Les résidents de foyers pour aînés pourront recevoir une troisième dose de vaccin

Le ministre québécois de la Santé, Christian Dubé, accompagné du Dr Horacio Arruda, directeur national de santé publique, et de Daniel Paré, directeur de la campagne de la vaccination contre la COVID-19
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Le ministre québécois de la Santé, Christian Dubé, accompagné du Dr Horacio Arruda, directeur national de santé publique, et de Daniel Paré, directeur de la campagne de la vaccination contre la COVID-19

Les résidents de foyers pour aînés du Québec pourront recevoir une troisième dose de vaccin contre la COVID-19 à compter de la fin octobre, a annoncé mardi le ministre de la Santé, Christian Dubé. L’administration de cette dose de rappel coïncidera avec la vaccination contre la grippe.

La mesure s’applique aux centres d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD) et aux résidences privées pour aînés (RPA), mais aussi aux ressources intermédiaires (RI) ou de type familial (RTF).

« Si on veut être certains qu’on n’échappe pas la situation dans nos milieux de vie, il faut poser un geste », a affirmé le ministre Dubé en conférence de presse. En date du 26 septembre, le Québec comptait 11 éclosions de COVID-19 dans les CHSLD et 23 dans desrésidences privées pour aînés. Le nombre de cas total est passé d’une dizaine à 140 au cours du dernier mois, selon le ministre.

Face à la montée du variant Delta, le Comité sur l’immunisation du Québec (CIQ) a formulé il y a quelques jours un nouvel avis recommandant une dose de rappel des vaccins à ARN messager, comme ceux de Pfizer-BioNTech et de Moderna, pour les aînés et les personnes vulnérables en hébergement ou en résidence qui sont « très susceptibles de faire des complications » de la COVID-19.

Cela inclut également les communautés religieuses.

Si on veut être certains qu’on n’échappe pas la situation dans nos milieux de vie [pour aînés], il faut poser un geste.

 

Il s’agit d’un revirement puisque, en août dernier, le CIQ n’avait pas recommandé l’injection d’une troisième dose de vaccin aux résidents des CHSLD de la province. L’efficacité des deux doses contre les décès liés à la COVID-19 se situait alors entre 93 % et 97 %. Or, des éclosions dans deux résidences privées pour aînés où le taux de vaccination était de 90 % donnent à penser que l’immunité contre la COVID-19 pourrait diminuer avec le temps.

« Depuis deux semaines, il y a eu beaucoup de publications dans la littérature internationale sur le maintien de la protection dans le temps, et une dose de rappel, ça remonte rapidement le maintien », a expliqué le directeur national de santé publique, Horacio Arruda. « C’est pour ça qu’on le fait. »

Plus de 91 % des résidents en CHSLD et près de 94 % des aînés en résidence privée avaient reçu deux doses de vaccin contre la COVID-19 en date du 16 septembre. Le CIQ recommande que la troisième dose soit donnée dans un intervalle de six mois ou plus après la dernière. Cette mesure préventive touche en tout 220 000 personnes : 40 000 dans les CHSLD, 140 000 dans les RPA et 40 000 dans les autres milieux de vie.

Elle ne s’applique pas aux personnes âgées qui vivent à la maison puisqu’il « n’y a pas de situation épidémiologique qui le justifie ». « Mais je le rappelle : on s’ajustera au besoin », a précisé M. Dubé.

À ce jour, seules les personnes immunodéprimées, comme celles qui ont reçu une greffe ou qui suivent un traitement de chimiothérapie ou de radiothérapie, avaient pu recevoir une troisième dose. Au 27 septembre, 53 474 personnes avaient reçu cette dose de rappel.

« C’est une bonne décision de donner une troisième dose », a réagi le gériatre à l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal David Lussier en entrevue. « Il recommençait à y avoir des décès [causés par la COVID-19] dans les RPA aussi. » Il a rappelé que d’autres mesures aideront à limiter la propagation du virus, comme l’imposition du passeport vaccinal pour les visiteurs des CHSLD à compter du 15 octobre et le retour du port du masque obligatoire dans les aires communes des RPA.

Stratégie vaccinale

« Je comprends tout à fait les motifs de cette décision », a affirmé en entrevue la Dre Sophie Zhang, cocheffe adjointe de l’hébergement au CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal. « Ce qui m’inquiète, c’est la stratégie vaccinale. »

Comme la pandémie touche tous les continents, le virus peut continuer de muter dans les pays où la population est peu ou pas vaccinée et ainsi causer l’apparition de nouveaux variants. « On ne peut pas juste protéger notre population sans regarder ce qui se passe ailleurs, a-t-elle expliqué. Tous les variants qui sont sortis, ça venait du Royaume-Uni, du Brésil, de l’Inde, de l’Afrique du Sud. Si on ne vaccine pas tout le monde à l’échelle mondiale, il va continuer à y avoir des variants qui vont entrer chez nous et causer des troisième, quatrième, cinquième, sixième et septième vagues. »

Je comprends tout à fait les motifs de cette décision. [...] Ce qui m’inquiète, c’est la stratégie vaccinale.

 

Le Dr Arruda a indiqué que seul un nombre limité de doses serviront pour la troisième vaccination. « Il faut comprendre que la quantité de doses qu’on utilise actuellement ne vise que les plus vulnérables de notre société, a-t-il affirmé. On n’est pas en train de faire une dose de rappel pour l’ensemble de la population, alors que ce n’est pas nécessaire. »

Il revient également à la communauté internationale de fournir des doses de vaccin aux pays qui n’en ont pas puisqu’il serait difficile, selon lui, de reprendre les doses déjà acheminées ici.

Avec Marie-Ève Cousineau

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