Marie Montpetit exclue du caucus libéral

Une ex-employée raconte que Marie Montpetit manquait d’assiduité et arrivait souvent en retard le matin, ce qui l’empêchait de bien préparer ses interventions.
Photo: Francis Vachon La Presse canadienne Une ex-employée raconte que Marie Montpetit manquait d’assiduité et arrivait souvent en retard le matin, ce qui l’empêchait de bien préparer ses interventions.

La députée Marie Montpetit a été expulsée du caucus libéral, lundi, alors que des allégations d’abus de pouvoir envers son personnel sont formulées contre elle.

Le directeur des communications de l’aile parlementaire libérale, Jérémy Ghio, a d’abord affirmé lundi que la cheffe libérale, Dominique Anglade, a demandé à Mme Montpetit de partir. En soirée, M. Ghio a fait savoir que Mme Montpetit avait été exclue, sans préciser la durée de cette décision.

Dans une lettre à Dominique Anglade, Marie Montpetit a réclamé une enquête indépendante pour faire la lumière sur des allégations qui la visent, a rapporté TVA en fin de soirée.

Mme Anglade a d’abord retiré à Mme Montpetit ses fonctions de porte-parole en santé, samedi. Cette décision a été prise à la suite de ses déclarations publiques contre son collègue Gaétan Barrette. M. Barrette a également perdu, samedi, ses fonctions de porte-parole du dossier du Conseil du trésor.

Selon les informations obtenues, cet incident ainsi que des allégations relatives au comportement de Mme Montpetit avec ses employés politiques motivent cette exclusion.

Au cours des derniers jours, Le Devoir a recueilli les témoignages de huit personnes qui ont collaboré avec elle depuis 2017, quand elle était ministre de la Culture, et ensuite, après la défaite des libéraux en 2018. Mme Montpetit n’a pas accordé d’entrevue à cet effet, mais elle assure qu’elle a « toujours placé le respect au cœur de ses relations professionnelles ».

Selon les informations obtenues de ces sources, la sortie controversée de Mme Montpetit contre M. Barrette a montré un tempérament difficile pourtant bien connu depuis des années dans les antichambres du pouvoir. Ces employés anciens et actuels ont demandé que leur nom ne soit pas divulgué, soit par peur des représailles, soit parce qu’elles ne sont pas autorisées à parler.

« Une espèce de cercle »

Tous ont subi ou ont été témoins de sa façon de s’adresser à ses collaborateurs en criant et en les dénigrant. Ils estiment que ce comportement excède les sautes d’humeur habituelles dans un milieu reconnu pour sa pression.

Pas moins de quatre recherchistes se sont succédé auprès de Mme Montpetit, car aucun ne satisfaisait ses exigences, depuis qu’elle a été nommée responsable du dossier de la santé en juin 2020. Un membre de l’aile parlementaire a déclaré au Devoir que tous ces recherchistes ont subi les foudres de Marie Montpetit. « Avec chacun, il y a eu des événements de “chialage”, de “criage” : “Ça marche pas, il ou elle ne sait rien faire” », indique-t-on, en soulignant que la députée disposait pourtant d’un personnel aguerri.

Au moins une intervention du personnel d’encadrement de l’aile parlementaire a été faite à ce sujet, mais ces situations se répètent. « À chaque fois que ça se calme, elle redevient gentille, et deux semaines après, ça repart, affirme ce membre de l’aile parlementaire. C’est une espèce de cercle. » Selon cette source, les comportements de Mme Montpetit avec les recherchistes constituent « minimalement de l’intimidation ». « Est-ce du harcèlement psychologique ? C’est difficile à évaluer », affirme cette personne.

Pour un autre employé de l’aile parlementaire, qui refuse maintenant de travailler avec la députée, la même question se pose. Cet employé cite notamment la manière dont Mme Montpetit faisait exprès — à son avis — de le questionner devant les autres pour le prendre en défaut sur des aspects secondaires de son dossier. « Elle utilise son statut d’élue pour avoir du contrôle, a-t-il expliqué. On dirait qu’elle testait toujours les limites du contrôle qu’elle avait sur les gens. »

« Ça me gâchait mes journées, ça me rendait malheureux », a-t-il dit.

