Le maire Labeaume n’a pas dit son dernier mot

Les nombreux éloges que Régis Labeaume a reçus cette semaine «le dépassent». «C’est comme si j’étais mort, dit-il en riant. J’en reviens pas.»
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Les nombreux éloges que Régis Labeaume a reçus cette semaine «le dépassent». «C’est comme si j’étais mort, dit-il en riant. J’en reviens pas.»

Après avoir contrôlé l’ordre du jour de la vie politique municipale des 14 dernières années, le maire Régis Labeaume n’est pas prêt à en céder l’écriture à n’importe qui, et compte proposer à la population son choix pour le remplacer.

« Ça fait bizarre d’imaginer Québec sans le maire Labeaume », disait cette semaine le premier ministre François Legault. Et comment ! Au cours de notre trajet vers l’hôtel de ville, la réaction de notre chauffeur de taxi en disait long sur cette quasi-omnipotence.

— Bonjour ! Je m’en vais à l’hôtel de ville.

— L’hôtel de ville ? Vous voulez dire le bureau du maire Labeaume ?

— Oui c’est ça.

— Ah ! OK.

Dans le couloir qui mène à son bureau, on peut apercevoir les portraits de ses prédécesseurs : Gilles Lamontagne, Jean Pelletier, Jean-Paul L’Allier, Andrée Boucher. À part Mme Boucher, partie plus tôt que prévu, les maires de Québec ont tendance à rester longtemps en poste : 12 ans pour Lamontagne et Pelletier, 16 pour L’Allier.

Lorsqu’on lui demande s’il a eu une pensée particulière pour l’un d’eux cette semaine, M. Labeaume répond qu’il a beaucoup pensé à Jean-Paul L’Allier, décédé à 77 ans. Sa veuve, Johanne Mongeau, l’a d’ailleurs appelé cette semaine pour lui dire qu’il avait « bien fait » de ne pas rester un mandat de plus, raconte-t-il. Un mandat de trop. « Jean-Paul, c’était un peu comme moi, c’était une patate chaude. Il ne faisait pas assez attention à lui. »

Les nombreux éloges qu’il a reçus cette semaine « le dépassent ». « C’est comme si j’étais mort, dit-il en riant. J’en reviens pas. » Régis Labeaume semble vraiment en paix avec sa décision. « Je ne peux pas être plus prêt », dit-il. Le discours qu’il a lu cette semaine avait été pensé jusque dans les moindres détails depuis au moins deux semaines.

Prêt à partir ? Certes. Mais pas à tout laisser au hasard ? Non. « “Après moi, le déluge”, je crois pas à ça. » Il dit qu’il n’aime pas le mot « dauphin » ou « dauphine » parce qu’il trouve ça « réducteur ». Il n’en reste pas moins qu’il dit avoir trouvé la bonne personne pour « la job ».

La personne pour « la job »

« Je vais appuyer une personne. […] Il y a une personne que je connais qui a toutes les compétences pour faire cette job-là. […] C’est réglé avec cette personne-là. »

Le choix du terme de « personne » n’est pas anodin puisque les noms de deux proches de Régis Labeaume — un homme et une femme — circulent actuellement.

L’ancien ministre Sam Hamad, qui avait déjà manifesté son intérêt pour le poste, n’a pas rejeté cette possibilité cette semaine. Ancien ministre responsable de la capitale nationale, ce libéral bien connu avait semblé se désintéresser de la mairie quand le dossier du tramway à commencer à s’embourber. Or, le dossier a débloqué au gouvernement du Québec et M. Labeaume a souvent vanté les mérites de l’ancien député de Louis-Hébert.

Le maire sortant pourrait aussi avoir en tête Marie-Josée Savard, vice-présidente du comité exécutif et responsable de l’aménagement du territoire. Peu connue du grand public, cette jeune femme d’affaires a toute la confiance du maire sortant. Contrairement à M. Hamad, elle n’a toutefois jamais manifesté d’intérêt pour la mairie.

Tout laisse croire par ailleurs que M. Labeaume n’entend pas soutenir le nouveau venu Bruno Marchand. Vendredi, il a réitéré qu’il ne le connaissait pas assez pour avoir une opinion sur lui. « Oui, on s’est vus trois, quatre fois, mais j’ai jamais jasé avec ce gars-là », dit-il.

