La CAQ ne vole pas au secours des libéraux sur l’imposition de cours en français

Le ministre responsable de la Langue française, Simon Jolin-Barrette, a soutenu ne pas avoir eu assez de temps pour réfléchir parce que le Parti québécois (PQ) refusait de reporter le débat à plus tard.
Jacques Boissinot Archives La Presse canadienne Le ministre responsable de la Langue française, Simon Jolin-Barrette, a soutenu ne pas avoir eu assez de temps pour réfléchir parce que le Parti québécois (PQ) refusait de reporter le débat à plus tard.

Le Parti libéral du Québec (PLQ) devra vivre avec une proposition en matière de langue française qu’il a lui-même déposée et qualifiée d’« erreur », car le gouvernement caquiste a refusé jeudi de l’en extirper.

Les élus de l’Assemblée nationale ont voté le mois dernier pour un amendement au projet de loi no 96 sur la réforme de la Charte de la langue française qui obligerait les étudiants inscrits dans un établissement collégial anglophone à prendre trois cours enseignés en français pendant leur parcours au cégep. Peu importe la discipline.

L’article, adopté de concert par les élus de la Commission de la culture et de l’éducation, a fait du bruit dans les cégeps et dans la communauté anglophone ces dernières semaines. À la fin du mois, la Fédération des cégeps dénonçait vivement dans les pages du Devoir les risques de « crise sociale » qu’il générerait. « Il y a des milliers d’étudiants qui seront dans l’incapacité d’être diplômés », lançait alors son président, Bernard Tremblay.

Le PLQ, qui a mis la proposition sur la table, a déjà convenu qu’il n’aurait pas dû le faire. En entrevue avec le quotidien anglophone The Gazette cette semaine, le député libéral David Birnbaum, qui siège à la Commission, a admis que son parti avait « fait une erreur ». Sa cheffe, Dominique Anglade, a reconnu au début du mois que la proposition « ne fonctionnerait pas » dans sa forme actuelle.

Proposition mitoyenne rejetée

 

Pour corriger le tir, la députée libérale Hélène David a déposé mercredi soir un nouvel amendement voulant que les étudiants puissent « substituer aux trois cours donnés en français […] trois cours de français ». Cette infime nuance aurait permis aux étudiants anglophones de se former en français langue seconde plutôt que de suivre des cours dans une langue qu’ils ne maîtrisent pas.

Or, après une heure de débat, jeudi, la Coalition avenir Québec (CAQ) a choisi de voter contre la proposition mitoyenne. Le ministre responsable de la Langue française, Simon Jolin-Barrette, a indiqué ne pas avoir eu assez de temps pour réfléchir parce que le Parti québécois (PQ) refusait de reporter le débat.

 

En matinée, tant la CAQ que le PQ se sont moqués du virage effectué récemment par le PLQ. « Hier, ils ont proposé des amendements pour s’assurer de se sortir de la merde », a souligné en anglais le député péquiste Pascal Bérubé. « Les libéraux se sont mis dans le pétrin », a ajouté l’adjoint parlementaire du premier ministre pour les relations avec les Québécois d’expression anglaise, Christopher Skeete.

Interpellé par les journalistes, M. Jolin-Barrette a remercié « Mme David d’avoir fait sa première proposition [l’imposition de cours en français], parce que ça fait prendre conscience à tout le monde que c’est nécessaire de travailler davantage sur le français ».

La vaste réforme de la Charte de la langue française — qui compte environ 200 articles — approche tranquillement de sa conclusion, à deux mois de la fin de la session parlementaire. Jeudi, les élus de la Commission ont terminé l’étude détaillée du projet de loi, ce qui devrait permettre un vote sur son adoption à la fin du mois.

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