Québec prépare sa sortie de l'état d'urgence sanitaire

En raison de la tombée de «la majeure partie des mesures» sanitaires, l’état d’urgence sanitaire n’est plus nécessaire, a expliqué François Legault mardi.
Photo: Francis Vachon Le Devoir En raison de la tombée de «la majeure partie des mesures» sanitaires, l’état d’urgence sanitaire n’est plus nécessaire, a expliqué François Legault mardi.

Le Salon bleu a repris ses allures prépandémiques mardi, les partis d’opposition veulent voir la « démocratie se déconfiner » mercredi. Après deux ans de gouvernance par décrets, le gouvernement de François Legault proposera en cours de journée une voie de sortie pour l’état d’urgence sanitaire qu’il a renouvelé 103 fois depuis l’arrivée de la COVID-19.

Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, a inscrit un projet de loi — intitulé simplement « Loi visant à mettre fin à l’état d’urgence sanitaire » — au feuilleton de l’Assemblée nationale mardi matin. Il le présentera en bonne et due forme vers 10 heures, mercredi. « Étant donné que la majeure partie des mesures tombent, on n’a plus besoin de l’urgence sanitaire », a expliqué brièvement François Legault mardi en mêlée de presse, quelques minutes avant de s’engouffrer dans le Salon bleu pour la période des questions.

Dans la salle de l’Assemblée nationale, l’élu caquiste s’est retrouvé face à une masse compacte de députés de l’opposition. Depuis que la COVID-19 a plongé ses griffes dans le quotidien politique québécois, le Parlement a siégé à 37 élus, puis à 62. Or, les mesures sanitaires fondent comme neige au soleil, et l’Assemblée nationale ne fait pas figure d’exception : en raison d’une entente entérinée jeudi dernier, tous les députés élus ont maintenant l’autorisation de s’asseoir sur les banquettes du Salon bleu, comme en mars 2020.

Dans les couloirs de l’hôtel du parlement, des affichettes souhaitaient mardi la bienvenue aux élus et aux employés politiques de retour sur place. « Il y avait du monde à la messe », a remarqué la co-porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé, au sortir d’une période des questions animée. La reprise du rythme parlementaire est une bonne première étape vers « un retour plein et entier aux pratiques démocratiques normales », a-t-elle ajouté.

« Ça fait deux ans que le gouvernement gouverne par décret au moyen de l’urgence sanitaire, ce n’est pas rien, deux ans où les règles habituelles de reddition de comptes ici, à l’Assemblée nationale, sont suspendues », a observé en matinée le chef parlementaire du Parti québécois, Joël Arseneau, qui, lui, recourait de nouveau à un local de conférence de presse déserté depuis le début de la pandémie.

Pas d’écoute ?

D’après l’élu péquiste, les deux dernières années de gouvernance se sont faites « pour l’essentiel, sans débat ». Selon la cheffe du Parti libéral du Québec, Dominique Anglade, l’adoption à répétition de décrets exécutifs sur l’état d’urgence sanitaire a entamé la démocratie. « Il y a clairement eu un impact quand on regarde les pouvoirs qui ont été octroyés [au gouvernement] », a-t-elle lancé mardi en entrevue avec Le Devoir.

« François Legault n’écoute pas, n’anticipe pas. Il agit de façon paternaliste », a-t-elle poursuivi.

L’élue montréalaise réitère qu’une modification législative ne sert à rien. Le gouvernement n’a qu’à mettre fin au renouvellement automatique de l’état d’urgence sanitaire, qui a permis l’imposition de mesures nationales comme le port du masque ou le couvre-feu, mais aussi l’attribution de contrats gré à gré durant la crise, a-t-elle soutenu.

Par le truchement de son projet de loi, Québec souhaite « trouver un aménagement », confiait le mois dernier le chef de cabinet du premier ministre, Martin Koskinen, dans une entrevue avec Le Devoir. Plus tôt cette année, François Legault avait estimé avoir besoin de l’état d’urgence sanitaire pour « quatre à cinq raisons ». Au premier chef, pour « payer des primes aux infirmières en dehors des conventions collectives ».

François Legault n’écoute pas, n’anticipe pas. Il agit de façon paternaliste.

L’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) appréhende le projet de loi.

« On est inquiet de ça, parce que les mesures qui ont été mises en avant pour contrer un peu la pénurie de personnel, si on met fin à ça, il n’y a pas de plan B au ministère de la Santé et des Services sociaux, a déploré mardi son président, Robert Comeau. Donc, on va retourner, encore une fois, dans le manque de personnel et la fatigue de notre monde. »

Mêmes préoccupations à la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS), affiliée à la Confédération des syndicats nationaux (CSN). « L’arrêt des mesures financières [comme les primes] va peut-être précipiter des gens qui vont se dire “OK, j’ai donné, je retourne dans d’autres secteurs d’activité qui ont de meilleures conditions salariales et conditions de travail” », croit son président Réjean Leclerc.

Avec Marie-Eve Cousineau



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