Gaétan Barrette ne se représentera pas aux prochaines élections

L’avenir politique de Gaétan Barrette était incertain depuis que la cheffe du Parti libéral, Dominique Anglade, lui avait retiré son dossier de porte-parole du Conseil du trésor. On le voit ici lors de son annonce, dimanche, au siège du PLQ à Montréal.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne L’avenir politique de Gaétan Barrette était incertain depuis que la cheffe du Parti libéral, Dominique Anglade, lui avait retiré son dossier de porte-parole du Conseil du trésor. On le voit ici lors de son annonce, dimanche, au siège du PLQ à Montréal.

Gaétan Barrette ne se représentera pas aux prochaines élections provinciales. Le député libéral de La Pinière a annoncé dimanche qu’il comptait tirer un trait sur une décennie de carrière politique mouvementée.

Au sortir du caucus libéral où il a confirmé ses intentions, l’ancien ministre de la Santé paraissait soulagé. « Je viens probablement de vivre le meilleur moment de ma vie politique », a-t-il laissé tomber devant les journalistes convoqués au siège du Parti libéral du Québec à Montréal. La cheffe libérale, Dominique Anglade, était présente aux côtés du politicien lors de son annonce.

L'avenir en politique de M. Barrette était incertain depuis que Mme Anglade, lui avait retiré son dossier de porte-parole du Conseil du trésor. Questionnée au sujet de l’avenir son député, la cheffe avait alors clairement indiqué que son parti avait besoin d’un renouveau.

M. Barrette s’était aussi retrouvé dans la tourmente à la suite d’une déclaration publique de Marie Montpetit. Elle l’accusait d’avoir un ton improductif lorsqu’il s’exprimait sur les dossiers de santé dont elle était responsable au sein du caucus libéral. Mme Montpetit a ensuite été expulsée par Mme Anglade à la suite d’allégation de harcèlement psychologique et d’intimidation formulées par des employés politiques.

La cheffe du Parti libéral était présente aux côtés de M. Barrette lors de son annonce.

Le principal intéressé rejette tout lien direct entre cette controverse et son désistement. « J’ai toujours dit que j’étais là pour essentiellement deux mandats. Ma réforme, je l’ai dit, c’était essentiellement une question de deux mandats. Cette décision-là, de partir après deux mandats, était prise le 7 avril 2014 », a-t-il soutenu. En septembre dernier, Gaétan Barrette confiait tout de même au Devoir ne pas avoir « pris de décision » quant à son avenir politique.

Les tergiversations avec Marie Montpetit ont par contre devancé la date de la conférence de presse, selon ses dires. « Les circonstances me font prendre [cette décision] aujourd’hui, plutôt qu’après Noël », a affirmé M. Barrette en expliquant qu’un congrès des membres du PLQ se tiendrait à la fin novembre et qu’il ne souhaitait « pas être le point de débat dudit congrès ».

Des regrets

Le radiologiste et ex-président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec a énuméré ses réalisations au pouvoir et dans l’opposition. Outre le projet de loi 20 sur la tâche des médecins et l’accès à la procréation assistée, ainsi que la création du « Carnet santé », il est revenu sur son fameux projet de loi 10, surnommé la « réforme Barrette », largement critiqué.

« Je suis allé vite. Ça a bousculé. Mais je maintiens que cette réforme-là était et est encore bonne », a soutenu l’ancien ministre, non sans avouer quelques regrets : « On a sans aucun doute coupé trop de cadres intermédiaires et de cadres supérieurs. »

Il a par ailleurs admis aux journalistes s’être senti comme un « bouc émissaire » au sein de son parti. « Si j’écrivais mes Mémoires, ça serait mon titre », a lancé l’homme de 65 ans. « Mais si on veut changer les choses, vraiment, c’est sûr qu’on marche sur les orteils de plusieurs personnes. »

Gaétan Barrette n’a pas indiqué quelles responsabilités occuperont son emploi du temps après les prochaines élections. « Je n’ai jamais sollicité de poste. Jamais », a-t-il insisté. « On est toujours venu me chercher dans tous les postes, sans exception. Alors, je n’en recherche aucun aujourd’hui. »

D’ailleurs, Dominique Anglade n’a pas spécifié si elle comptait lui accorder une responsabilité particulière au sein du cabinet fantôme d’ici la fin de son mandat.

La CAQ salue un ancien collègue

Avant même l’annonce officielle de son départ, plusieurs de ses adversaires ont réagi, dimanche, en marge de leur conseil général à Trois-Rivières.

Le ministre des Transports, François Bonnardel, s’est souvenu que M. Barrette est un ancien collègue, qui avait été défait aux élections de 2012 sous la bannière caquiste. « Ça a été un collègue qui a voulu se faire élire avec notre formation politique, qui n’a pas réussi à l’époque et qui a décidé d’aller vers une autre formation pour devenir ministre » a-t-il rappelé. Selon lui, le bilan de M. Barrette, ministre de la Santé de 2014 à 2018 puis député dans l’opposition, est en demi-teinte. « Ç’a été un député qui a été polarisant pendant son séjour à l’Assemblée nationale, a-t-il dit. Est-ce qu’il a fait des bons coups ? Peut-être. Est-ce qu’il a fait des mauvais coups ? Assurément. »

Le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, a soutenu que la réforme Barrette a particulièrement « fait mal aux ressources humaines » et que ses répercussions se font encore sentir aujourd’hui. « Il y a eu un impact aussi sur les centres jeunesse, le fait de les avoir mis dans les CISSS et les CIUSSS sans valoriser le travail des personnes dans les centres jeunesse, je pense que ça a été difficile. »

Le ministre de la Santé, Christian Dubé, a affirmé que son départ est probablement une décision difficile pour M. Barrette. « On ne s’est pas toujours entendus sur la façon de faire les choses, mais je ne connais pas de ministre de la Santé qui n’a pas voulu faire la bonne chose pour le Québec », a-t-il admis.

Le premier ministre François Legault a indiqué qu’il n’a pas l’intention de renouer avec son ancien candidat, même s’il a récemment conseillé son directeur de cabinet, Martin Koskinen. « Je veux le remercier, étant donné qu’il annonce [son départ], pour ce qu’il a amené à la vie politique, que ce soit au début avec la CAQ ou ensuite avec le Parti libéral. Mais il n’y a pas d’intention de l’embaucher. »

Gaétan Barrette a d’ailleurs eu « un message pour François Legault » lors de son allocution. « Le syndicat le plus puissant, c’est la Fédération des médecins spécialistes du Québec. Ça, c’est de l’orgueil bien placé ! »

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