L’opposition exige une enquête sur les équipements non conformes

L’enquête du «Devoir»<i> </i>a révélé que des fournisseurs qui faisaient affaire avec le gouvernement avant la pandémie ont été laissés sur la touche.
Photo: John Minchillo Associated Press L’enquête du «Devoir» a révélé que des fournisseurs qui faisaient affaire avec le gouvernement avant la pandémie ont été laissés sur la touche.

Le Parti libéral a réclamé mercredi une enquête de la vérificatrice générale du Québec (VG) au sujet des ententes conclues de gré à gré depuis le début de la pandémie de COVID-19. Sa demande a été appuyée par Québec solidaire et le Parti québécois.

« La pandémie ne permet pas au gouvernement de se soustraire entièrement à son obligation de transparence quant à ses choix », a écrit le député libéral Gaétan Barrette dans une lettre transmise à la VG mercredi.

Le Devoir a révélé cette journée-là que près de 20 % des masques et des articles d’équipement de protection individuelle livrés à Québec en vertu de contrats accordés de gré à gré en début de pandémie n’ont pas respecté les exigences du gouvernement. De mars à décembre 2020, 669 ententes ont été conclues de gré à gré avec 142 entreprises, pour un montant qui dépasse les 3 milliards de dollars.

Exercice de transparence

Or « l’idée n’est pas de contester le fait qu’il y a eu des contrats de gré à gré en soi », a précisé M. Barrette, en disant comprendre le contexte d’urgence dans lequel le Québec a été plongé. Mais « le gouvernement refuse de transmettre les informations nécessaires, que ce soit sur les coûts, la qualité exigée, les raisons justifiant la procédure ou le choix des fournisseurs », a-t-il écrit dans un communiqué de presse.

Le gouvernement refuse de transmettre les informations nécessaires, que ce soit sur les coûts, la qualité exigée, les raisons justifiant la procédure ou le choix des fournisseurs.

Le député solidaire Gabriel Nadeau-Dubois a quant à lui qualifié cette affaire de « cafouillage ». « Ce n’est pas normal qu’on ait été aussi mal préparés et ce n’est pas normal qu’on ait été aussi dépendants de fournisseurs, souvent étrangers, pour du matériel qui était essentiel pour nos travailleuses du réseau de la santé », a-t-il affirmé. « Moi je veux bien, en temps de crise, un ou deux contrats de gré à gré, dans l’urgence, surtout au début, si on se fait prendre de court et qu’il y a péril en la demeure. Mais là, l’exception est devenue l’habitude et la pandémie a le dos large », a renchéri son collègue Vincent Marissal.

L’enquête du Devoir a révélé que des fournisseurs qui faisaient affaire avec le gouvernement avant la pandémie ont été laissés sur la touche. Sept d’entre eux ont dit avoir du mal à s’expliquer l’octroi de contrats sans appel d’offres à des compagnies qui ne détenaient pas, avant la pandémie, la licence de Santé Canada pour importer et distribuer le matériel nécessaire à la lutte contre la COVID. « Quels étaient les critères du gouvernement ? » a demandé le député péquiste Joël Arseneau. Bien qu’il comprenne la volonté du gouvernement d’agir avec « célérité et dans l’urgence », « on ne peut pas cautionner le manque de rigueur et de structure », a-t-il affirmé.

Pour Gaétan Barrette, « l’origine de cette situation » — l’octroi de nombreux contrats de gré à gré — s’explique par le fait que le gouvernement Legault « n’était pas prêt » à faire face à la crise causée par la COVID-19. Et bien que l’Unité permanente anticorruption s’intéresse déjà aux contrats accordés pendant la pandémie, il estime qu’il est important qu’une « instance à l’intérieur de l’État », la vérificatrice générale, « casse » les façons de faire actuelles.

« On est encore en train de faire des appels d’offres pour des aiguilles ! » a-t-il lancé, en faisant référence à un récent « avis d’intérêt » publié par Québec pour obtenir six millions de seringues d’ici le 1er avril. « Ça fait combien de temps qu’on parle des vaccins ? […] Ça aurait dû se commander avant. »

 

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