Suzanne Tremblay, «bloquiste dévouée»

Suzanne Tremblay, à gauche, main dans la main avec Gilles Duceppe, en 2000
Photo: Paul Chiasson Archives La Presse canadienne Suzanne Tremblay, à gauche, main dans la main avec Gilles Duceppe, en 2000

L’ancienne députée du Bloc québécois Suzanne Tremblay s’est éteinte en fin de semaine à l’âge de 83 ans.

Une proche de l’ancienne élue a confirmé la nouvelle, selon le site Internet de Radio-Canada, qui précisait samedi que Mme Tremblay est morte des suites d’un cancer au Centre hospitalier régional de Rimouski.

Née à Montréal, Mme Tremblay a longtemps travaillé en enseignement. Elle a notamment été professeure à l’Université du Québec à Rimouski. L’établissement lui avait d’ailleurs rendu hommage en décembre 2018 en lui remettant la Médaille d’or de l’université afin de « souligner sa contribution remarquable au développement régional et son engagement envers les milieux ruraux ».

Fervente indépendantiste, elle tente sa chance en politique et fait partie de la première grande vague de députés bloquistes, celle de 1993. Elle est alors élue députée de Rimouski-Témiscouata par plus de 13 000 votes. Les électeurs lui feront de nouveau confiance jusqu’en 2004, quand elle annoncera son retrait de la scène fédérale.

Mme Tremblay n’avait pas la langue sans sa poche. Elle avait notamment cherché à discréditer Jean Charest en dévoilant son véritable prénom « John ».

Elle s’est occupée de divers dossiers, concernant notamment les ressources humaines et le patrimoine. Elle nouera alors une bonne relation avec la ministre libérale Sheila Copps.

Elle a aussi occupé les fonctions de leader parlementaire du Bloc, devenant la première femme à occuper un tel poste à la Chambre des communes.

Son rôle de députée l’a grandement impressionnée. « J’ai senti à quel point le Parlement, c’est la maison de la démocratie », confiait-elle à Martine Tremblay, autrice du livre La rébellion tranquille en 2015. Dans le même livre, son premier chef, Lucien Bouchard, disait l’avoir trouvée « vraiment bonne ». « Elle avait du tempérament et elle était dure à gérer. Mais les meilleurs en politique sont souvent les meilleurs à gérer », avait relaté M. Bouchard à l’auteur Martine Tremblay. En entrevue à La Presse canadienne, un autre ancien chef du Bloc, Gilles Duceppe, qui a eu des différends avec Suzanne Tremblay, garde le souvenir d’une « grande sensible » malgré des apparences dures. « Elle avait un sens de la formule très poussé, qui pouvait provoquer la colère et le rire de ses adversaires », a-t-il dit.

Le chef actuel du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a tenu, par communiqué, à rendre « hommage à une battante, à une femme dévouée à ses convictions ».

Le député bloquiste de Rimouski-Neigette–Témiscouata–Les Basques, Maxime Blanchette-Joncas, dit qu’il se souviendra d’elle comme d’une femme de premier plan pour défendre sa région. « Elle est une inspiration en ce sens pour moi », a-t-il déclaré par voie de communiqué.

Dans un tweet, le premier ministre du Québec, François Legault, a rendu hommage à « une femme proche de ses citoyens et défenderesse des régions du Québec, particulièrement du Bas-Saint-Laurent ».

Après son passage à la Chambre des communes, Suzanne Tremblay est demeurée active. Elle a été conseillère municipale à Saint-Fabien. Elle a aussi présidé pendant plusieurs années la Coalition urgence rurale du Bas-Saint-Laurent.

Mme Tremblay a gardé un esprit fort indépendant jusqu’à la fin de sa vie. Ainsi, en 2019, aux élections fédérales, elle avait préféré accorder son soutien au candidat néodémocrate, Guy Caron. « Je suis toujours indépendantiste, avait-elle alors affirmé au journal L’Avantage. Mais tant que je payerai des impôts au fédéral, je veux être bien représentée, et Guy Caron m’a montré, au cours des huit dernières années, sa compétence et son ardeur au travail. C’est un grand régionaliste qui a à cœur la prospérité et le bonheur de ses commettantes et de ses commettants. »