Québec exhorté à adopter une politique globale d’habitation

« Ce qui nous fait croire que le gouvernement pourrait en faire davantage, c’est que les demandes augmentent et que les appuis se multiplient» en faveur d’actions structurantes pour contrer la crise du logement, a fait valoir la porte-parole du FRAPRU, Véronique Laflamme.
Olivier Zuida Le Devoir « Ce qui nous fait croire que le gouvernement pourrait en faire davantage, c’est que les demandes augmentent et que les appuis se multiplient» en faveur d’actions structurantes pour contrer la crise du logement, a fait valoir la porte-parole du FRAPRU, Véronique Laflamme.

Des centaines de groupes communautaires et d’organismes de tous horizons pressent le gouvernement du Québec d’adopter une politique d’habitation pour jeter les bases d’une action politique fondée sur les principes internationaux du droit au logement. Un appel qui survient au moment où le resserrement du marché locatif ainsi que la hausse des loyers et des évictions de locataires sèment l’inquiétude partout dans la province.

Si le gouvernement Legault reconnaît les principes du droit au logement, le Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) fait le pari qu’il mettra les bouchées doubles pour construire davantage de logements sociaux et mettre en place des mécanismes rigoureux de contrôle des loyers dans la province.

« Ce qui nous fait croire que le gouvernement pourrait en faire davantage, c’est que les demandes augmentent et que les appuis se multiplient » en faveur d’actions structurantes pour contrer la crise du logement qui sévit dans la province, a fait valoir mardi la porte-parole du FRAPRU, Véronique Laflamme.

Cette dernière a donné mardi matin une conférence de presse dans un centre communautaire du centre-ville de Montréal en présence de cinq représentants de différentes organisations syndicales, communautaires et environnementales qui comptent parmi les quelque 500 organismes qui appuient les demandes du FRAPRU. « Évidemment, on n’a pas des lunettes roses », a ajouté Mme Laflamme, qui a convenu que ses demandes pourraient rester lettre morte. Le gouvernement Legault a continué de nier dans les derniers mois l’existence d’une crise du logement au Québec.

« Une vue d’ensemble »

La politique d’habitation présentée mardi par l’organisme ne contient pas une liste de cibles destinées au gouvernement du Québec, qui travaille actuellement sur un Plan d’action gouvernemental en habitation, attendu ce printemps. Il s’agit plutôt d’une vision qui placerait au cœur des décisions gouvernementales les droits des locataires afin que celles-ci aient pour effet de réduire, entre autres, les évictions stimulées par la spéculation immobilière, les hausses de loyer excessives et les cas de discrimination dans l’accès au logement, qui affectent en particulier les femmes et les membres des minorités visibles.

« Il nous faut une vue d’ensemble », insiste Mme Laflamme, qui estime que le gouvernement ne doit pas seulement miser sur l’offre de logements, mais sur la mise en place de « politiques sociales » pour soutenir les locataires moins nantis, à Montréal comme ailleurs dans la province.

« La pénurie de logements, ça contribue à la pénurie de main-d’œuvre », a d’ailleurs soulevé mardi la présidente de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), Caroline Senneville. Cette dernière constate entre autres que plusieurs travailleurs refusent de s’établir à Montréal en raison de la cherté des loyers, au moment où l’inflation force par ailleurs un nombre grandissant de Québécois à se serrer la ceinture.

Une responsable du Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale, Louise Lafortune, évoque pour sa part que ses membres rapportent une augmentation de la durée des séjours entre leurs murs. Un signe, selon elle, que les femmes ayant fui un ménage violent peine de plus en plus à se trouver un logement répondant à leurs besoins.

« Plusieurs maisons nous ont dit constater un allongement des séjours dans les dernières années », a déclaré Mme Lafortune. Pour contrer ce phénomène, la responsable des dossiers liés à la problématique de la violence conjugale et à l’intervention au sein du regroupement réclame notamment une bonification du programme de supplément au loyer afin que celui-ci desserve mieux l’ensemble des régions du Québec.

Des logements abordables

 

Cette annonce survient au moment où le ministère des Affaires municipales et de l’Habitation lance, ce mardi, un premier appel à projets dans le cadre du nouveau Programme d’habitation abordable Québec (PHAQ). Le gouvernement Legault a prévu une enveloppe de 200 millions de dollars pour cet appel à projets, qui vise à permettre la construction de logements locatifs abordables, notamment par le secteur privé. Des projets peuvent être déposés jusqu’au 5 mai.

En prévision du budget Legault, attendu le 22 mars, le FRAPRU réclame pour sa part la construction de 50 000 logements sociaux en cinq ans. L’organisme souhaite aussi des modifications au Code civil du Québec pour réduire les évictions de locataires, de même que la création d’un registre universel des loyers, une mesure qu’a toutefois déjà rejetée la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Andrée Laforest, essentiellement pour des raisons financières.

« Jusqu’à maintenant, le gouvernement n’a rien fait de significatif, balayant les mesures structurantes qu’on ne cesse de demander », a d’ailleurs déploré la représentante du FRAPRU Mme Laflamme, qui estime que le plan d’action en habitation promis par le gouvernement « ne tiendra pas compte » des besoins des locataires les moins nantis.

Au moment où ces lignes étaient écrites, le cabinet de la ministre Laforest n’avait pas commenté ces demandes.

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