Québec alloue 100 millions à la lutte contre l’exploitation sexuelle

Geneviève Guilbault a fait valoir qu’avec la montée de la prédation sexuelle, de l’exploitation sexuelle, du leurre d’enfants et de la distribution d’images intimes, «pour nous c’était une évidence qu’il fallait agir là-dessus».
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Geneviève Guilbault a fait valoir qu’avec la montée de la prédation sexuelle, de l’exploitation sexuelle, du leurre d’enfants et de la distribution d’images intimes, «pour nous c’était une évidence qu’il fallait agir là-dessus».

Québec annonce des investissements massifs pour contrer la criminalité sexuelle sous plusieurs angles. « On se donne les moyens de nos ambitions », a déclaré la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, annonçant une enveloppe de 100 millions de dollars sur cinq ans pour donner du muscle aux effectifs policiers spécialisés dans la lutte contre les crimes sexuels.

La ministre Guilbault était entourée des directeurs des grands services policiers de la province mardi, au quartier général de la Sûreté du Québec à Montréal, pour annoncer le renforcement des effectifs consacrés à la lutte contre cette forme de criminalité.

Près de 80 millions iront à l’ajout d’une quarantaine de policiers et d’experts qui se grefferont à l’Équipe intégrée de lutte contre le proxénétisme (EILP). Et Mme Guilbault a été claire sur l’éventail de ce qu’est un criminel en telle matière.

« On s’est beaucoup concentrés sur les proxénètes et c’est normal […] mais il y a un élément, un maillon extrêmement important dans cette chaîne d’exploitation sexuelle, et ce sont les clients abuseurs. Les réseaux de proxénétisme se développent, ils font de l’argent, parce qu’il y a des clients, parce qu’il y a une demande. Donc, il faut pouvoir s’attaquer aux clients abuseurs aussi », a expliqué la ministre. Elle a précisé qu’une équipe au sein de l’EILP ciblera spécifiquement les clients.

L’effort sera provincial, a-t-elle ajouté. « Il va y avoir l’expansion de l’équipe déjà basée à Montréal et il y aura aussi la création de deux équipes relais, une à Québec et une Gatineau. »

Par ailleurs, une somme de 12,6 millions de dollars sera consacrée à la mise sur pied d’une nouvelle unité, l’Équipe intégrée de lutte contre la pornographie juvénile (EILP-J). Cette équipe de 17 personnes se consacrera principalement à la lutte contre la production et la distribution de pornographie juvénile en ligne.

Geneviève Guilbault a fait valoir qu’avec la montée de la prédation sexuelle, de l’exploitation sexuelle, du leurre d’enfants et de la distribution d’images intimes, « pour nous c’était une évidence qu’il fallait agir là-dessus ».

« C’est la première fois au Québec qu’on va avoir une équipe intégrée d’enquête virtuelle exclusivement dédiée aux enquêtes virtuelles avec des spécialistes de la cybersurveillance qui vont entièrement se consacrer à détecter la distribution et la production de pornographie juvénile en ligne », a déclaré fièrement Mme Guilbault.

Du renfort au DPCP

Enfin, un peu plus de 8 millions iront au Directeur des poursuites criminelles et pénales pour l’embauche de neuf procureurs spécialisés dans le domaine de la criminalité sexuelle et un technicien juridique.

Présent à la conférence de presse, le ministre de la Justice, Simon Jolin-Barrette, a reconnu que des efforts devaient être faits pour améliorer le taux de réussite à l’autre bout de la chaîne, soit devant les tribunaux.

« La moyenne au cours des six dernières années, c’est une moyenne de condamnations de 66 %. C’est sûr qu’avec les ressources additionnelles qu’on ajoute […] notre objectif est d’augmenter les taux de condamnation », a-t-il dit.

Le directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), Me Patrick Michel, a pour sa part dit croire que les nouvelles ressources y contribueront.

« En augmentant les ressources d’enquête, ça va se traduire chez nous par davantage de dossiers qui seront soumis, donc potentiellement davantage d’accusations portées et, donc, potentiellement plus de condamnations.

« L’effet d’entraînement positif qu’on prévoit, c’est d’inciter, d’encourager davantage de dénonciations par les victimes. Et une fois qu’elles entrent dans le système, ces ressources nous permettront aussi de nous consacrer davantage à leur accompagnement », a-t-il conclu.

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