La CAQ accusée d’«intimider» le maire de Québec dans le dossier du tramway

Une voie partagée avec le tramway sur 500 mètres envisagée au cœur de Québec a valu au maire cette volée de bois vert.
Renaud Philippe Le Devoir Une voie partagée avec le tramway sur 500 mètres envisagée au cœur de Québec a valu au maire cette volée de bois vert.

Les partis d’opposition ont vertement critiqué le gouvernement et ses « goons » pour la charge menée mercredi par la CAQ contre le maire et le tramway de Québec. Plusieurs somment François Legault de s’excuser pour l’« intimidation » que son parti a fait subir au représentant de la capitale nationale.

Des députés caquistes, Éric Caire en tête, ont accusé le maire Bruno Marchand, mercredi, de vouloir « polluer l’existence des automobilistes » et « dicter l’agenda du conseil des ministres ».

Une voie partagée avec le tramway sur 500 mètres envisagée au cœur de Québec a valu cette volée de bois vert au maire. Le ministre des Transports, François Bonnardel, reproche à Bruno Marchand et à sa rue partagée de compromettre sa « vision régionale » en matière de mobilité.

La vice-première ministre et ministre responsable de la région de la Capitale-Nationale, Geneviève Guilbault, a réitéré jeudi l’importance, aux yeux de son gouvernement, de tenir compte des intérêts de la grande périphérie de Québec dans l’élaboration du tramway. Elle a précisé que des citoyens, sans en préciser le nombre, faisaient part de leurs inquiétudes aux élus caquistes de la région par courriel.

« Dans la Communauté métropolitaine de Québec (CMQ), il y a 28 municipalités, a rappelé la ministre. Donc, oui, la Ville de Québec, la Ville de Lévis, c’est important, mais il y a 24 autres municipalités qui sont concernées. »

Dans un mémoire déposé en 2020, la CMQ adhérait pourtant au projet de tramway. « [Il] améliorera sans aucun doute la mobilité, façonnera le paysage et contribuera à la structuration du territoire métropolitain, écrivait l’organisation à l’époque. La Communauté ne peut à cet égard que souscrire au projet proposé. »

Le gouvernement a souligné, cette semaine, que l’adoption d’un décret essentiel au lancement des appels de propositions pour le tramway était désormais conditionnelle au retrait de la rue partagée.

« On parle de 500 mètres à partir de la rue Cartier jusqu’au parlement », a rappelé jeudi la députée libérale Marwah Rizqy, qualifiant les députés de la CAQ d’« acteurs de série B ». « Leurs nouvelles exigences sine qua non pour signer un décret qu’ils ont promis depuis maintenant plusieurs semaines, c’est de dire que les gens de Saint-Apollinaire devront être contents, dire que les gens de Saint-Agapit devraient aussi être contents de ce tracé-là. […] Des gens qui habitent à 30, 40 minutes du centre-ville de Québec. »

Le Devoir a fait remarquer à la ministre Guilbault que la CAQ n’avait jamais exigé l’adhésion des gens de Mont-Saint-Hilaire ou de Mirabel lorsque la mairesse Valérie Plante a réalisé le Réseau express vélo sur la rue Saint-Denis.

« Moi, je suis ministre de la Capitale-Nationale, s’est défendue la députée de Louis-Hébert. Mon rôle, c’est d’avoir une vision puis un leadership régional pour la Capitale-Nationale, de Portneuf à Charlevoix. »

L’Union des municipalités du Québec, qui revendique près de 400 membres, a appuyé le maire Marchand contre l’ingérence du gouvernement provincial dans les champs de compétences municipaux.

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, a elle aussi affiché son soutien à son homologue de Québec sur Twitter, écrivant que « les villes ont l’expertise et la connaissance de leur territoire pour faire des projets de transport intégrés et exemplaires ! »

« Bullying » concerté

Pour le Parti québécois, les paroles belliqueuses proférées par des élus caquistes à l’endroit du maire Marchand, mercredi, représentent autant d’« opérations concertées de bullying [et] d’intimidation. »

« Ce n’est pas la première fois que la CAQ a des actions concertées et coordonnées pour faire perdre de la crédibilité à un intervenant, a déploré le chef Paul St-Pierre-Plamondon. On est habitués à ça, les oppositions, ce manque de respect-là. Mais, […] intimider le maire de Québec, tu as un sérieux problème de loyauté envers tes propres gens, tes propres villes. »

La cheffe du Parti libéral demande au premier ministre de s’excuser et de « rappeler ses goons à l’ordre. »

« Honnêtement, de mémoire, je n’ai pas vu quelque chose comme ça », a avancé Dominique Anglade au sujet de propos qu’elle qualifie d’« indécents » et d’« irrespectueux ».

« Il faut arrêter cette approche où la CAQ pense qu’elle sait tout, a affirmé l’élue libérale. Elle s’intéresse maintenant à la voirie, […] dit aux gens quoi faire, comment faire, pour qui voter. Cette approche paternaliste, elle doit cesser. »

L’équipe Solidaire presse le gouvernement Legault d’arrêter de dicter au maire de Québec « à quel coin de rue mettre la station d’autobus ».

« Ça fait deux ans que ce projet-là est prêt à se mettre sur les rails, la CAQ trouve toutes sortes de raisons pour ne pas y aller, a rapporté Manon Massé. Quand on vient de déposer un budget qu’on dit le budget le plus vert, c’est une incohérence. »

Talonné au Salon bleu à propos de leur valse-hésitation face au tramway, le gouvernement a assuré ne pas vouloir tuer le projet.

« On va le faire, le tramway, a rétorqué le premier ministre François Legault. Puis on va s’entendre avec le maire de Québec. »

« Si on avait voulu faire mourir ce projet, il serait déjà mort, a indiqué le ministre des Transports. Maintenant, est-ce qu’il est normal, comme principal bailleur de fonds, qu’on se questionne sur le concept de rue partagée, qu’il y ait étude de circulation, une étude d’impact ? »

François Bonnardel doit rencontrer le ministre fédéral de l’Infrastructure, Dominic LeBlanc, la semaine prochaine. Le partage de la facture du tramway, estimée à 4 milliards de dollars, doit être abordé, a-t-il précisé.

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