Le refus du Maine ne freine pas Québec dans son projet de ligne d’Hydro vers les États-Unis

Le gouvernement de François Legault estime avoir encore toutes les cartes dans son jeu pour concrétiser ses objectifs dans le projet.
Photo: Teb Nad Getty Images Le gouvernement de François Legault estime avoir encore toutes les cartes dans son jeu pour concrétiser ses objectifs dans le projet.

Les résultats du référendum sur le passage d’une ligne d’Hydro-Québec au Maine ne refroidissent pas le gouvernement de François Legault, qui estime avoir encore toutes les cartes dans son jeu pour concrétiser ses objectifs d’exportation d’électricité. La société d’État se tournera pour sa part vers les tribunaux.

Depuis mardi soir, le courant ne passe plus entre Québec et les électeurs du Maine. Dans un référendum mardi, ces derniers ont voté à environ 60 % pour bloquer le passage de toute ligne à haute tension dans la partie nord-ouest de l’État américain. Hydro-Québec, qui convoitait le secteur pour y construire un important projet d’exportation électrique, se bute soudainement à un mur.

Quoique « déçu du résultat », le gouvernement Legault estime avoir en main différentes options pour assurer le succès de ses aventures hydroélectriques. Aux yeux du ministre Jonatan Julien, Québec se plierait au « lobbying de l’énergie fossile » s’il ne retournait pas toutes les pierres dans le but d’aller de l’avant.

Les autorisations

Le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles prend acte de l’avis des électeurs, mais croit avoir coché toutes les cases nécessaires à l’avancement du projet.

« On a obtenu les autorisations, à la fois les autorisations présidentielles, à la fois celles du département de l’Énergie, a indiqué le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Jonatan Julien, en mêlée de presse, mercredi. L’engagement contractuel qu’on a pris, les investissements qu’on a faits, plus de 400 millions… On compte bien donner suite au projet. »

Québec « analyse » toutes ses options, y compris les avenues « légales » à emprunter pour faire débloquer le projet de transport d’électricité.

L’engagement contractuel qu’on a pris, les investissements qu’on a faits, plus de 400 millions… On compte bien donner suite au projet.

 

« C’est certain qu’un référendum qui vient agir de façon rétroactive, on trouve ça particulier. Nous, légalement, on pense qu’on est à la bonne place », a affirmé M. Julien.

Des démarches en cour

Une chose est sûre : Hydro-Québec n’attendra pas après le gouvernement pour se rendre devant les tribunaux. Contactée par Le Devoir, la société d’État s’est engagée à poser « les actions nécessaires pour faire reconnaître ses droits ».

« On va certainement entreprendre des recours légaux », a confirmé une porte-parole d’Hydro-Québec, Lynn St-Laurent.

Hydro, qui a récemment conclu un important contrat d’exportation avec New York, souhaite acheminer son énergie vers six États de la Nouvelle-Angleterre en passant par le Maine. L’entente de vingt ans qu’elle a conclue lui rapporterait dix milliards de dollars.

Le projet de connexion d’Hydro-Québec trône au centre des plans de François Legault pour faire du Québec la « batterie verte du nord-est de l’Amérique ». Interrogé sur les possibilités pour Québec d’évaluer d’autres tracés — ou même des lignes électriques enfouies —, Jonatan Julien n’a pas bougé d’un pouce, mercredi : le projet actuel est le bon, a-t-il réitéré.

Selon Lynn St-Laurent, la décision prise mardi par les électeurs du Maine est contestable parce qu’elle vise à « invalider la démarche réglementaire » déjà complétée par Hydro-Québec.

La fin pour la « batterie » de Legault ?

En matinée, à l’Assemblée nationale, le porte-parole du Parti libéral en matière de ressources naturelles, Pierre Arcand, avait déploré une « triste nouvelle » pour le Québec.

D’après lui, le résultat du scrutin met à mal les cibles d’exportation du gouvernement Legault.

« M. Legault dit qu’il va faire une batterie verte. Or, tous ses projets jusqu’ici à l’exception de New York — l’Ontario et le Massachusetts, entre autres — sont en péril actuellement », a-t-il affirmé.

« La batterie, bon, peut-être qu’elle sera moins puissante », a convenu le chef parlementaire du Parti québécois, Joël Arseneau, quelques minutes plus tard. L’élu des îles de la Madeleine s’étonne que Québec n’en ait pas fait plus pour assurer l’avenir du projet, « surtout lorsqu’on mise presque uniquement sur l’exportation d’énergie pour pouvoir dire que le Québec est à l’avant-garde des changements climatiques ».

Québec solidaire appelle François Legault à accueillir les résultats du référendum. Le Maine a parlé, et le premier ministre doit maintenant faire une introspection, a avancé le co-porte-parole de la formation, Gabriel Nadeau-Dubois. « Il va falloir aussi faire des gestes au Québec pour diminuer nos émissions de gaz à effet de serre », a-t-il avancé.

 

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