Une campagne pandémique sur toute la ligne dans Marie-Victorin

Candidates en isolement, porte-à-porte masqués, débats virtuels: les candidats des différentes formations politiques y voient un avant-goût de la campagne générale prévue à l’automne.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Candidates en isolement, porte-à-porte masqués, débats virtuels: les candidats des différentes formations politiques y voient un avant-goût de la campagne générale prévue à l’automne.

Sur le fond comme sur la forme, la pandémie de COVID-19 s’est invitée dans la campagne électorale partielle de la circonscription de Marie-Victorin, qui connaîtra son prochain député lundi.

Candidates en isolement, porte-à-porte masqués, débats virtuels : les candidats des différentes formations politiques y voient un avant-goût de la campagne générale prévue à l’automne.

Pierre Nantel a de l’expérience politique derrière la cravate. Avant de se lancer avec le Parti québécois en novembre dernier, le Longueuillois d’adoption a participé à trois campagnes électorales fédérales, et en a remporté deux.

Mais jamais il n’a vécu de course comme celle qui se déroule depuis près d’un mois dans la circonscription de Marie-Victorin. « Ah mon Dieu ! Ç’a énormément changé », lance le candidat péquiste au bout du fil.

« C’est quand même très étonnant de ne pas pouvoir serrer des mains, par exemple. C’est important en politique », dit-il.

Les candidats qui participent à la première élection complémentaire québécoise en plus de deux ans ont vécu la pleine expérience pandémique depuis le 9 mars. La candidate de Québec solidaire, Shophika Vaithyanathasarma, encore plus.

L’étudiante en didactique a reçu un test positif à la COVID-19 le 2 avril. Résultat des courses : au moins cinq jours d’isolement. « C’est clair qu’il y a moins de belles photos, mais il y a encore moyen d’entrer en contact avec les électeurs », soutient la candidate en entrevue téléphonique avec Le Devoir.

Sur son compte Twitter depuis samedi, les photos de mosaïques Zoom s’accumulent. Symptômes obligent, il faut faire campagne différemment, convient Mme Vaithyanathasarma. Les coups de téléphone ont remplacé les coups de sonnette. Les réunions se font par écrans interposés.

Est-ce qu’elle réussit à compenser le temps perdu sur le terrain ? « Pas totalement. C’est quand même important d’avoir des contacts avec les gens. Je l’ai ressenti quand on récoltait nos signatures pour le [Directeur général des élections du Québec] », relate-t-elle.

L’équipe de campagne solidaire maintient avoir gardé la tête froide lorsqu’elle a été informée du résultat positif de sa candidate. « Si on faisait une campagne au complet au téléphone, ça ne serait pas la situation idéale, évidemment. Mais quelques jours, ce n’est pas nécessairement un gros désavantage. On contacte beaucoup plus de monde au volume par téléphone », constate la responsable des communications de la campagne, Camille L. De Serres.

La COVID-19 au menu

 

La candidate de la Coalition avenir Québec, Shirley Dorismond, a « trouvé ça difficile » de devoir attendre deux jours le résultat d’un test PCR qui s’est finalement révélé négatif. « J’étais comme : “Oh non, je ne pourrai pas voir mon monde” », se remémore celle qui se dit une habituée des « contacts humains ».

Pour la libérale Émilie Nollet, la partielle est « peut-être moins chaleureuse » qu’une campagne non covidienne pourrait l’être. Mais elle pourrait aussi être un aperçu de la course nationale attendue dès le mois de septembre. « Il va toujours falloir garder la COVID-19 en tête », dit-elle.

Les candidats n’auront peut-être pas le choix. Si la COVID-19 s’est infiltrée chez Shophika Vaithyanathasarma durant la campagne, elle s’est aussi infiltrée dans le discours des électeurs, constate la candidate solidaire. Si bien que la gestion de la pandémie pourrait devenir l’enjeu principal de l’élection, selon elle.

« Les gens sont inquiets. Ils se demandent ce qu’on fait avec une sixième vague. Les gens doivent être rassurés par le politique », affirme-t-elle.

La candidate du Parti conservateur du Québec, Anne Casabonne, soutient que les résidents de la circonscription longueuilloise en ont ras le bol des mesures sanitaires. « Ils sont vraiment tannés », lance-t-elle.

Pierre Nantel espère « pouvoir éventuellement parler d’autre chose ». Shirley Dorismond croit que la capacité de la population québécoise à « vivre avec le virus » permettra de vivre une campagne nationale un peu plus normale l’automne prochain.

Mais pour le moment, l’heure est à la prudence, affirme Mme Dorismond. Elle accuse d’ailleurs son principal adversaire dans les sondages, Pierre Nantel, d’avoir fait campagne sans masque dans un centre commercial cette semaine. « [Lundi], j’ai croisé M. Nantel à la Place Longueuil. Il circulait sans masque. […] Il ne peut pas le nier », martèle-t-elle.

« Honnêtement, je n’en reviens pas, rétorque le candidat péquiste. C’est incroyable comme accusation. Que c’est cheap. » M. Nantel nie de tout bloc les accusations de la caquiste.

Les électeurs de Marie-Victorin voteront lundi.

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