Québec renonce à sa promesse sur la sécurisation culturelle des Autochtones en santé

En réaction aux témoignages de femmes atikamekw qui avaient raconté avoir subi du racisme à l’hôpital de Joliette, là où est morte Joyce Echaquan, en septembre 2020, sous les insultes du personnel soignant, le ministre caquiste Ian Lafrenière s’était engagé à inclure la notion de sécurisation culturelle dans la Loi sur les services de santé et les services sociaux.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir En réaction aux témoignages de femmes atikamekw qui avaient raconté avoir subi du racisme à l’hôpital de Joliette, là où est morte Joyce Echaquan, en septembre 2020, sous les insultes du personnel soignant, le ministre caquiste Ian Lafrenière s’était engagé à inclure la notion de sécurisation culturelle dans la Loi sur les services de santé et les services sociaux.

Le gouvernement Legault renonce à sa promesse d’inclure la notion de sécurisation culturelle dans la Loi sur les services de santé et les services sociaux, comme il s’y était engagé après la mort de Joyce Echaquan à l’hôpital de Joliette.

« Présentement, je ne serais pas bien placé de vous dire que ce serait réaliste de le faire avant la fin de la session [en juin] », a convenu mercredi matin le ministre responsable des Affaires autochtones, Ian Lafrenière.

Sa déclaration a suscité la colère des leaders atikamekw. Elle a aussi fait bondir les députés d’opposition Véronique Hivon et Gregory Kelley, qui ont jugé que le gouvernement manquait de respect à l’égard des Autochtones.

M. Lafrenière s’était formellement engagé, en mars 2020, à inclure la sécurisation culturelle dans la loi « très bientôt ». Il réagissait alors aux témoignages de femmes atikamekw qui avaient raconté avoir subi du racisme à l’hôpital de Joliette, là où est morte Joyce Echaquan, en septembre 2020, sous les insultes du personnel soignant.

À la session parlementaire d’automne, Québec a marqué un premier pas de recul face à sa promesse. Mercredi, le ministre Lafrenière a reconnu que les dernières semaines de travaux parlementaires ne lui permettraient pas de respecter son engagement. L’inclusion de la sécurisation culturelle dans la Loi sur les services de santé et les services sociaux est une des recommandations du rapport Viens, remis au terme de la Commission d’enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics au Québec.

« Non, absolument pas », a dit le ministre quand on lui a rappelé que la notion n’était toujours pas dans la loi. « Mais c’est extrêmement important », a-t-il insisté. « Est-ce que c’est important ? Oui. Est-ce qu’on le fait pareil ? La réponse, c’est oui », a-t-il aussi déclaré.

La semaine dernière, La Presse rapportait que le gouvernement manquerait aussi à sa promesse de former la moitié des employés du réseau de la santé sur les réalités autochtones d’ici le 31 mars. En date du 22 mars, 30 % des travailleurs avaient suivi la formation obligatoire, qui avait été ordonnée dans la foulée de la mort de Mme Echaquan.

Un message « intolérable »

Dans un communiqué conjoint, le Conseil des Atikamekw de Manawan et le Conseil de la Nation Atikamekw ont reproché au gouvernement de « rate[r] encore une fois une opportunité de faire preuve de courage et de démontrer une prise de conscience réelle des enjeux auxquels font face les Autochtones ». Ils ont de surcroît reproché à Québec de s’engager dans une réforme du réseau de la santé « sans impliquer les Autochtones ».

Le député libéral Gregory Kelley a qualifié la volte-face de Québec de « manque de respect ». « Ça amène une rupture de confiance entre les peuples autochtones et l’État du Québec. Ce n’est pas bon pour nos relations. On a pris un engagement, on a adopté une motion là-dessus, et le ministre arrive en disant : ce n’est pas possible », s’est-il désolé.

L’Assemblée nationale a adopté à l’unanimité, en octobre et en mars 2021, des motions du Parti québécois et de Québec solidaire qui exigeaient la reconnaissance du principe de sécurisation culturelle et demandaient au gouvernement de travailler à inclure ce principe dans la loi.

« Je n’ai vraiment pas de mots pour décrire notre déception et à quel point c’est un message que je juge absolument intolérable à envoyer aux communautés autochtones, particulièrement après ce qui a été vécu [à Joliette] », a lancé la députée péquiste Véronique Hivon. La mort de Joyce Echaquan s’est produite dans sa circonscription.

« Un gouvernement qui ne peut pas tenir parole sur un enjeu aussi sensible et fondamental, après un drame aussi marquant pour les membres de la communauté atikamekw, pour l’ensemble des communautés et, plus largement, pour l’ensemble de la société québécoise, c’est vraiment un gouvernement qui doit être dénoncé haut et fort », a-t-elle ajouté.

Tant Mme Hivon que M. Kelley se sont dits prêts à collaborer avec le gouvernement pour inclure la notion dans la loi d’ici la fin de la session parlementaire, prévue le 10 juin.

Pas de protecteur de l’élève autochtone

Le gouvernement a par ailleurs rejeté, mardi, une proposition visant à renforcer la protection des élèves autochtones. La commission Viens avait recommandé aux autorités de « faire de la mise en œuvre des mesures de soutien à la persévérance scolaire et à la réussite éducative des élèves et enfants autochtones une priorité et [d’]y consacrer les sommes nécessaires », en consultant les Premières Nations.

À ce sujet, le ministre Lafrenière a dit estimer qu’il est possible d’assurer la « sécurisation culturelle » des élèves autochtones sans l’insérer dans la loi.

« Je me suis posé la même question : est-ce que ça aurait pris un protecteur de l’élève autochtone ? On ne l’a pas pour les anglophones non plus, on va en avoir un seul pour tous les étudiants au Québec. On veut avoir une représentativité régionale, je ne pense pas qu’il faut créer des silos, je ne pense pas que ce soit souhaitable non plus [de créer un protecteur de l’élève autochtone] », a-t-il réagi en mêlée de presse.

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a quant à lui dit croire, mardi, que la solution ne réside pas « dans la création d’un protecteur national ou régional exclusivement pour les nations autochtones ». « Je pense que la solution est dans les formations, dans la sensibilisation, dans les mandats qui seront donnés », a-t-il affirmé.

Avec Marco Fortier

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