Nathalie Roy défend ses critères de nomination

La ministre affirme avoir le droit d’exprimer sa «vision» des candidats recherchés.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne La ministre affirme avoir le droit d’exprimer sa «vision» des candidats recherchés.

Malgré deux controverses entourant des processus de nomination marqués par des allégations de favoritisme, la ministre de la Culture, Nathalie Roy, a défendu mercredi son droit d’influencer les critères de sélection des dirigeants de sociétés d’État indépendantes qui se trouvent sous sa responsabilité.

Mme Roy a été questionnée en commission parlementaire, lors de l’étude des crédits budgétaires de son ministère, au sujet des processus suivis pour la sélection des dirigeants de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) et du Conservatoire de musique et d’art dramatique du Québec (CMADQ).

Même si les lois encadrant ces deux institutions accordent à leurs administrateurs le pouvoir d’établir le profil recherché, Mme Roy a revendiqué le droit de se faire entendre en toute légalité.

« Le profil de compétence peut tenir compte de la vision de la ministre, même s’il est établi par le conseil d’administration », a-t-elle déclaré, en ajoutant que « c’est ce que nous souhaitons ».

Mme Roy a expliqué avoir refusé une première recommandation de deux finalistes au poste de directeur général du CMADQ, au printemps dernier, parce que les administrateurs n’ont pas voulu entendre ses orientations avant d’entamer le processus de sélection.

« Le processus de nomination avait commencé sans notre autorisation. Nous voulions discuter des orientations du gouvernement », a-t-elle dit.

La députée libérale Christine St-Pierre a souligné que la loi est pourtant claire sur les pouvoirs des administrateurs.

 

« Je suis un peu étonnée des réponses, a-t-elle dit. Ce que l’on comprend, avec la loi, c’est que le conseil d’administration détermine le profil de la personne. »

Des administrateurs ont démissionné, l’été dernier, au moment où un deuxième processus de sélection était entamé, en accusant le cabinet de Mme Roy de vouloir favoriser la nomination de l’ex-ministre péquiste Maka Kotto, dont la candidature avait été rejetée.

Profils universitaires

 

Questionnée par le député péquiste Pascal Bérubé, Nathalie Roy est revenue également sur un autre processus de nomination controversé, celui de Marie Grégoire à la tête de BAnQ.

La ministre a été incapable d’écarter l’hypothèse selon laquelle elle aurait choisi Marie Grégoire à la suggestion du Cabinet de François Legault.

« Nous avons choisi, et c’est ultimement le Conseil des ministres qui décide [de] la meilleure personne », a-t-elle déclaré.

Le profil établi par les administrateurs visait une scolarité minimale de deuxième cycle universitaire, ce qui a ensuite été revu à la baisse pour une exigence de baccalauréat. Mme Roy a affirmé mercredi qu’elle n’avait rien à voir avec une modification au profil de formation universitaire recherché pour le poste de présidente-directrice générale accordé à Marie Grégoire.

Selon la ministre, c’est un secrétariat du Conseil exécutif qui a pris cette décision, qui aurait notamment permis la sélection de Mme Grégoire.

« [Le Secrétariat aux] emplois supérieurs [a] voulu unifier les profils d’études universitaires, a-t-elle dit. Dans le cas de BAnQ, il était différent des autres. »

Présente à l’étude des crédits, Mme Grégoire a refusé de commenter la controverse suscitée par sa nomination. « Il y a une perception et il y a la réalité, a-t-elle dit. Je sais qu’il y a eu un processus auquel j’ai participé. Il n’en demeure pas moins que ça demeure la prérogative du gouvernement. »

Processus en cours

 

Lors d’un point de presse qui a suivi, Mme Roy a affirmé mercredi qu’un désistement est à l’origine de nouveaux retards dans le deuxième processus de sélection du prochain directeur général du CMADQ, poste auquel M. Kotto avait soumis une deuxième fois sa candidature.

« Une personne avait été désignée, a-t-elle dit. Je ne veux pas entrer dans la vie personnelle des gens. Mais des fois, dans la vie, on veut faire quelque chose d’autre. Alors c’est pour ça que le processus est plus long. »

La ministre attend toujours des recommandations du conseil d’administration, présidé par Monique Leroux depuis juillet dernier, dont le mandat exceptionnellement court est échu depuis décembre.

« Je pensais avoir quelqu’un de très intéressant, mais ça ne fonctionne pas. C’est ce qui explique que Mme Leroux reste là pour trouver la personne », a-t-elle dit.

Mme Roy a déclaré mercredi qu’elle avait réclamé, l’été dernier, un deuxième processus de sélection en raison de graves problèmes de gestion interne au CMADQ. La ministre a pointé les responsables de la direction générale et de la présidence du conseil d’administration.

« Les deux personnes », a-t-elle dit en refusant de donner publiquement des précisions sur le sujet.

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