La réforme Jolin-Barrette sera dévoilée jeudi

Le ministre Simon Jolin-Barrette s’est entretenu sur la question avec le premier ministre, François Legault, mardi.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le ministre Simon Jolin-Barrette s’est entretenu sur la question avec le premier ministre, François Legault, mardi.

Le ministre Simon Jolin-Barrette dévoilera son projet de loi « costaud » visant à renforcer la langue française au Québec, jeudi.

Le premier ministre François Legault, qui a tenu une « rencontre préparatoire avec [M. Jolin-Barrette mardi après-midi] en vue d’une annonce importante », a convenu de ne pas faire durer le suspense plus longtemps. Selon lui, « il est temps » de « mettre à jour » des « pans complets de la loi 101 […] qui malheureusement ont été charcutés par les tribunaux » depuis son adoption, en 1977.

À un an et demi du prochain scrutin, le président du Mouvement Québec français (MQF), Maxime Laporte, met au défi les partis politiques de « ne pas faire de la petite politique sur le dos de la langue ». Il les invite, à « rester ouverts aux arguments rationnels qui, en principe, devraient les convaincre d’aller plus loin, beaucoup plus loin, dans la mesure où l’objectif de cet exercice [de révision de la Charte de la langue française] consiste à garantir réellement l’avenir du français au Québec, et certainement pas de se servir de ce projet de loi pour brandir la langue comme un simple hochet électoraliste », a-t-il déclaré dans un entretien avec Le Devoir mardi.

Les nombreux coups de semonce tirés au fil de la dernière année par le ministre responsable de la Langue française, Simon Jolin-Barrette, auront permis aux partis d’opposition de mettre à jour leur « position [respective] sur la langue française ».

Le Parti libéral du Québec a fait 27 propositions visant à renforcer la présence de la langue française au Québec. Québec solidaire a formulé 21 mesures pour assurer la vitalité de la langue française, dont l’« indépendance du Québec ». Le Parti québécois s’est mis à la rédaction d’un projet de loi en bonne et due forme. Il ne parviendra toutefois pas à le déposer à l’Assemble nationale avant celui de Simon Jolin-Barrette.

Le fort attrait de l’anglais exercé sur les jeunes se trouvera parmi les questions qui susciteront le plus débat à l’intérieur et à l’extérieur du Parlement.

Tous les partis politiques à l’Assemblée nationale s’entendent pour restreindre (Coalition avenir Québec et PLQ) — ou bloquer (PQ) — l’accès des francophones et des allophones aux cégeps anglophones à l’exception de Québec solidaire.

Le parti politique de gauche propose plutôt d’accroître le financement et, par ricochet, l’« attractivité » des établissements d’enseignement postsecondaire francophones.

« On aimerait qu’il y en ait moins [d’étudiants dans le réseau anglophone] en rendant attrayant le réseau des francophones », a résumé la députée de Mercier, Ruba Ghazal, mardi tout en brandissant le Livre orange pour la protection de la langue française de QS. 21 propositions « positives » pour renforcer le français s’y trouvent.

QS suggère de revoir de fond en comble la formule de financement des cégeps et des universités de façon à ce que les établissements d’enseignement anglophones reçoivent 8 à 9 % des sommes totales allouées par l’État — soit la proportion de Québécois ayant comme langue maternelle l’anglais — et les établissements francophones, le reste (91 à 92 %).

Selon l’élue solidaire, le resserrement de l’accès aux cégeps anglophones privilégié par la CAQ, le PLQ et QS créera deux classes de diplômes d’études collégiales : « la première classe pour les anglophones, la deuxième classe pour les francophones ». « Il ne faut pas arriver à cela. C’est un piège », avertit-elle.

La porte-parole de QS Manon Massé craint que le débat suscité par le projet de loi de Simon Jolin-Barrette se fasse lui aussi « sur le mode de la polarisation » puisqu’il concerne l’« identité » québécoise. « Il y a des défis pour revaloriser la langue française, notamment à Montréal. Mais nous, on est convaincus que c’est possible, tant et aussi longtemps qu’on fait le choix de rester positifs et de tendre la main plutôt que de pointer du doigt », a-t-elle déclaré, sans le savoir, à 48 heures du dévoilement de la réforme linguistique de la CAQ.

Maxime Laporte se réjouit de voir « tous les partis politiques qui sont représentés à l’Assemblée nationale affiche[r] une volonté sincère de faire avancer le statut du français au Québec ». « Force est de constater que tous les partis ont cheminé par rapport à leur position respective. Mais force est aussi de constater que ce cheminement n’a pas encore tout à fait abouti. Il reste du travail à faire », soutient le président du MQF, tout en pointant le débat naissant sur l’accès au cégep anglophone. « L’exercice parlementaire qui s’annonce sera l’occasion de convaincre les uns et les autres de la nécessité d’étendre le champ d’application de la loi 101 au réseau collégial », est-il persuadé.

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