L’impact de la pandémie sur ​la santé mentale reste difficile à mesurer

Le ministre délégué à la santé, Lionel Carmant
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Le ministre délégué à la santé, Lionel Carmant

Avec les contraintes liées au confinement et la moitié des gens qui ne demandent pas d’aide, l’impact de la pandémie sur la santé mentale demeure bien difficile à mesurer.

Lors de la consultation menée par le gouvernement mardi, un chercheur a présenté une longue liste de « données manquantes » : taux de suicide, d’appels à l’aide et d’urgences psychiatriques depuis le début de la pandémie, taux de violence domestique, taux de vente d’alcool, de criminalité… Et ainsi de suite.

On commence toutefois à cerner les groupes les plus à risque, a expliqué Samuel Veissière, chercheur au Département de psychiatrie de l’Université McGill : les femmes, les gens de moins de 40 ans et, étonnamment, les gens de gauche (voir encadré), et en premier lieu les personnes ayant des troubles préexistants.

Les psychologues ont par ailleurs beaucoup de difficulté à distinguer la détresse découlant de la COVID-19 de la détresse tout court.

La pandémie n’est pas « le sujet principal des consultations », a expliqué Charles Roy, de l’Association des psychologues du Québec. « L’impact est difficile à mesurer chez les personnes qui avaient déjà des problèmes avant. »

Concernant les aînés, Valérie Bourgeois-Guérin, chercheuse en gérontologie à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), a rappelé que Suicide Action Montréal avait observé chez les 65 ans et plus une hausse des appels de 25 %. Or ces données portaient sur la première vague.

Qu’en est-il maintenant ? « On n’a pas de données sur les taux de dépression, mais les médecins et d’autres professionnels notent qu’il y a de plus en plus de prescriptions d’antidépresseurs chez les aînés. »

Ce qui complique la recherche, c’est que les partenaires du réseau de la santé qui collaboraient dans le passé à la collecte de données sont « débordés », a aussi mentionné la gérontologue.

Changer l’ordre de vaccination

Les échanges ont par ailleurs permis d’apprendre que le ministre délégué à la Santé, Lionel Carmant, voulait rehausser la place des personnes ayant une déficience intellectuelle (DI) ou un spectre de l’autisme (TSA) dans l’ordre de priorité des vaccins.

En réaction aux recommandations d’un expert, il a dit travailler « fort » là-dessus.

Il est déjà « acquis » que les personnes de ce groupe qui résident dans des résidences où vivent aussi des personnes âgées seront vaccinées en même temps, a indiqué le ministre. Reste maintenant à améliorer l’accès à celles qui ont un handicap mais qui vivent chez elles ou dans des ressources intermédiaires (RI).

La pandémie a beaucoup accru la détresse et la vulnérabilité de ces gens, a expliqué Martin Caouette, chercheur spécialisé dans le domaine à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR). Terrorisés à l’idée de contracter la COVID-19, certains s’isolent à l’extrême ; d’autres développent des compulsions liées au lavage des mains et beaucoup comprennent mal les consignes. Enfin, un grand nombre de personnes vivant avec un TSA sont incapables de tolérer le masque en raison de leur hypersensibilité.

D’emblée, parmi ceux qui résident dans des ressources intermédiaires (RI), beaucoup ont été confinés dans leur chambre de la même manière que les personnes âgées en résidence, souligne M. Caouette.

Quant à savoir quel devrait être leur niveau de priorité, le chercheur suggère que ces personnes soient vaccinées en même temps que les adultes âgés de 60 à 69 ans qui ne sont pas malades. Le ministre Carmant, quant à lui, n’a pas apporté de précisions sur le niveau de priorité, mais a tenu à préciser en soirée que, même s’il est « sensible » à la situation des personnes handicapées, « l’ordre déterminé par le Comité d’immunisation du Québec “prime”, tout comme les recommandations de la Santé publique ».

 

Les gens de gauche plus à risque ?

« C’est assez bizarre : on a trouvé que les personnes avec des opinions politiques de gauche semblaient ressentir plus d’anxiété », a noté un chercheur en psychiatrie de l’Université McGill durant la consultation du gouvernement mardi. Samuel Paul Louis Veissière faisait référence à une étude publiée en décembre dans le British Medical Journal sur les facteurs de risque de gens qui ont vu leur niveau de stress perçu passer de faible à modéré pendant la pandémie. L’enquête a été menée auprès de 6000 répondants au Canada entre avril et mai 2020. Outre les idées de gauche, 16 autres facteurs de risque étaient indiqués : avoir un trouble de santé mentale préexistant, être une femme, avoir des enfants d’âge mineur, une forte consommation d’alcool, une profession auprès du public, des périodes de sommeil brèves, avoir moins de 40 ans, une participation à l’enquête peu de temps après le début de la pandémie, des symptômes pouvant être associés à la COVID-19, une faible résilience, des obsessions liées aux microbes, une personnalité extravertie, des relations familiales tendues, des activités sportives réduites et une pratique artistique.


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