Pourquoi se mêler ainsi de la campagne ? « Comme on est en pandémie, je me sens une petite responsabilité de dire au monde : moi je pense que c’est ça. Maintenant, faites votre choix. »

Prédire l’avenir dans le carton

Quand on lui demande à quoi ressembleront les villes de l’après-pandémie, le maire parle du carton qui s’empile au centre de tri. La croissance des achats en ligne se mesure dans la quantité de carton d’emballage que la Ville doit recycler. Cela représente une hausse de 34 % entre 2019 et 2020.

« Le plus gros problème qui s’en vient dans le commercial, c’est que les commerces vont fermer », dit-il, citant le changement majeur dans les habitudes de consommation. Pour faire face à l’adversité, la Ville va favoriser la construction d’appartements au-dessus des centres commerciaux ou dans les stationnements qui les entourent, explique-t-il.

La veille du décret sur l’urgence sanitaire qui a marqué le début de la pandémie, la Ville faisait d’ailleurs une présentation à ce sujet. Ce projet-là, le maire sortant pense pouvoir le faire avancer d’ici la fin de son mandat. « Les commerces vont rester là, mais on va créer des clients pour les centres d’achats. »

Et les commerces sur rue, eux ? Pourrait-on par exemple retirer les parcomètres à ceux qui le demandent pour leur donner un coup de main ? Pas nécessaire, dit-il. « Les rues commerciales, ça va marcher. C’est un mode de vie. » Quant aux parcomètres, ils sont nécessaires, selon lui. « Si tu n’as pas de parcomètres, les clients n’ont pas de places où se stationner parce que [ce sont] les employés et les habitants qui les prennent. »

À voir l’enthousiasme qu’il a à traiter de ces sujets, difficile de ne pas penser qu’il va trouver le temps long dans le monde d’après. Pourquoi avoir été aussi catégorique en excluant un retour en politique ? « Pour qu’on me laisse tranquille, répond-il. Je veux pas de rumeurs. […] Je veux pas qu’on en parle, je veux avoir la paix. Ça se peut que je m’emmerde, mais je ferai pas de politique. »

Quand il parle de ses années au pouvoir, M. Labeaume parle parfois de « son personnage », peut-être parce que c’est plus facile ainsi de se (le) critiquer. Sans qu’on l’ait suggéré, il mentionne au passage qu’il a été « populiste » lors de son affrontement avec les syndicats en 2013-2014 pour revoir le financement des régimes de retraite. « La guerre avec les syndicats, ça a été long. […] Je savais à quoi je m’attaquais, puis j’ai pris tous les moyens, y compris le populisme, pour le faire. »

Le regrette-t-il ? « J’ai pris tous les moyens que j’avais à ma portée pour réussir ce dossier-là. […] J’avais pas le choix. Si j’avais pas été chercher l’appui des gens, les gouvernements m’auraient pas suivi. »

« Mes trois années de sociologie m’ont appris à cerner les rapports de force », nous confiait-il en 2009 dans une entrevue pour L’Actualité. Alors ? Qu’est-ce que l’ex-étudiant en sociologie a appris de ses 14 années au pouvoir ? « J’ai juste perfectionné l’art et la connaissance des rapports de force », lance-t-il avant d’éclater de rire. « J’ai juste encore mieux compris ce que c’était ! »

Cinq dates importantes

2 mai 1956 Naissance à Roberval

2 décembre 2007 Élection à la mairie de Québec

10 février 2011 Octroi de 200 millions de dollars à la Ville par le gouvernement de Jean Charest pour construire un amphithéâtre

4 décembre 2014 Adoption du projet de loi 3 sur les régimes de retraite

29 avril 2021 Adoption par le Conseil des ministres des décrets pour le financement du tramway



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1 commentaire
  • Mathieu Lacoste - Inscrit 8 mai 2021 09 h 38

    Clotaire Rapaille


    En complément aux «dates importantes»

    Mars 2010, le maire Labeaume vilipende le journaliste qui a révélé que moyennant un salaire de 250 000 $ et un compte de dépenses de 20 000 $ que verse la ville de Québec, Labeaume a retenu de son propre chef les services du fumiste cité en titre