Assises de l’UMQ: des débats virtuels, mais des enjeux réels

André Lavoie
Collaboration spéciale
Dans la dernière année, les municipalités ont dû faire preuve de leadership dans la lutte contre la pandémie, trouvant des solutions rapides en matière d’aménagement du territoire notamment.
Photo: Raul Arboleda Agence France-Presse Dans la dernière année, les municipalités ont dû faire preuve de leadership dans la lutte contre la pandémie, trouvant des solutions rapides en matière d’aménagement du territoire notamment.

Ce texte fait partie du cahier spécial Municipalités

Le destin, parfois déguisé en virus de la COVID-19, peut dicter les règles du jeu : l’Union des municipalités du Québec (UMQ) aurait dû tenir cette année la 100e édition de ses assises. Or, en avril 2020, les organisateurs n’ont eu d’autre choix que de tirer un trait sur la 99e, dont le thème principal ne manquait pas d’ironie dans un contexte de crise sanitaire : « Mon environnement de demain, c’est maintenant ».

« Il s’est passé tellement de choses depuis un an que le changement de thème s’imposait », affirme Vicki-May Hamm, mairesse de Magog et présidente de la Commission des assises annuelles. Du 12 au 14 mai, les assises seront virtuelles et leur thème sera éloquent : « Le monde municipal : sur tous les fronts ! ».

Cela évoque bien sûr le caractère exceptionnel de la pandémie, qui force les élus à parer au plus pressé et à développer de nouvelles compétences… technologiques notamment. « Concevoir un événement virtuel l’an dernier était impossible, souligne la mairesse Hamm. La programmation de cette année va vraiment intéresser les participants, et elle sera présentée avec une technologie de grande qualité. Car nous savons que les gens sont tannés d’être devant leur écran. »

Les élus municipaux sont sans doute las des réunions virtuelles, mais certainement pas de débattre de problèmes bien réels qui les préoccupent depuis plus d’un an, jonglant entre confinements, couvre-feux, fermetures d’entreprises ou citoyens au bord de la crise de nerfs. Ce qui relègue dans l’ombre certains dossiers chers à l’UMQ et à ses membres, dont l’autonomie des municipalités. Le projet de loi no 122 sur la reconnaissance des gouvernements de proximité adopté en 2017 commençait à porter ses fruits, « mais la pandémie nous a plongés dans l’urgence », reconnaît Vicki-May Hamm.

La vie en dehors du virus

Les changements climatiques vont donc s’inviter, voire s’imposer, aux assises de 2021, mais la programmation fera aussi place à d’autres questions brûlantes, surtout à l’aube des élections municipales de novembre prochain. Parmi elles, la parité hommes-femmes chez les élus, un sujet cher à Mme Hamm et qui ne peut pas uniquement être transformé par des lois. « Au municipal, comme il n’y a presque pas de partis politiques, sauf dans les grandes villes, c’est difficile de légiférer pour imposer la parité. Par contre, n’oublions pas que, lorsque des femmes se présentent, elles sont élues dans les mêmes proportions que les hommes. Le problème, c’est de les convaincre [de faire le saut en politique]. »

Si certaines questions sont brûlantes, d’autres s’avèrent délicates, comme la protection du patrimoine. À ce sujet, la mairesse de Magog ne cherche pas à se défiler. « Historiquement, nous n’avons pas été très bons pour le protéger », dit-elle sans hésitation. Mais pas question de pratiquer l’autoflagellation. « Ce n’est pas parce qu’il est vieux qu’un bâtiment possède une valeur patrimoniale, d’autres critères sont à considérer. Ces débats deviennent vite émotifs. Est-ce que tout doit être mis sur le dos des municipalités ? Prenez les lieux de culte. Dès que l’un d’entre eux ferme, on veut nous remettre les clés. C’est un dossier important, mais c’est aussi une responsabilité collective. »

Dégradation du climat politique

 

Si un atelier est consacré à ce thème, tandis que d’autres vont étudier l’écofiscalité et la transformation numérique, un dossier va sans aucun doute teinter toutes les conversations — et en aurait animé beaucoup dans les corridors si l’événement n’avait pas été virtuel. Depuis le début de la campagne La démocratie dans le respect, par respect pour la démocratie lancée par l’UMQ en janvier dernier, l’intimidation envers les élus et la dégradation du climat politique et social ont pris une grande place dans les débats. Et ce, à la grande satisfaction de Vicki-May Hamm.

« Tout le monde se sent enfin à l’aise d’en discuter, affirme l’élue des Cantons-de-l’Est. La parole s’est libérée, comme lors du mouvement #MeToo. » Son soulagement s’explique aussi par le fait qu’elle compte parmi les personnalités publiques de sa région à avoir reçu des menaces de mort.

« Je suis mairesse, et présente sur les réseaux sociaux, donc une cible facile, dit la politicienne. J’admire les gens qui ont le courage de leurs convictions, mais on doit respecter celles des autres. Ce phénomène cache un mal de vivre accentué par la pandémie. De plus en plus de gens utilisent les médias sociaux pour se défouler. Et ils ne se cachent même plus derrière des pseudonymes… »

Alors, pourquoi ne pas se présenter aux prochaines élections municipales s’ils ont réponse à tout et des solutions pour tout ?



À voir en vidéo