La CAQ monnaie la présence de ministres, accuse le Parti québécois

Le député du Parti québécois Pascal Bérubé.
Jacques Boissinot La Presse canadienne Le député du Parti québécois Pascal Bérubé.

Le Parti québécois (PQ) réclame que la loi électorale soit resserrée de sorte à restreindre les activités de financement politique qui impliquent des ministres.

Le député péquiste Pascal Bérubé a soutenu, mercredi, que trois ministres du gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) participeraient prochainement à des événements servant à solliciter des dons pour la formation au pouvoir.

« Il y a des choses qui devraient changer, a-t-il dit en point de presse. Placer des ministres dans ces situations, ça les met en position de vulnérabilité, surtout en temps de campagne électorale. »

Une activité

 

M. Bérubé a souligné que cet accès aux ministres, obtenu en contrepartie de dons allant de 150 $ à 200 $, est une façon de « monétiser » la fonction ministérielle et d’exposer les élus aux demandes des donateurs.

« Nous suggérons, au Parti québécois, une modification à la loi sur le financement des partis politiques, a-t-il dit. Les gens devraient donner sans contrepartie, sans avoir d’attentes, sans pouvoir réseauter avec un ministre. »

Selon les péquistes, la CAQ est en queue de peloton pour le financement politique, où le Parti conservateur du Québec domine, devant le PQ, pour les montants reçus au cours des derniers mois.

 

M. Bérubé a soutenu qu’il n’avait jamais participé à de tels événements quand il était ministre délégué au Tourisme, de 2012 à 2014. « Moi, je n’ai participé à aucune de ces activités-là », a-t-il dit.

M. Bérubé a ensuite eu à se défendre d’avoir été présent lors d’un cocktail qui s’est tenu en 2013. « Je ne m’en souviens pas, mais ça ne veut pas dire que je n’étais pas là », a-t-il reconnu.

Le député a soutenu qu’après la commission Charbonneau, qui a conclu ses travaux en novembre 2015, ces situations ne devaient plus être permises par la loi.

« Je n’ai pas aimé faire ça, du financement, je ne l’ai pas fait souvent. J’ai été ministre 18 mois, je pense que c’est la seule fois que je l’ai fait. Je pense que tout ministre à qui on pose la question n’aime pas ça. »

Statu quo

 

Le premier ministre François Legault a minimisé les inquiétudes soulevées par M. Bérubé.

« Mes ministres sont très accessibles, on ne fait rien de différent des autres partis », a-t-il dit en se rendant au Salon bleu pour la période de questions.

La présidente du Conseil du trésor, Sonia LeBel, ex-procureure en chef de la commission Charbonneau, a rejeté la proposition de M. Bérubé.

« La loi actuelle sur le financement, qui a abaissé les dons à 100 $ et à 200 $ en année électorale, est une loi présentée par le PQ », a-t-elle rappelé dans une mêlée de presse.

Selon Mme LeBel, responsable du ministère des Institutions démocratiques, ces activités de financement n’exposent pas les ministres aux influences des donateurs.

« C’est une excellente loi qui répond aux enjeux soulevés par la commission Charbonneau, a-t-elle soutenu. Il faut se remettre dans le contexte. L’idée est de se protéger contre la corruption, l’influence indue, et la loi répond à ça. »

Employés

 

Le député caquiste Donald Martel a reconnu que la présence de ministres pouvait aider les activités de financement des députés dans leur circonscription.

« Je vais en faire une au début du mois de mai avec Pierre Fitzgibbon, il vient chez nous, on fait un 5 à 7 », a-t-il dit en précisant qu’aucune rencontre privée avec les donateurs n’est prévue.

Ex-députée caquiste, Claire Samson a affirmé que les employés des députés de la CAQ étaient forcés de contribuer à la formation politique. « Ça ne devrait pas être admis, ça non plus. »

M. Martel a confirmé avoir lui-même sollicité ses employés pour qu’ils fassent des dons au parti.

« Ce n’est pas une obligation, ni une condition d’embauche, mais c’est évident, c’est notre emploi. Si je suis réélu, ils vont encore avoir un emploi », a-t-il dit, en ajoutant qu’aucune sanction n’est prévue s’ils refusent.

La directrice des communications de la CAQ, Claude Potvin, a affirmé que les trois événements impliquant les ministres Jean Boulet, Geneviève Guilbault et Benoit Charette, auxquels M. Bérubé faisait référence, étaient conformes aux règles.

« Tous les partis peuvent tenir des activités de financement à 200 $, ce qui n’est pas illégal. D’ailleurs, certaines activités militantes qui ne sont pas des activités de financement sont également proposées et sont gratuites, et des ministres y participent également. »

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