ constituait « une belle façon » de freiner l’étalement urbain.

François Bonnardel, mardi, a tranché : le « bitube » à 6,5 milliards de dollars ne représente pas une « catastrophe », et son ministère ne prétend pas non plus que les tunnels endigueront l’étalement. « Il y a quelques années, quand je suis arrivé, on parlait d’occupation du territoire. Aujourd’hui, c’est de l’étalement, a affirmé le ministre des Transports. Je l’ai mentionné : la tendance, chez les architectes et les urbanistes, c’est de densifier. »

Il a accusé la députée solidaire de Taschereau, Catherine Dorion, de « supposer » que le troisième lien allait alimenter le développement immobilier à ses embouchures. « Personne, personne au sein du gouvernement a dit que du jour au lendemain, on allait “bulldozer” les terres agricoles », a souligné M. Bonnardel, précisant que des règles existent au [ministère des Affaires municipales et de l’Habitation] pour protéger ces dernières.

Le ministre n’a toutefois jamais admis que le « rééquilibrage » du développement souhaité par son gouvernement à l’est, sur la rive sud du Saint-Laurent, constituait de l’étalement urbain. « On n’aura pas de réponse, a déploré Mme Dorion au terme d’un échange parfois tendu entre elle et le ministre. C’est comme quand on se fait “ghoster” sur Internet, a-t-elle conclu. Pas de réponse, c’est une réponse. »

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