Trop de «logistique» pour payer les travailleurs de la santé à temps, dit Québec

Au total, au moins 92 000 travailleurs seront touchés par le problème.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Au total, au moins 92 000 travailleurs seront touchés par le problème.

Québec sera incapable de verser à temps les montants rétroactifs promis à des dizaines de milliers de travailleurs de la santé et des services sociaux lors des dernières négociations de conventions collectives. Le « défi logistique » est trop grand, explique le ministère de la Santé.

Au cours des derniers jours, des travailleurs du réseau de la santé et des services sociaux ont reçu des « notes de service » de la part de leurs employeurs. Ceux-ci les avisent qu’ils seront incapables de « respecter certains délais pour le versement des rétroactivités » prévues aux plus récentes conventions collectives.

Les ententes prévoient une série de versements rétroactifs pour les années 2019-2020, mais aussi des augmentations salariales et des rectifications de primes, qui doivent être faits à diverses échéances après la signature des conventions.

Trois des quatre syndicats en santé ayant des ententes avec Québec ont confirmé au Devoir que leurs membres seraient, en tout ou en partie, affectés par les problèmes relevant du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS). Au total, au moins 92 000 travailleurs seront donc touchés par le problème.

Au MSSS, la porte-parole Marie-Hélène Émond a expliqué dans un courriel que « les contraintes actuellement vécues ne sont pas liées à des enjeux techniques, mais plutôt à une charge de travail majeure, autant pour les établissements de santé que pour les firmes de traitement de la paie ».

« Le volume de modifications à traiter, la portée rétroactive de celles-ci et les délais convergeant tous à courte échéance impliquent un défi logistique important pour l’ensemble des acteurs impliqués dans le processus », a-t-elle ajouté.

Au Centre universitaire de santé McGill, «le versement de paiements rétroactifs aux employés rencontre des difficultés du fait que le fournisseur privé n’a pu modifier à temps son logiciel de paie», a fait savoir la conseillère aux relations médias Annie-Claire Fournier. Le CUSM pourra «procéder aux versements de rétroaction, prévus à la nouvelle convention collective, une fois que cette situation sera corrigée», a-t-elle poursuivi.

Au ministère, Mme Émond n’a pas pu dire combien d’employés dans le réseau pourraient être concernés ni s’avancer sur les montants d’argent en jeu. Seul le CISSS du Bas-Saint-Laurent a pu fournir un chiffre au Devoir. «Notre fournisseur de paie travaille très fort pour faire des automatismes afin que nous puissions rémunérer nos employés selon la nouvelle convention collective FIQ», a dit le porte-parole Gilles Turmel. «Il y a entre 2200 et 2500 employés du CISSS du Bas-Saint-Laurent qui sont affectés actuellement.»

Le MSSS a tout de même confirmé que « tous les CISSS et CIUSSS sont [touchés] par ces changements». «Les montants à verser sont très variables d’un employé à un autre, et ce, dépendamment des titres d’emplois et des modalités auxquelles ils ont droit », a écrit la porte-parole Émond. Elle a ensuite assuré qu’en dépit des délais, les salariés ne devaient pas avoir de craintes. « Ceux-ci toucheront tous les montants qui leur sont dus. »

Des « frustrations »

À la Fédération des professionnèles (FP-CSN), la première vice-présidente, Jessica Goldschleger, avance que l’absence de front commun au cours des négociations a pu compliquer la tâche pour le ministère, dont les systèmes informatiques doivent s’adapter à une série d’échéances différentes. « C’est sûr que ça augure mal, a-t-elle dit au Devoir. Ça crée des frustrations qui ne sont pas nécessaires. Ce travail-là était prévisible, je ne comprends pas pourquoi ils n’ont pas commencé à travailler sur le système informatique avant. »

Au syndicat où elle travaille, 6500 travailleurs sont touchés par le problème. L’échéance pour le versement d’un premier montant forfaitaire, prévu le 21 novembre, risque de ne pas être respectée par Québec. Une série d’autres dates butoirs — notamment pour des hausses de salaire, le 4 décembre — arriveront dans les prochaines semaines. Les ajustements salariaux qui devaient être effectués dans les 90 jours suivant la signature d’une entente sur l’équité salariale, en juillet, n’ont pas pu être faits à temps, a déjà constaté Mme Goldschleger.

La convention collective que Québec a signée avec la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ) prévoit que le « délai maximal » pour le versement de sommes rétroactives pour des heures travaillées en 2019-2020 se termine le 6 novembre. Or, « en raison d’un retard de programmation du logiciel de paie, ces dernières ne pourront toucher à temps les sommes forfaitaires prévues à la nouvelle convention collective », a fait valoir le syndicat représentant 76 000 professionnelles dans un communiqué. Diverses primes — de rétention et d’attraction ou pour le travail de soir et de nuit à temps complet — sont aussi bloquées en raison du problème au ministère, selon la FIQ.

Au Syndicat québécois des employées et employés de service (SQEES-FTQ), 10 000 membres sont aussi touchés. Des sommes rétroactives doivent notamment être versées avant le 24 novembre. « C’est vraiment plate. Vous savez, ça fait un an et demi que nos membres sont sur le terrain. On trouve que c’est vraiment un manque de reconnaissance », a indiqué sa présidente, Sylvie Nelson.
 



(5/11/2021) Ce texte a été modifié après publication pour y inclure les réponses du CUSM et du CISSS du Bas-Saint-Laurent.

 

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