Québec rate ses propres cibles pour l’accès aux services de garde

Le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, à l’Assemblée nationale
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, à l’Assemblée nationale

Le gouvernement a raté ses propres cibles pour la création et la conversion de places en services de garde, pendant que la liste d’attente dans le réseau s’est allongée, passant à près de 52 000 enfants au cours de la dernière année.

En octobre 2020, le gouvernement Legault a annoncé son intention de transformer 3500 des 70 000 places en garderies non subventionnées en places subventionnées sur une période de deux ans. Or mardi, le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, a confirmé que ses équipes n’étaient parvenues qu’à convertir la moitié de ces places, soit 1767, en deux ans.

Interrogé par la députée libérale Jennifer Maccarone, le ministre a aussi confirmé que le gouvernement était parvenu à créer, au net, 1930 places au 31 mars, bien loin de l’objectif de 5000 à 7000 places qu’il s’était donné l’an dernier. En tout, 4964 places ont été créées en CPE et en garderies subventionnées en 2021-2022, mais 3034 ont été perdues en garderies non subventionnées et dans les milieux familiaux.

« Effectivement, on n’a pas atteint la cible qu’on s’était nous-mêmes fixée. Au courant de l’été, on sera capables de rattraper beaucoup de ces places-là », a déclaré M. Lacombe. En mêlée de presse la semaine dernière, le ministre avait dit avoir bon espoir d’ajouter 10 000 places dans le réseau. « Je pense que dans les prochains mois, disons au courant de l’été, on va être capables de rattraper le retard », a-t-il déclaré.

Devant les journalistes mardi, M. Lacombe a dit « garder le cap » sur la création de 37 000 places d’ici 2025. « Je suis toujours convaincu qu’on a le meilleur plan de match, je ne vois pas pourquoi on le changerait », a-t-il affirmé. Il a ensuite nuancé ses propos en ajoutant qu’il serait « dogmatique de dire qu’on a un échéancier et que peu importe ce qui arrivera, on n’en dérogera pas ».

La liste d’attente s’allonge

Mathieu Lacombe a par ailleurs reconnu que la liste d’attente pour une place en service de garde s’est allongée au cours de la dernière année. Entre le 31 décembre 2020 et le 31 décembre 2021, 686 enfants se sont ajoutés à celle-ci.

Pourtant, la Coalition avenir Québec avait avancé dès 2018 que la création des maternelles 4 ans allait « libérer 50 000 places et diminuer la liste d’attente », a rappelé Mme Maccarone.

« Il y a effectivement une augmentation des enfants sur la liste d’attente », a convenu M. Lacombe. Il a attribué cette hausse au « ralentissement dans la création de places entre 2014 et 2018 » et aux nombreuses fermetures de garderies en milieux familiaux depuis le début de la pandémie de COVID-19.

Entre le 31 mars 2021 et le 31 mars 2022, un total de 1253 places en milieu familial ont été perdues, selon les chiffres fournis à l’étude des crédits.

Une lente conversion du réseau

 

Face au ministre, la députée péquiste Véronique Hivon s’est inquiétée de la lente conversion des places non subventionnées vers des places qui le sont, notamment dans le contexte où Québec a bonifié le crédit d’impôt pour les frais de garde.

« Pourquoi n’y a-t-il pas d’échéancier pour la conversion du réseau ? », a-t-elle demandé au ministre. M. Lacombe n’a pas répondu à la question.

Selon Mme Hivon, Québec devrait rediriger les montants alloués au crédit d’impôt — 1,1 milliard de dollars sur cinq ans — pour plutôt accélérer la conversion de places et mettre fin à un système « à deux vitesses ». L’arrivée de la mesure fiscale l’inquiète d’autant plus qu’elle estime que celle-ci a mené à l’augmentation des tarifs dans les garderies privées non subventionnées.

En outre, le crédit d’impôt ajoute « une couche d’iniquité », selon Mme Hivon, puisqu’il profite davantage aux familles avec des revenus élevés. La différence qu’apporte le crédit est de 1,28 $ par jour pour une famille avec un revenu de 40 000 $, mais de 16,85 $ par jour pour un ménage qui gagne 175 000 $, a-t-elle illustré. Pourtant, la bonification de ce crédit « a été présentée comme une mesure d’équité », a-t-elle rappelé.

Le ministre Lacombe a qualifié d’« incohérente » la position de sa collègue. « Si on convertit une place [au tarif unique] de 8,70 $, c’est la même logique : l’économie sera plus importante pour les familles à plus hauts revenus », a-t-il souligné.

M. Lacombe a dit ignorer combien de garderies privées non subventionnées avaient haussé leurs tarifs après l’entrée en vigueur du crédit d’impôt. Il a refusé de lier l’augmentation des tarifs à l’arrivée de cette mesure.

« La raison pour laquelle il y a une augmentation des tarifs dans le privé non subventionné, c’est que nous, comme gouvernement, on a fait le choix d’augmenter les salaires des éducatrices », a-t-il déclaré, en soulignant que ni le Parti québécois ni le Parti libéral n’en avaient fait autant.

« Pour contrer ces effets-là, on a effectué une bonification du crédit d’impôt », a-t-il poursuivi. Et celui-ci « se révèle utile pour combattre l’augmentation des tarifs », bien que ça n’ait pas été « l’objectif de départ ». Selon M. Lacombe, la hausse des tarifs dans les garderies privées non subventionnées a surtout permis « d’éviter les fermetures » de plusieurs services de garde.

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