Un projet plus sobre, mais sans plus d’appuis scientifiques

Un projet plus économique était nécessaire vu «les préoccupations des citoyennes et des citoyens», selon le ministre des Transports, François Bonnardel.
Photo: Francis Vachon Le Devoir Un projet plus économique était nécessaire vu «les préoccupations des citoyennes et des citoyens», selon le ministre des Transports, François Bonnardel.

Moins grand, moins cher, mais tout aussi pertinent, selon le gouvernement : la nouvelle version du troisième lien présentée jeudi après-midi à Lévis comportera deux tunnels au diamètre réduit et une facture allégée de 25 %, maintenant estimée à 6,5 milliards de dollars.

Onze mois après le dévoilement en grande pompe du plus large tunnel du monde, le gouvernement réduit ses ambitions. Deux tunnels de 12 à 15 mètres de diamètre, comportant non plus six, mais quatre voies, dont aucune ne sera entièrement réservée au transport collectif, composent la nouvelle version du projet. Une mouture économique rendue nécessaire par « les préoccupations des citoyennes et des citoyens » et par l’explosion récente des coûts, a expliqué le ministre des Transports, François Bonnardel.

« Quand nous avons commencé nos travaux, il y a trois ans, l’inflation n’était pas galopante », a indiqué le ministre, admettant que le tunnel de 19,4 mètres envisagé l’an dernier représentait « un défi technique important ». Sa réalisation nécessitait l’invention du tunnelier capable de le creuser.

Le tracé demeure identique, soit du « centre-ville » de Lévis au « centre-ville » de Québec. En réalité, le lien reliera davantage des autoroutes — la 20, sur la rive sud, aux autoroutes Laurentienne et Dufferin-Montmorency, sur la rive nord.

Les deux voies initialement réservées aux autobus disparaissent, remplacées par des voies dynamiques permettant le passage des automobiles en dehors des heures de pointe. Malgré la place réduite consacrée au transport en commun, Québec exige toujours qu’Ottawa acquitte 40 % des coûts.

« Le fédéral serait très malvenu de ne pas [verser] son 40 %, a indiqué le premier ministre François Legault. [Le ministre fédéral Jean-Yves] Duclos a laissé entendre qu’il serait présent. »

Absent à la « mise à jour », M. Legault a défendu le retrait des voies réservées aux autobus. « Aux heures de pointe, la moitié des voies vont être du transport collectif, a-t-il soutenu depuis Lac-Mégantic. 6,5 milliards, c’est beaucoup d’argent, mais c’est nécessaire […] Avec la croissance de la population sur la rive nord et sur la rive sud, le [temps] d’attente, d’ici une dizaine d’années, va être plus élevé à Québec que sur le pont Champlain ou le pont Jacques-Cartier à Montréal. »

Le professeur en aménagement de l’Université Laval Jean Dubé dresse un constat lapidaire sur les prétentions de la CAQ. « L’ajout de voies autoroutières n’a jamais réglé et ne réglera pas plus le problème de congestion routière, maintient l’expert. L’annonce d’aujourd’hui n’y changera rien. »

Aucune étude

 

Attendues depuis un an, les études devant étayer l’argumentaire du gouvernement en faveur du troisième lien se font toujours attendre. M. Bonnardel promet des mises à jour annuelles. « On sera transparents, on va déposer en temps et lieu les analyses », a-t-il garanti.

Le ministre a cité à trois reprises une étude réalisée par le professeur Bruno Massicotte en 2016. Ce dernier admet lui-même qu’elle n’est plus à jour et s’interroge sur la pertinence de la brandir pour défendre le nouveau troisième lien.

« La CAQ, ça fait quand même quatre ans qu’elle est au pouvoir, affirme le professeur de Polytechnique Montréal. Je suis surpris qu’elle n’arrive pas avec une étude plus étoffée que ça. »

L’enjeu de l’étalement urbain demeure à résoudre, a admis le ministre Bonnardel. « Je suis qui, moi, pour dire à une jeune famille : “vu que la mode est à la densification, tu vas aller vivre dans une tour de 12 étages” ? » a-t-il souligné.

Les oppositions à l’Assemblée nationale ont descendu en flammes le projet dévoilé par la CAQ. Joël Arseneau, du Parti québécois, dénonce du « mauvais théâtre » qui manque de rigueur scientifique. Le solidaire Sol Zanetti, lui, rappelle qu’il s’agit de « la cinquième fois en quatre ans que la CAQ nous arrive avec une nouvelle version de son troisième lien », critiquant un projet qui repose, selon lui, sur un argumentaire fallacieux.

« Je reste à convaincre », a réitéré le maire de Québec, Bruno Marchand. Parmi les applaudissements, les siens étaient absents.

Autre rive, autre sentiment à l’égard du nouveau lien envisagé sous le Saint-Laurent. Le maire de Lévis, Gilles Lehouillier, n’a pas tari d’éloges à l’égard d’un projet qui, selon lui, entraînera le développement de l’ouest de sa ville.

Yvon Dumont, préfet de la MRC de Bellechasse, a lui aussi applaudi un lien qui permettra aux entreprises de sa région de piger dans un bassin de main-d’œuvre allant jusqu’à la périphérie nord de Québec. « Les gaz à effet de serre qui font fondre les glaciers, c’est une risée, ça », a conclu l’élu, faisant fi des inquiétudes entourant l’usage accru de l’automobile.

Avec Isabelle Porter

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