Le Québec doit faire entendre sa voix sur la scène internationale, dit Jean Charest

Jean Charest prône aujourd’hui la conclusion d’«une entente fédérale-provinciale sur la participation des provinces dans des négociations d’accords internationaux» de nature commerciale ou environnementale par exemple.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Jean Charest prône aujourd’hui la conclusion d’«une entente fédérale-provinciale sur la participation des provinces dans des négociations d’accords internationaux» de nature commerciale ou environnementale par exemple.

L’ex-premier ministre Jean Charest insiste sur l’importance pour le Québec de mener une « politique internationale décomplexée », 15 ans après avoir paraphé l’Accord Québec-Canada relatif à l’UNESCO.

« Il faudra toujours être sur l’offensive sur nos intérêts. Il faut mener une politique internationale décomplexée. Il ne faut pas se retenir soi-même d’être présent où on veut ou d’échanger avec qui on veut. Il faut être présent », souligne-t-il dans un entretien avec Le Devoir.

L’entente du 5 mai 2006 reconnaît qu’« au Canada, la spécificité du Québec, fondée entre autres sur l’usage de la langue française et une culture unique, l’amène à jouer un rôle particulier au niveau international », à commencer à l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO).

« L’accord d’aujourd’hui établit un mécanisme nouveau et sans précédent pour assurer au Québec la place et la voix qui lui reviennent à l’UNESCO », a affirmé le premier ministre fédéral Stephen Harper lors de son passage à l’Assemblée nationale le 5 mai 2006, après avoir donné son aval à la désignation d’un représentant du gouvernement québécois à la Délégation permanente du Canada à l’UNESCO. En retrait, le chef du Parti québécois, André Boisclair, prédisait que l’envoyé du Québec serait condamné à faire « de la simple figuration » au sein de l’organisation onusienne.

« Dans un monde idéal, on aurait voulu avoir une représentation particulière », mentionne M. Charest 15 ans plus tard, tout en pointant l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), où le Québec est membre à part entière. « Même à l’intérieur de l’OIF, le Québec est, en principe, sur ses compétences. Moi, j’ai tiré l’élastique beaucoup plus loin que ça », mentionne-t-il au passage. Cela dit, l’ancien chef de gouvernement affirme « s’accommode[r] assez bien » de la place faite au Québec à l’UNESCO.

« Exception culturelle »

Le premier représentant du gouvernement du Québec au sein de la Délégation permanente du Canada auprès de l’UNESCO, Michel Audet (2007-2011) s’est affairé à assurer la mise en œuvre de la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles, qui avait été adoptée en 2005 contre l’avis des États-Unis et d’Israël, tout en « s’appropr[iant] les codes et les processus en vigueur à l’UNESCO et respect[ant] le cadre de la politique étrangère canadienne en matière de diplomatie multilatérale onusienne ».

La relation Québec-Canada a été au beau fixe à l’UNESCO, et ce, jusqu’à l’arrivée de l’ambassadrice du Canada Élaine Ayotte, explique l’ex-ministre des Relations internationales, Christine St-Pierre. « C’est comme si Élaine Ayotte s’était sentie investie de la mission de remettre le Québec à sa place et de nous faire asseoir sur un strapontin », relate l’élue québécoise, qui a été l’une des figures de proue de la Conférence Québec-UNESCO « Internet et la radicalisation des jeunes : prévenir, agir et vivre ensemble » à l’automne 2016.

L’actuel représentant du Québec au sein de la délégation canadienne auprès de l’UNESCO, Michel Bonsaint (2019-), entretient, souligne-t-il, une relation « franche » et « cordiale » avec la nouvelle ambassadrice, Natasha Power Cayer. « La voix du Québec est entendue dans des domaines d’intérêt pour le Québec : l’éducation et la culture d’abord, mais également l’éthique de l’intelligence artificielle et la promotion de la science ouverte », assure-t-il au Devoir.

Après l’UNESCO ?

Grâce à l’Accord Québec-Canada relatif à l’UNESCO, Christine St-Pierre a « labouré le terrain » en vue de l’entrée en scène d’un représentant du Québec au sein de délégations canadiennes dans des commissions des Nations unies.

De son côté, Jean Charest prône aujourd’hui la conclusion d’« une entente fédérale-provinciale sur la participation des provinces dans des négociations d’accords internationaux » de nature commerciale ou environnementale par exemple. L’avocat prend pour modèle la formule de l’Accord économique et commercial global (AECG) entre le Canada et l’Union européenne (UE), dont il a été l’instigateur. « Les provinces étaient toutes représentées », rappelle-t-il à l’autre bout du fil. Pour lui, une telle entente fédérale-provinciale compte parmi les « œuvres inachevées » de sa gouverne.

M. Charest rappelle que « le Québec a des compétences très très importantes, presque autant qu’un pays souverain ». Qui plus est, il n’a pas à demander la permission avant de donner son opinion. « Je ne me sentais pas, moi, lié par des restrictions fédérales. Si c’est un sujet qui intéressait le Québec et on avait des choses à offrir et à dire, moi je fonçais », lance M. Charest, tout en rappelant s’être « crêpé le chignon » avec Stephen Harper lors de la conférence de Copenhague de 2009 sur les changements climatiques.

« Ce qui était étonnant, honnêtement, pour moi, c’est de voir à quel point les premiers ministres qui m’avaient précédé s’autocensuraient. Ils ne poussaient pas aussi loin », confie l’ex-premier ministre.

Qu’en est-il de ceux lui ayant succédé à la tête de l’État fédéré québécois ?

Fédéralisme asymétrique

Jean Charest dit avoir tenu à l’inscription du principe de « fédéralisme asymétrique » dans l’Accord Québec-Canada relatif à l’UNESCO afin de renforcer son « assise politique » dans la relation Québec-Canada. « Les hauts fonctionnaires du MRI [ministère des Relations internationales] m’avaient dit : “On ne réussira pas à l’obtenir. Ils ne nous l’accorderont pas.” Et je leur avais dit : “S’ils ne nous l’accordent pas, il n’y aura pas d’entente. Moi, je veux le voir le mot dans le document.” » Il l’a vu le 5 mai 2006. Le Québec et le Canada sont « désireux d’instituer des dispositions pour établir le rôle du Québec, dans le cadre des travaux de l’UNESCO, dans l’esprit d’un fédéralisme d’ouverture qui est asymétrique dans son application et qui reconnaît les différences entre les provinces et territoires et, notamment, la personnalité́ unique du Québec », peut-on lire au bas du document de trois pages.


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