Présider un «nouveau PQ», selon Dieudonné Ella Oyono

Dieudonné Ella Oyono a remporté sans opposition la course à la présidence du Parti québécois en novembre 2019. «La politique, je n’ose pas le dire, mais j’ai ça dans le sang», confie-t-il.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Dieudonné Ella Oyono a remporté sans opposition la course à la présidence du Parti québécois en novembre 2019. «La politique, je n’ose pas le dire, mais j’ai ça dans le sang», confie-t-il.

En quittant son pays natal pour le Québec à l’âge de 27 ans, Dieudonné Ella Oyono ne se doutait pas de l’aventure qu’il s’apprêtait à vivre.

« Je suis parti de l’aéroport de Libreville, au Gabon, le 10 septembre 2001, raconte-t-il. Je suis arrivé à Paris, le 11 septembre, à 7 h du matin et je devais reprendre l’avion à 10 h. J’ai pris l’avion comme prévu. Mais après trois heures de vol, l’avion a fait demi-tour vers la France en raison de ce qui se passait aux États-Unis. »

En atterrissant en Europe sans visa, il comprend que son rêve québécois peut s’envoler s’il n’insiste pas. Sa compagnie aérienne l’invite à retourner au Gabon. Chaque soir, il dort dans un lieu différent en attendant un vol et, après une semaine, il foule enfin le sol québécois. « J’ai failli ne jamais arriver au Québec », admet-il.

Comme d’autres étudiants étrangers, il fait son nid dans la métropole. Après l’achèvement d’un doctorat en économie, les charmes de la Belle Province opèrent chez le jeune homme. Il s’intéresse à l’histoire sociale du Québec, se passionne pour les rebondissements politiques du dernier siècle et ne peut finalement résister à l’appel du service public. « La politique, je n’ose pas le dire, mais j’ai ça dans le sang. »

Quand on veut marquer une rupture, quand on veut commencer un nouveau cycle, on peut le dire en mots, dire toutes sortes de phrases, ou on peut juste laisser les gens constater par eux-mêmes qu’il y a des changements profonds, sur le discours, sur les personnages, sur le plan de match qu’on exécute

Engagé d’abord en politique municipale, dans un grand syndicat puis au sein du gouvernement québécois, il prend conscience des deux solitudes au ministère de l’Agriculture. Lors d’une tournée pancanadienne organisée par un comité fédéral-provincial, il s’étonne des divergences entre le Québec et le reste du Canada. « Au Québec, c’est gravé dans la mémoire collective, c’est enraciné en nous. Il y a beaucoup d’interventionnisme, donc prendre soin de tout le monde, avoir un filet social, ce sont des valeurs qui sont fortes ici. Quand on va ailleurs, on voit qu’ils ont fait d’autres choix. » Son attachement pour le Québec est tel qu’en 2018, il publie un livre au titre révélateur : Comment tomber en amour avec son nouveau pays.

Plus il en apprend sur les rouages de l’État québécois, plus son attrait pour la politique active croît . « Je voulais m’engager en politique, mais comme fonctionnaire, c’est difficile », relate-t-il. Quant au choix de la formation, il le concède, le Parti québécois, « ce n’est pas nécessairement le premier choix » des néo-Québécois. Néanmoins, « rejoint » par les idées de la formation souverainiste, il fait le saut dans l’arène politique.

C’est lui-même qui contacte l’équipe de son député local afin de proposer son aide, assure-t-il. Il participe aux congrès (local, régional, national) du PQ et, de fil en aiguille, remporte sans opposition la course à la présidence du Parti québécois en novembre 2019.

« Nouveau cycle »

Deux mois, jour pour jour, après la fin de la course à la chefferie qu’il a organisée, Dieudonné Ella Oyono se rend bien compte du défi qui l’attend. Il n’est pas facile d’inciter quelqu’un qui a déjà changé de pays à changer de nouveau. « Depuis des années, depuis la fameuse déclaration [de Jacques Parizeau en 1995], depuis les choses qui se sont passées, il y a eu un relâchement vis-à-vis des Québécois d’adoption. Moi, c’est un peu ça que je voulais ramener en disant que le projet que porte ce parti, il n’est pas pour certains Québécois. Il est pour l’ensemble des Québécois. Malheureusement, ça ne résonne pas dans les différentes communautés. »

« Les gens qui viennent au Québec en tant que travailleurs qualifiés, ils sont ici parce qu’ils se disent qu’ils vont améliorer leur sort. » Or, argumente-t-il, « on ne veut pas vous amener dans quelque chose qui est pire que ce que vous connaissez maintenant. On veut tous aller dans quelque chose de mieux ».

Il y a plus de néo-Québécois qui sont indépendantistes qu’on pourrait le croire, fait-il valoir. Son intention, « c’est de donner une place de prédilection aux Québécois d’adoption qui sont membres du parti. On veut qu’ils aient un rôle officiel d’ambassadeurs du parti dans les communautés, dans leur milieu de travail, dans leurs réseaux pour justement briser ce fameux cycle-là, où on dit que le Parti québécois ce n’est pas pour les Québécois d’adoption ».

Selon lui, cette représentativité qu’il incarne parle d’elle-même. « Quand on veut marquer une rupture, quand on veut commencer un nouveau cycle, on peut le dire en mots, dire toutes sortes de phrases, ou on peut juste laisser les gens constater par eux-mêmes qu’il y a des changements profonds, sur le discours, sur les personnages, sur le plan de match qu’on exécute. »

Quant à savoir si davantage de personnalités issues de la diversité se présenteront aux prochaines élections, Dieudonné Ella Oyono soutient que, d’élection en élection, leur proportion augmente. « On ne change pas d’objectif. »

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