L'importance de bien communiquer pour bien gérer le chaos

Leïla Jolin-Dahel
Collaboration spéciale
   Au printemps 2019, un  résident du quartier d’Aylmer,  à Gatineau, observait sa maison encerclée par les eaux.
Guillaume Levasseur Archives Le Devoir Au printemps 2019, un résident du quartier d’Aylmer, à Gatineau, observait sa maison encerclée par les eaux.

Ce texte fait partie du cahier spécial Municipalités

Pandémie, inondations, tornades et autres catastrophes… le rôle des municipalités est crucial quand vient le temps de gérer une crise. Cela fera d’ailleurs l’objet d’une conférence lors de la journée de clôture des assises de l’Union des municipalités du Québec (UMQ).

Le 14 mai prochain, la psychologue et conférencière Rose-Marie Charest prendra part avec le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, à la conférence « Gérer le chaos ». Elle estime que la communication avec les citoyens constitue un outil essentiel lorsque survient une catastrophe. « [C’est] extrêmement important, parce que, si on veut prévenir le chaos, il faut que les gens sentent qu’il y a quelque part quelqu’un qui mène, qui pense à l’organisation, qui les protège », explique-t-elle.

Le maire de Gatineau en sait quelque chose. Son administration a dû gérer des inondations en 2017 et en 2019, de même qu’une tornade de force F3 en 2018. Et la municipalité fait d’ailleurs l’objet de mesures spéciales d’urgence au moins jusqu’au 9 mai en raison de la pandémie.« On est le premier répondant et, selon la crise, aussi de loin le gouvernement le plus important, souligne-t-il. Les citoyens vont s’adresser [aux villes] quoi qu’il arrive. »

Bien communiquer, une priorité

Le rôle des municipalités reste central, même après la crise sanitaire, estime M. Pedneaud-Jobin. Selon lui, une ville doit faire preuve de leadership, notamment en guidant ses citoyens pour faciliter leur retour à une vie normale, mais en communiquant également les difficultés qu’ils rencontrent aux autres ordres de gouvernement. « [Les sinistrés] se battent contre le système en plus de ce qu’ils vivent au niveau des émotions et de la souffrance, déplore le maire. Mais ce n’est pas parce que c’est compliqué qu’il faut que ce soit complexifié à outrance. Il y a un accompagnement qui doit venir avec ça. »

L’importance de communiquer pour mieux faire comprendre à la population la nécessité de certaines décisions demeure essentielle, d’après Mme Charest. Les maires et les administrations municipales doivent ainsi user de pédagogie pour faire passer leurs messages aux citoyens afin qu’ils soient bien entendu, croit la psychologue.

Il faut que les gens sentent qu’il y a quelque part quelqu’un qui mène, qui pense à l’organisation, qui les protège

 

L’un des défis majeurs auxquels une municipalité peut faire face est celui d’un peuple divisé, estime d’ailleurs Mme Charest. « Quand vous êtes obligé d’agir de façon autoritaire, plutôt que d’être capable d’aller chercher l’adhésion plus spontanée de la population, là, c’est un plus grand défi », observe-t-elle.

M. Pedneaud-Jobin admet que c’est une chose « difficile » en période de crise sanitaire. « Pendant une pandémie, les gens sont chacun chez eux. Déterminer leur état d’esprit, c’est un peu dur », admet-il.

Mais pour des malheurs comme les inondations ou autres catastrophes naturelles, le maire de Gatineau souligne l’importance de bien communiquer. « En faisant confiance aux citoyens, on ne se trompe pas. Il faut leur parler franchement. Et s’il y a des nuances, il faut l’expliquer », ajoute-t-il.

Un rôle différent selon les crises

Selon l’élu de Gatineau, le rôle d’une municipalité varie en fonction de la catastrophe. Si les tornades et les inondations ont nécessité une intervention immédiate sur le terrain, la crise sanitaire a demandé un autre type d’approche.

« C’était beaucoup d’information. Les services de police ont été interpellés, les gens qui voyaient des actions qui n’étaient pas permises, des rassemblements, etc. », explique-t-il. Il ajoute que la pandémie a également amené Gatineau à mettre sur pied des activités dans le but de briser l’isolement sans contribuer à la propagation du virus.

Une grande ville gère-t-elle une crise de la même façon qu’un village ? Selon Mme Charest, une municipalité plus petite pourrait devoir faire preuve de davantage de créativité pour trouver des solutions, par manque de ressources sur place.

Le maire de Gatineau abonde en ce sens. S’il estime que les attentes des citoyens demeurent les mêmes, les agglomérations de taille plus modeste doivent se doter d’outils pour faire face à une crise, notamment par l’entremise d’ententes avec de plus grandes municipalités. Il cite en exemple le partenariat de villes voisines de Gatineau pour requérir l’intervention de leurs pompiers si une catastrophe dépasse leurs moyens.

Pour lui, l’UMQ est un véhicule permettant le partage de l’expertise entre les élus. « Il y a toutes sortes de choses qu’on ne sait pas quand on devient maire. Et les échanges avec les autres élus sont vraiment précieux », dit-il.

Il dit avoir beaucoup appris à travers les différentes catastrophes qu’a subies Gatineau au cours de son mandat. « Mais j’étais bien meilleur à la fin de la première crise qu’au début. »

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