Éric Duhaime part à la conquête d’un fief caquiste

Aux électeurs de Chauveau, il a promis un troisième lien et la fin du tramway.
Photo: Francis Vachon Le Devoir Aux électeurs de Chauveau, il a promis un troisième lien et la fin du tramway.

Éric Duhaime s’est posé en rassembleur d’un « Québec divisé à jamais », mardi soir, à l’heure d’officialiser sa candidature dans Chauveau. Le chef des troupes conservatrices de la province a diabolisé les mesures sanitaires imposées par le gouvernement depuis deux ans — sans faire mention des 14 400 morts laissés dans le sillage de la COVID au Québec.

L’ancien homme de radio a fait son entrée, masque noir au visage, en traversant une foule extatique qui n’en portait presque pas. Une partie de l’assistance devait écouter les discours à l’extérieur, incapable de se frayer un chemin jusqu’à la salle comble.

« Vous êtes du bon côté de l’histoire, a déclaré celui qui part maintenant à la conquête du siège occupé par le caquiste Sylvain Lévesque. Vous êtes la majorité silencieuse qui devient de plus en plus bruyante pour dire : c’est assez, Legault ! »

L’aspirant premier ministre a consacré une grande partie de son discours à alimenter le ras-le-bol pandémique du parterre venu l’entendre.

« En un claquement de doigts, une crise sanitaire nous a privés de notre démocratie à cause des mesures sanitaires de François Legault », a-t-il scandé, dénonçant les consignes qui ont, selon lui, divisé les Québécois, appauvri la province et empêché le déploiement du « plein potentiel de nos enfants ».

« Ça, M. Legault, on ne vous le pardonnera jamais », a ajouté le successeur d’Adrien Pouliot à la tête du PCQ, provoquant les applaudissements les plus tonitruants de la soirée.

Pendant son discours, Éric Duhaime n’a fait aucune mention des milliers de décès provoqués par la COVID au Québec. En mêlée de presse avec les journalistes, il a souligné que la province accusait un des pires bilans en la matière au Canada, malgré les mesures sanitaires parmi les plus strictes du pays.

« Quand les gens me disent que les mesures sanitaires ont sauvé des vies… D’un côté comme de l’autre, c’est très difficile à évaluer, a avancé M. Duhaime. Il faut être honnête, ce n’est pas une science exacte. »

Aux électeurs de Chauveau, il a promis un troisième lien et la fin du tramway. « Avec une députation conservatrice à Québec, ce sera un mauvais souvenir ! » a promis le chef.

Contrer le « communisme »

Un long panégyrique a précédé l’arrivée sur scène d’Éric Duhaime, porté par des personnalités du mouvement conservateur du Québec.

La comédienne et candidate du PCQ dans Marie-Victorin, Anne Casabonne, les sénateurs Pierre-Hugues Boisvenu et Josée Verner, l’ancien maire de Trois-Rivières Yves Lévesque et l’ancien chef conservateur Adrien Pouliot ont tour à tour salué l’engagement politique de l’ancien homme de radio.

Même le joueur des Golden Knights Jonathan Marchessault, natif de Québec, s’est dit impatient de rencontrer le chef conservateur dans un message enregistré.

La députée conservatrice Claire Samson, présentée par son chef comme celle qui a ouvert « une porte de côté » au mouvement conservateur dans le Parlement, a remercié la foule, qui l’applaudissait chaleureusement.

« Je vous considère comme mes amis, parce qu’astheure, à l’Assemblée nationale, j’en ai plus, d’amis », a dit l’ancienne transfuge, passée de la CAQ au PCQ.

Les partisans étaient parfois venus de loin pour voir Éric Duhaime officialiser sa candidature. Certains avaient manifesté à Ottawa aux côtés des camionneurs. Hélène, coiffeuse aujourd’hui retraitée, avait fait la route depuis Beauceville. Elle impute la fermeture de son salon à la pandémie et aux mesures sanitaires imposées par les autorités.

« Je trouve qu’on s’en va quasiment vers le communisme », racontait-elle au Devoir, excédée que les gouvernements dictent depuis deux ans les comportements à observer pour limiter la propagation de la COVID. Elle appuie le chef du Parti conservateur parce qu’il dit tout haut ce que les autres n’osent pas dire, selon elle — et « parce qu’il a l’air honnête pour le moment ».

« Par contre, François Legault aussi avait l’air honnête, au début », ajoutait-elle.

À la conquête de Chauveau

 

« J’ai la conviction profonde d’être la bonne personne, au bon endroit, au bon moment et, surtout, avec le bon message », a souligné le chef conservateur au cours de son discours.

Les chiffres flattent cette prétention : un an et demi après son accession à la chefferie de son parti, Éric Duhaime revendique plus de 57 000 membres et dispose d’un imposant coffre de guerre, gonflé par un afflux de dons.

L’ancien animateur part à la conquête de Chauveau, une circonscription où les minorités visibles composent seulement 1,8 % des ménages, où le revenu moyen des familles s’élève à 104 000 $ et où 20 % des résidents ont atteint l’université, selon les données du recensement de 2016.

« Chauveau m’a choisi : c’est la circonscription qui compte le plus de membres du PCQ », a souligné M. Duhaime.

Le site de projections électorales Québec 125 met la CAQ et le PCQ nez à nez dans Chauveau, avec respectivement 38 % et 37 % des intentions de vote. Les scénarios demeurent cependant volatils, avec une marge d’erreur qui atteint 9 %.

L’actuel député de Chauveau, Sylvain Lévesque, avait remporté le siège sous la bannière caquiste avec 47 % des voix, en 2018.

Photo: Francis Vachon Le Devoir

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