Une nétiquette pour les députés contre les commentaires haineux?

Le député libéral Marc Tanguay propose une nétiquette — un code de conduite sur la modération des pages des réseaux sociaux — qui pourrait être débattue, puis adoptée par les 125 députés de l’Assemblée nationale.
Photo: Annik MH de Carufel archives Le Devoir Le député libéral Marc Tanguay propose une nétiquette — un code de conduite sur la modération des pages des réseaux sociaux — qui pourrait être débattue, puis adoptée par les 125 députés de l’Assemblée nationale.

Face à la vague de menaces et d’insultes qu’ils reçoivent, des élus s’interrogent sur la meilleure façon de clouer le bec aux « pissous virtuels », comme les appelle le premier ministre François Legault. Comment arriver à gérer les centaines, voire les milliers, de messages haineux que ces internautes propagent en ligne ?

Le député libéral Marc Tanguay propose une nétiquette — un code de conduite sur la modération des pages des réseaux sociaux — qui pourrait être débattue, puis adoptée par les 125 députés de l’Assemblée nationale.

« On a une responsabilité comme élus de gérer nos réseaux sociaux », a-t-il affirmé en entrevue. Les élus auraient ainsi l’obligation de respecter ce code de conduite « commun et formel pour une gestion proactive des réseaux sociaux », c’est-à-dire enlever tout commentaire inacceptable, qu’il soit haineux, misogyne, raciste, homophobe ou grossier dans un délai raisonnable. « Des commentaires qu’on ne tolérerait pas dans un débat public », a-t-il précisé.

Je pense qu’on est rendus là en 2021, on doit se doter d’un code d’éthique par rapport à tout ce qui peut constituer du harcèlement dans notre environnement de travail, et le harcèlement en ligne en fait partie

Le Devoir révélait mardi l’ampleur du phénomène à l’Assemblée nationale. Celui-ci s’est accentué depuis le début de la pandémie, au point où des élus ont cessé de relayer les informations sur les mesures sanitaires contre la COVID-19 de crainte de recevoir une volée de bois vert. Les députés fédéraux vivent également ce problème et appréhendent la prochaine campagne électorale.

Le premier ministre François Legault avait déploré le climat agressif sur les réseaux sociaux il y a environ un mois. « Il faut faire quelque chose et on va commencer par cette page », avait-il écrit dans un long message sur Facebook le 27 mars, qualifiant au passage de « lâches » ceux qui se permettent d’envoyer des messages haineux.

« À compter d’aujourd’hui, on va essayer d’endiguer tous les messages qu’on juge agressifs, violents, menaçants, obscènes et aussi les menteries du genre théories du complot. Et les menaces vont être transférées à la police », avait-il ajouté en invitant les gens à exprimer leur appui ou leurs critiques respectueusement.

Sa publication a été partagée plus de 22 000 fois et a généré plus de 62 000 commentaires. Il compte embaucher de nouveaux employés pour assurer la modération de ses comptes de réseaux sociaux.

Or, tous les parlementaires ne disposent pas des mêmes ressources financières pour gérer un large volume de messages haineux. Catherine Dorion, qui en a reçu par centaines, avoue qu’elle ne pourrait pas enlever tous les commentaires qui dépassent les bornes de façon systématique. Il y en a tout simplement trop !

« On le fait vraiment du mieux qu’on peut, mais s’il y avait une espèce de règle qui disait “il ne doit exister aucun propos haineux sous vos publications”, pour nous, ça serait vraiment difficile de façon pratique », a expliqué la députée de Québec solidaire. La priorité pour ses employés demeure d’aider les citoyens qui font appel à son bureau de circonscription. Et comme deuxième groupe d’opposition, son parti a des ressources plus limitées que les partis qui comptent davantage de députés.

Le comité Zéro harcèlement de l’Assemblée nationale réfléchit à la meilleure façon d’ajouter des balises dans sa politique déjà existante pour gérer le phénomène des commentaires haineux. «Je pense qu’on est rendus là en 2021, on doit se doter d’un code d’éthique par rapport à tout ce qui peut constituer du harcèlement dans notre environnement de travail, et le harcèlement en ligne en fait partie », a reconnu la députée libérale Maryse Gaudreault, qui préside le comité. « On n’est pas obligés de subir cela », a-t-elle ajouté.

Comment alors distinguer les messages trop hargneux des critiques qui font partie du débat politique ? « Le défi est grand parce que jusqu’où est-ce qu’on censure ? » a demandé la députée péquiste Méganne Perry Mélançon, qui fait également partie du comité Zéro harcèlement. « C’est là qu’il ne faut pas non plus brimer la liberté d’expression », a-t-elle ajouté. Elle cite en exemple des messages de membres du groupe Ma place au travail qui avaient été effacés de la page du premier ministre Legault. Ces mères réclamaient des places en garderie.

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