Les victimes de violence sexuelle et conjugale auront droit à une consultation juridique gratuite

«Toutes les personnes victimes y auront droit, sans exception», a assuré le ministre de la Justice, Simon Jolin-Barrette.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne «Toutes les personnes victimes y auront droit, sans exception», a assuré le ministre de la Justice, Simon Jolin-Barrette.

Toutes les victimes de violence sexuelle ou conjugale pourront désormais avoir recours à un service de consultations juridiques gratuites de quatre heures. Cette nouvelle mesure annoncée lundi par le ministre de la Justice, Simon Jolin-Barrette, vise à faciliter l’accès à la justice et à offrir un meilleur accompagnement aux victimes.

Douze avocats de l’aide juridique formés en la matière sont disponibles dès maintenant pour répondre aux questions des victimes. Le nouveau service, baptisé Rebâtir, peut être joint par téléphone au 1-833-REBATIR (1-833-732-2847) ou par courriel à projet@rebatir.ca.

Cette nouvelle mesure est issue des recommandations du rapport Rebâtir la confiance déposé en décembre dernier par le comité d’experts sur l’accompagnement des victimes d’agressions sexuelles et de violence conjugale.

Des questions touchant tous les domaines du droit peuvent être posées, allant de « Je souhaite quitter mon agresseur, suis-je responsable du paiement du loyer ? » à « Mon ex me harcèle sur les réseaux sociaux, quels sont mes droits ? », en passant par « Vais-je perdre ma résidence permanente si je demande le divorce de la personne qui me parraine ? ».

Ce nouveau service, chapeauté par la Commission des services juridiques, représente un investissement annuel de trois millions de dollars.

La directrice de la commission, Me Marie-Claude Richer, s’est dite personnellement interpellée par cette initiative. Son amie Lisette Corbeil a été victime du 12e féminicide de l’année survenu en juin dernier, a-t-elle dit en point de presse. « Vous comprendrez ma motivation à diriger ce service et à faire en sorte que ce projet soit un vif succès. […] Je suis certaine que ce que l’on met en place va contribuer à sauver des vies. »

Partenariat avec Juripop

En plus des consultations juridiques gratuites, le ministre Jolin-Barrette a annoncé lundi un nouveau partenariat à deux volets avec Juripop. En vertu de cette entente, l’organisme offrira aux avocats des formations en matière de violences sexuelles et conjugales, puis ajoutera leurs noms à une banque d’avocats spécialisés dans ces sujets. Cette banque pourra être consultée par tous les Québécois et permettra de mettre en lien des victimes avec des avocats sensibles à leur réalité. Il s’agit là aussi d’une recommandation formulée dans le rapport Rebâtir la confiance.

Parallèlement, Juripop a reçu le mandat de documenter les obstacles qui s’immiscent dans le parcours judiciaire des victimes. Afin de proposer des recommandations au gouvernement et de tester les bonnes pratiques, l’organisme représentera 125 victimes gratuitement, et ce, annuellement. « Grâce à ce mandat, Juripop espère compléter les réflexions entreprises au Québec depuis le mouvement #MoiAussi pour faire du système de justice dans son ensemble un endroit plus accessible pour les personnes victimes et les survivantes », a mentionné la directrice générale de Juripop Me Sophie Gagnon.

Des collègues avertis

De son côté, la Maison Simonne-Monet-Chartrand a aussi procédé à une annonce lundi. La maison d’hébergement a lancé un nouveau service destiné à tendre la main, en milieu de travail, aux victimes de violence conjugale.

Pour plusieurs victimes, les interactions au travail sont l’une des seules formes de socialisation qui leur reste, a rappelé la directrice générale de l’organisme, Hélène Langevin. « Or, parfois, [les collègues] n’interviennent pas parce qu’on a peur et surtout parce qu’on ne sait pas quoi faire. »

La Maison Simonne-Monet-Chartrand a donc développé des sessions de sensibilisation pour aider les employés à détecter les signes de détresse chez leurs collègues, puis à intervenir. « On ne leur demande pas de se substituer à un intervenant psychosocial. On leur donne des outils [pour ensuite diriger les victimes vers les ressources existantes] », poursuit la directrice.

Des dons visant à financer la construction d’une maison de deuxième étape (hébergement de longue durée pour les victimes de violence conjugale) seront sollicités en échange des séances de sensibilisation. Déjà, 190 000 $ ont été récoltés pour ce projet par l’entremise de la campagne « L’amour crisse », lancée dans la foulée du cri du cœur de Louise Latraverse. Pour souligner l’« extraordinaire générosité » de l’actrice, la maison prendra d’ailleurs le nom Louise-Latraverse, a indiqué Mme Langevin.

Si vous êtes victime de violence conjugale, vous pouvez appeler la ligne d’urgence de SOS violence conjugale au 1 800 363-9010.

Si vous êtes victime de violence sexuelle, vous pouvez contacter un Centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) près
de chez vous. Cliquez ici pour en voir la liste.



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