Le patron d’Air Canada s’excuse et s’engage à «améliorer» son français

Confronté à une vague d’indignation en raison de son unilinguisme, le grand patron d’Air Canada, Michael Rousseau, s’est finalement excusé jeudi, en plus de s’engager à revoir son horaire chargé pour « améliorer [son] français ».

Mercredi, le président et chef de la direction du transporteur aérien a livré un discours en anglais seulement à la Chambre de commerce du Montréal métropolitain. Il s’est aussi félicité d’avoir pu vivre en anglais au Québec depuis 14 ans. « Si vous voyiez mon horaire de travail, […] vous comprendriez que c’est [ce] sur quoi je dois me concentrer », a-t-il aussi lancé lorsque des journalistes l’ont interrogé sur son manque de volonté à apprendre le français.

Sa déclaration a causé un tollé à l’échelle du pays. À l’Assemblée nationale, le Parti libéral du Québec (PLQ) et Québec solidaire (QS) ont réclamé sa démission, tandis que le ministre responsable de la Langue française, Simon Jolin-Barrette, l’a invité à « réfléchir profondément » à son rôle chez Air Canada, étant donné sa déclaration « indigne de ses fonctions ».

À Ottawa, le Bloc québécois a demandé au gouvernement fédéral « d’user de sa position d’actionnaire d’Air Canada afin d’exiger la démission de M. Rousseau ». Le Nouveau Parti démocratique a aussi réclamé le départ du patron d’Air Canada, qui « crache dans le visage des Québécois » selon son député Alexandre Boulerice. La ministre des Langues officielles, Ginette Petitpas Taylor, a quant à elle qualifié les propos du chef d’entreprise de « tout simplement inacceptables ».

Dans un communiqué diffusé jeudi matin, M. Rousseau a écrit n’avoir, « d’aucune façon », voulu « manquer de respect à l’égard des Québécois et des francophones de tout le pays ». « Je présente mes excuses à ceux que mes propos ont offensés. Je m’engage aujourd’hui à améliorer mon français, langue officielle du Canada et langue d’usage au Québec », a-t-il ajouté.

Le français, a répliqué le ministre Jolin-Barrette, « ce n’est pas la langue d’usage ». « La langue officielle du Québec est le français. J’espère que M. Rousseau comprend ça », a-t-il lancé.

La ministre Petitpas Taylor a dit avoir « pris acte de ses excuses ». « Mais elles doivent être suivies d’actions concrètes afin de démontrer qu’il prend ses obligations au sérieux. C’est une question de respect », a-t-elle souligné

La controverse a aussi alimenté les déclarations du premier ministre du Québec, François Legault, à Glasgow pour la COP26.

« J’ai regardé la vidéo de M. Rousseau et je trouve ça insultant, ça me met en colère, son attitude, de dire que ça fait 14 ans qu’il est au Québec et il n’a pas eu besoin d’apprendre le français. C’est inqualifiable, ça me choque », a-t-il déclaré. D’une part, cela dénote un manque de respect envers les employés francophones d’Air Canada, et d’autre part, il y a un « travail à faire de tous les Québécois pour exiger de se faire servir en français », a poursuivi M. Legault.

 

Le ministre Jolin-Barrette a déclaré que M. Rousseau était « venu insulter, mépriser tous les Québécois ». « Il doit s’excuser, Air Canada doit s’excuser et [M. Rousseau] doit réfléchir profondément au rôle qu’il occupe dans cette compagnie-là. C’est indigne de ses fonctions », a lancé l’élu caquiste. Il n’est pas allé jusqu’à réclamer la démission de M. Rousseau, préférant déclarer que cette décision « appartient au conseil d’administration ».

Le PLQ et QS réclament une démission

Ni le PLQ ni QS n’ont fait preuve d’une telle retenue. « Ce qu’on demande aujourd’hui, c’est que M. Rousseau s’excuse pour ses propos envers les francophones, envers les Québécois, qu’il démissionne de son poste et que les entreprises à juridiction fédérale soient assujetties à la Charte de la langue française », a lancé le député libéral André Fortin lorsqu’il s’est présenté devant les médias.

« Il faudrait qu’il quitte [ses fonctions], qu’il démissionne. Absolument, absolument », a aussi déclaré l’élue solidaire Ruba Ghazal. « Il faudrait peut-être que les membres du conseil d’administration réagissent face à son attitude méprisante », a-t-elle ajouté. La députée, née au Liban, a rappelé qu’elle et sa famille avaient appris le français à leur arrivée au Québec. « Juste cette attitude-là est un symbole du monde des affaires », a-t-elle déploré.

Comme sa collègue solidaire, la députée libérale Marwah Rizqy a rappelé que sa mère, une femme immigrante « avec quatre enfants », « sans argent », avait trouvé le temps d’apprendre le français. « Donc je n’achète pas son excuse : “je suis un p.-d.g. multimillionnaire et je n’ai pas le temps d’apprendre le français” », a-t-elle affirmé.

Le bilinguisme, de la « foutaise » selon le PQ

Au Parti québécois, le chef Paul St-Pierre Plamondon a réclamé des excuses à M. Rousseau et un engagement de sa part à apprendre le français. « Mais je ne veux pas qu’on s’enfarge dans des trucs de surface. Application de la loi 101 à Air Canada. C’est ça, notre demande », a-t-il insisté.

Cette demande a aussi été formulée par le PLQ. Le ministre Jolin-Barrette, qui pilote le projet de réforme de la loi 101 du gouvernement Legault, a quant à lui rappelé que son projet de loi vise à étendre la portée de la Charte de la langue française aux entreprises de compétence fédérale. « On n’attendra pas après Ottawa qu’ils agissent, parce que ça fait 40 ans qu’ils n’agissent pas sur ce sujet-là avec Air Canada », a-t-il ajouté.

Piqué au vif, M. St-Pierre Plamondon a aussi dit croire que l’attitude de M. Rousseau témoigne d’un « problème profond ». « Mike Rousseau parle seulement anglais parce qu’Air Canada fonctionne en anglais. Point barre. Il n’y a pas de bilinguisme dans les institutions canadiennes. C’est de la foutaise inventée par Pierre Trudeau », a-t-il pesté, en rappelant qu’il avait constaté cette situation de visu lorsqu’il était agent de bord chez Air Canada.

Son collègue Pascal Bérubé a demandé de rendre le plan d’aide fédéral à Air Canada conditionnel au « respect du bilinguisme » du transporteur aérien. « Tant que vous serez un mauvais citoyen corporatif qui n’en a rien à cirer des francophones dans ce pays, oubliez l’argent, il y aura des alternatives », a-t-il suggéré. Le PLQ a lui aussi demandé la « suspension de ces subventions-là jusqu’à ce qu’Air Canada envoie un signal très clair aux Québécois par la présence d’un p.-d.g. qui parle français, par une amélioration des services auprès de la population francophone ».

Avec La Presse canadienne et Marie Vastel

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