La CDPQ demande 100 millions pour son travail

Le p.-d.g. de la CDPQ, Charles Émond, a assuré avoir tout fait pour satisfaire les demandes de Valérie Plante, qui exigeait une place pour la Ville dans la gouvernance du projet.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Le p.-d.g. de la CDPQ, Charles Émond, a assuré avoir tout fait pour satisfaire les demandes de Valérie Plante, qui exigeait une place pour la Ville dans la gouvernance du projet.

Le gouvernement du Québec devra verser près de 100 millions de dollars à la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) après avoir réorienté le projet du Réseau express métropolitain (REM) de l’Est de Montréal, a déclaré mardi le p.-d.g. de la société d’État, Charles Émond, qui a attribué cette décision à une volte-face de la mairesse Valérie Plante.

M. Émond a affirmé devant une commission parlementaire que la CDPQ avait investi plusieurs dizaines de millions de dollars dans des études préparatoires qui ont mené le projet de transport collectif au seuil du lancement des appels d’offres.

« Je n’ai pas fait le total exact, mais c’est aux environs de 100 millions de dollars », a-t-il estimé dans le cadre de l’étude des crédits de la CDPQ, pour laquelle sa présence était prévue depuis des semaines, mardi.

La CDPQ a reçu au cours des derniers jours la confirmation du gouvernement qu’une compensation sera versée en échange des études préparatoires qui pourraient « inspirer » le projet révisé, a expliqué M. Émond, en ajoutant cependant qu’il s’agit d’une version complètement différente.

La société d’État, qui gère des fonds de retraite et les investit notamment dans des projets d’infrastructures, a d’ailleurs décliné une invitation à participer à la nouvelle version en raison du flou qui l’entoure.

Le premier ministre, François Legault, a annoncé lundi avec la mairesse de Montréal, Valérie Plante, que le projet de REM de l’Est, estimé à 10 milliards de dollars, ne passerait plus par le centre-ville de Montréal. De nouveaux tronçons pourraient être ajoutés vers Laval et Lanaudière.

L’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM), le ministère des Transports (MTQ), la Ville de Montréal et la Société de transport de Montréal (STM) prendront les commandes du projet, dont les plans de structures aériennes suscitaient la controverse depuis des mois.

L’ARTM avait déjà formulé un avis défavorable envers le projet, en raison de l’impact mitigé qu’il aurait sur le transport collectif.

Mardi, M. Émond a soutenu que des sondages internes montraient un appui de 70 % des usagers potentiels pour le projet piloté par la CDPQ depuis 2019. Il a également assuré avoir tout fait pour satisfaire les demandes de Mme Plante, qui exigeait une place pour la Ville dans la gouvernance du projet. Le p.-d.g. a soutenu que la décision de revoir complètement le projet est survenue après une volte-face de Mme Plante.

« Elle voulait que la Caisse s’occupe du transport, elle de l’aménagement, a-t-il dit. Elle était ravie de cette proposition. Une dizaine de jours après, elle a appelé le gouvernement pour dire “je veux un autre projet”. »

Dans un point de presse qui a suivi, M. Émond a déploré que la Ville de Montréal passe ainsi à côté de ce qu’il a qualifié d’occasion historique.

Le cabinet de la mairesse s’est contenté de répondre que les modifications proposées au gouvernement visaient à améliorer le tracé qui soulevait des objections au centre-ville.

Accompagnant M. Émond devant les députés, le président et chef de la direction de CDPQ Infra, Jean-Marc Arbaud, a expliqué que creuser un tunnel au centre-ville, pour éviter les structures qui suscitaient la controverse, aurait été « coûteux et dangereux » en raison d’une « géologie particulière ».

« On n’est pas lié à faire en aérien, a-t-il affirmé. Il y a toujours une balance qui est difficile économiquement, parce que ça coûte toujours plus cher en souterrain. »

M. Émond a déclaré que son organisation mise maintenant sur les prochaines étapes qui mèneront à l’entrée en service du REM de l’Ouest.

« On apprend, on évolue, a-t-il dit. Même le REM de l’Est, il n’y a jamais rien qui est parfait. C’est un projet qui était différent du REM1 [de l’Ouest]. On est toujours dans un souci d’amélioration continue. »

Prise en charge gouvernementale

 

Durant l’étude des crédits, le ministre des Finances, Eric Girard, a déclaré que le gouvernement a la capacité financière d’ajouter au Plan québécois des infrastructures (PQI) le projet de transport collectif, dont les risques financiers étaient assumés jusqu’ici par la CDPQ.

« S’il est nécessaire d’ajouter 10 milliards au PQI pour quelque projet que ce soit, le prochain gouvernement, le prochain ministre des Finances aura la capacité de le faire, parce que le bilan du gouvernement du Québec est excellent », a-t-il assuré en faisant référence aux prochaines élections d’octobre.

M. Girard a confirmé que le gouvernement a l’intention d’honorer ses engagements contractuels envers la CDPQ. Il ne s’est pas avancé sur un montant exact, puisqu’un exercice de reddition de comptes sera nécessaire.

« Ils nous remettent les études, le travail qui a été fait, et on paie le coût du travail qui a été fait, a-t-il dit. […] Il n’est pas difficile d’imaginer qu’il y a plusieurs dizaines de millions de travail qui a été fait. »

Avant d’entrer au Salon bleu pour la période des questions, le ministre des Transports, François Bonnardel, s’est dit certain de pouvoir utiliser 100 % des études préparatoires de la CDPQ pour le nouveau projet, avant de se raviser. « On ne travaillera pas avec 100 %, parce que la portion centre-ville est annulée », a-t-il rectifié.

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