Legault n’a pas le monopole des valeurs québécoises, tonne Anglade

La «grande démonstration d’autopromotion» opérée mardi dans la salle de l’Assemblée nationale a mis en lumière, selon la cheffe du parti libéral, Dominique Anglade, la crainte de François Legault d’être réduit au rôle de «premier ministre d’une seule crise» dans l’œil de la population québécoise.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne La «grande démonstration d’autopromotion» opérée mardi dans la salle de l’Assemblée nationale a mis en lumière, selon la cheffe du parti libéral, Dominique Anglade, la crainte de François Legault d’être réduit au rôle de «premier ministre d’une seule crise» dans l’œil de la population québécoise.

À moins d’un an des prochaines élections générales, la cheffe du Parti libéral du Québec, Dominique Anglade, sonne la charge contre la pensée unique.

Plusieurs ne se reconnaissent pas dans le Québec du « père autoproclamé de la nation québécoise » François Legault, a-t-elle fait valoir à l’Assemblée nationale mercredi. Il n’y a pas de mal à cela, a-t-elle ajouté, s’apprêtant à s’opposer à l’énoncé de politique générale du gouvernement.

« La CAQ veut nous imposer une façon de penser ; nous, on veut écouter les Québécoises et les Québécois », a soutenu Dominique Anglade.

À ses yeux, François Legault cherche à imposer « ses valeurs personnelles à lui » à la nation québécoise, quitte à qualifier de parias ceux et celles se trouvant sur son chemin. « Quand tu ne penses pas comme le premier ministre, tu ne peux [apparemment] pas représenter les valeurs du Québec », s’est désolée Dominique Anglade, au lendemain du discours d’ouverture de la session parlementaire prononcé par le premier ministre.

La cheffe de l’opposition officielle à l’Assemblée nationale a dit défendre sur toutes les tribunes, quoi qu’en dise François Legault, les valeurs du Québec comme « l’égalité entre les hommes et les femmes », « la distinction qu’est notre nation québécoise quant à la langue française » et « la nécessité d’avoir une solidarité ». « [Le premier ministre] n’est pas le propriétaire des valeurs de tous les Québécois », a-t-elle insisté.

« Entretenir » la peur

Dominique Anglade a accusé mercredi le chef du gouvernement d’attiser la peur paralysant la population québécoise, et ce, plutôt que de la combattre comme il le prétend depuis son arrivée aux commandes de l’État québécois il y a trois ans. « C’est le premier ministre lui-même qui entretient cette peur. La peur de l’autre, la peur de ceux et celles qui ne pensent pas comme lui ou qui ne votent pas comme lui », a-t-elle affirmé lors de sa réplique en Chambre mercredi. « Le danger imminent, c’est quand tu ne penses pas comme le premier ministre », a-t-elle poursuivi.

L’élue libérale n’arrivait toujours pas à croire mercredi que le premier ministre ait rejeté du revers de la main l’idée de décréter un congé afin de marquer la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation « pour une question de productivité ». « Pour la compassion, pour la solidarité, c’est zéro. »

François Legault a démontré mardi qu’il est « déconnecté des réalités terrain », dont celles des jeunes souffrant d’écoanxiété. « Est-ce qu’ils vont atteindre l’âge vénérable de leurs parents ou de leurs grands-parents ? C’est ça que les jeunes se posent aujourd’hui comme question. Pourtant, le premier ministre a bien pris presque une heure de son discours avant de parler de cet enjeu », a fait remarquer Dominique Anglade à moins d’un an du prochain scrutin.

La cheffe du PLQ reproche à M. Legault de s’être « gavé dans cette formidable exposition médiatique qu’il a eue » durant la pandémie de COVID-19. « Il s’est replié sur lui-même. Il est devenu un premier ministre autoritaire qui n’écoute pas », a-t-elle déclaré mercredi. « Le pouvoir lui est monté à la tête. »

Un « spectacle »

La « grande démonstration d’autopromotion » opérée mardi dans la salle de l’Assemblée nationale a mis en lumière, selon Dominique Anglade, la crainte de François Legault d’être réduit au rôle de « premier ministre d’une seule crise » dans l’œil de la population québécoise. Qui sait, le chef caquiste pourrait subir le même sort que l’acteur Jean-Pierre Masson, qui a « eu de la difficulté à trouver d’autres rôles majeurs » après avoir revêtu les habits de Séraphin Poudrier dans Les belles histoires des pays d’en haut, a-t-elle évoqué, promettant de proposer tout au long de l’année « une politique qui rassemble tous les Québécois au lieu de les diviser ».

Le chef parlementaire de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, a pour sa part déploré le « discours de gestionnaire » prononcé par M. Legault mardi. Le premier ministre ne prenait toujours pas, selon lui, la pleine mesure de la « crise du logement », de la « crise des services publics » ainsi que de la « crise climatique » — « la plus déterminante pour notre avenir à tous et toutes » — qui sévissent au Québec. « Pour relever ces défis, pour sortir de ces crises, le Québec a besoin d’un gouvernement visionnaire », a souligné GabrielNadeau-Dubois, tout en promettant à son tour une solution de rechange « solidaire » aux « millions de personnes au Québec qui ne se sentent pas représentées par ce gouvernement, par ce premier ministre ».

Le chef parlementaire du Parti québécois, Joël Arseneau, a aussi déploré l’exercice de « marketing de la CAQ » auquel François Legault s’est adonné mardi : « des formules convenues, des slogans plutôt racoleurs, des promesses déjà entendues aussi, de la rhétorique, quoi ».

Le député des Îles-de-la-Madeleine a notamment pressé le gouvernement de renforcer le projet de loi 96, qui vise à assurer la pérennité du français : la « langue officielle » du Québec, la « langue commune » de la nation québécoise. « Malgré les dires du premier ministre, le projet de loi 96 manque cruellement d’audace et de courage », a-t-il indiqué.

Par ailleurs, Joël Arseneau a appelé mercredi l’Assemblée nationale, dont les nationalistes au sein de la CAQ, à « prendre acte du fait que le Canada a honte du Québec et qu’il tente d’en faire une province comme les autres, une province docile et obéissante ». « Si on est sérieux dans les affirmations pour évoquer notre liberté, notre fierté, il faut parler d’indépendance », a-t-il fait valoir.

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