Une prise de parole en anglais soulève les passions à l’Assemblée nationale

La cheffe du Parti libéral du Québec, Dominique Anglade
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne La cheffe du Parti libéral du Québec, Dominique Anglade

Une bourrasque linguistique a frappé mardi l’Assemblée nationale du Québec, quand un journaliste a interrompu la cheffe du Parti libéral du Québec, Dominique Anglade, après qu’elle ait pris la parole en anglais dans son allocution d’ouverture, contrevenant ainsi à une tradition bien établie. Si la CAQ et les partis d’opposition se sont montrés surpris de cette approche, le clan Anglade a affirmé qu’il consentait à revenir sans esclandre au protocole — ce qui a été fait jeudi matin.

Le dossier a soulevé les passions dans les officines politiques, notamment sur les réseaux sociaux. En soirée mercredi, le président de la Tribune de la presse du Parlement du Québec et journaliste au Devoir, Marco Bélair-Cirino, a « senti le besoin d’y aller de trois gazouillis », qui visaient à rappeler que « l’usage et la tradition veulent que les élus échangent avec les journalistes en français, qui est la seule langue officielle du Québec, à [l’Assemblée nationale]. Ils ont tout le loisir de répondre ensuite aux questions en anglais ». La Tribune de la presse représente les travailleurs de l’information sur la colline Parlementaire.

« Sincèrement je ne vois pas à quelle demande ça obéit, affirme Pascal Bérubé, chef intérimaire du PQ et porte-parole de son parti en matière de langue française. Je ne sais pas quelle était la stratégie ou comment [Dominique Anglade] souhaitait s’adresser à la communauté anglophone. Les chefs des formations politiques sont généralement très bons en anglais, on réussit toujours à trouver le temps pour à la fin [...] parler en anglais, les journalistes de la colline Parlementaire s’en accommodent bien et ça n’a jamais causé problème. »

Le directeur de cabinet adjoint et directeur des communications de Dominique Anglade, Charles Robert, assure « qu’il sera de bon ton de revenir à la tradition conçue depuis des années, il n’y avait aucun problème de notre côté ». M. Robert ajoute que la prise de parole bilingue de la cheffe libérale « s’est faite plutôt spontanément, il n’y avait pas de stratégie préétablie, c’est juste qu’on suit les points de presse de M. Legault, que le protocole s’en allait vers ça ».

Entorse à la tradition

Il est vrai que, depuis le début de la pandémie, le premier ministre, François Legault, prend brièvement la parole en anglais avant la période de questions. Cette entorse à la tradition a toutefois été précédée d’une entente avec la Tribune parlementaire, confirment à la fois son président et le cabinet du premier ministre.

« Si on ne respecte pas la règle qui est en ce moment en fonction à l’Assemblée nationale, c’est seulement pour les contextes d’une crise sanitaire et de pandémie. On considère que c’est important de dire ces consignes-là en anglais, dit-on au cabinet de M. Legault. La différence est assez claire quant à l’utilisation de [l’anglais] de notre côté et de celui de madame Anglade. »

La prise de parole bilingue du premier ministre est appréciée des médias anglophones et de leur communauté, concède-t-on au cabinet. « Maintenant, on l’a clairement fait comprendre dès le début, […] c’est simplement le temps d’une urgence. »

C’est juste qu’on suit les points de presse de M. Legault, que le protocole s’en allait vers ça

 

Charles Robert, du bureau de Dominique Anglade, ajoute à ce sujet que « ce que je ne voulais pas entendre, c’est que la situation le commandait pour un autre groupe parlementaire au sein de l’Assemblée [et pas pour les autres]. Ce n’était pas un argument valable, c’est tout »

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Pour sa part, Québec solidaire a déclaré que les porte-parole ne feront pas d’allocution en anglais au début des points de presse.

Le président de la Tribune de la presse précise que, dans ce débat, son groupe « défend les droits et les privilèges des journalistes de médias francophones et anglophones avec la même énergie. Et il va de soi que les journalistes de médias anglophones peuvent avoir des réponses à leurs questions. On ne vient pas enlever du temps aux journalistes de médias anglophones »

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La question de la tradition linguistique à l’Assemblée nationale revient de façon épisodique. En novembre 2011, le libéral Jean-Marc Fournier, alors ministre de la Justice, avait notamment pris la parole en français et en anglais devant la presse, ce qu’un journaliste lui avait reproché après coup lors de la première question de la presse.

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