Trois ex-membres du personnel politique de l’aile parlementaire libérale ont également exposé les comportements déplacés de Mme Montpetit.

Une ex-employée raconte que Marie Montpetit manquait d’assiduité et arrivait souvent en retard le matin, ce qui l’empêchait de bien préparer ses interventions. Lorsqu’elle n’obtenait pas la couverture médiatique attendue, elle en rejetait la faute sur ses subalternes. « Je ne suis pas de ceux qu’elle a traités d’épais », se console cette ex-employée.

Un autre ex-employé explique que Mme Montpetit se mettait facilement en colère contre le personnel et criait pour des riens. « Tu sors de ta journée de travail et tu te sens comme un incompétent, a-t-il dit. C’était sur une base assez récurrente. »

Un troisième ex-employé qui a répondu au Devoir a déjà été pris à partie publiquement par Mme Montpetit lors d’une réunion avec des élus.

Au cabinet de la Culture

Trois ex-employés qui ont travaillé au cabinet de Mme Montpetit quand elle était ministre de la Culture, d’octobre 2017 à octobre 2018, affirment qu’ils ont subi les mêmes comportements.

Une ex-employée affirme que plusieurs personnes songeaient alors à déposer des plaintes, mais que le déclenchement de la campagne électorale, suivi par la défaite des libéraux, a contrecarré leurs plans. « C’est clair que c’est du harcèlement psychologique, c’est exactement ça qu’elle fait », dit-elle.

Deux d’entre eux racontent notamment comment Mme Montpetit avait humilié sa directrice de cabinet, qui recevait justement la ministre et plusieurs membres de son cabinet chez elle, au printemps 2018. « Elle a passé la soirée à crier après elle, à la traiter de bois mort, que maintenant, ça ne marchait plus comme dans le temps de Robert Bourassa », dit une ex-employée.

Selon un autre employé présent ce soir-là, « c’était de l’acharnement », de la part de Mme Montpetit.

Ce même employé témoigne également des cris subis. Alors qu’il lui parlait au téléphone et qu’elle était en colère, des collègues dans un bureau voisin l’entendaient l’invectiver à l’autre bout du fil, se souvient-il. « Est-ce que c’est du dénigrement ou du harcèlement psychologique ? C’est dur à qualifier. Dans tous les cas, c’était pratiquement pas vivable », dit-il.

Constatant que la situation était sans issue, il a choisi de démissionner en expliquant clairement les raisons de son départ à la ministre. « Je n’aime pas comment tu m’as traité et comment tu as traité les autres », lui a-t-il dit.

Mais la ministre ne s’est pas pour autant excusée, raconte-t-il. « C’est comme si elle ne se rend pas compte que ce n’est pas une personne gentille, a-t-il déploré. Elle ne se rend pas compte de ce qu’elle fait aux gens. Tout tourne autour d’elle. »

Examen des allégations

Mme Montpetit n’a pas voulu commenter les allégations. « J’ai toujours placé le respect au cœur de mes relations professionnelles, a-t-elle répondu dimanche dans une déclaration écrite. Je vais prendre connaissance des allégations et j’ai l’intention de collaborer activement à toute enquête ou vérification afin de rétablir les faits et ainsi défendre ma réputation. »

Du côté de l’aile parlementaire libérale, le directeur des communications, Jérémy Ghio, n’a pas commenté directement les allégations. M. Ghio a réaffirmé que le Parti libéral du Québec ne tolère pas le harcèlement et l’intimidation au travail.

« Nous avons le devoir d’offrir à tous nos employés un milieu de travail sain et sécuritaire, a-t-il répondu dans une déclaration écrite. Lorsque des allégations sérieuses sont formulées, nous suivons le processus de l’Assemblée nationale, les rencontres et les gestes sont posés. »

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