Les seuils d’immigration divisent les aspirants meneurs du PQ

Le troisième et dernier débat de la course à la direction du Parti Québécois, animé, mardi, par l’ex-présidente du parti, Gabrielle Lemieux, portait sur le nationalisme, la protection de l’environnement et le territoire.
Parti Québécois Le troisième et dernier débat de la course à la direction du Parti Québécois, animé, mardi, par l’ex-présidente du parti, Gabrielle Lemieux, portait sur le nationalisme, la protection de l’environnement et le territoire.

Le dernier débat de la course à la direction du Parti québécois (PQ) a donné lieu mardi à de nouveaux échanges cinglants, notamment au sujet des seuils d’immigration. Les militants devront maintenant choisir qui mènera le parti indépendantiste à la prochaine élection entre le député Sylvain Gaudreault, l’humoriste Guy Nantel, l’avocat Paul St-Pierre Plamondon et l’historien Frédéric Bastien.

« Guy, j’ai l’impression que tu ne te présentes pas dans le bon parti parce que tu attaques le Parti québécois, alors qu’on a fait vraiment des pas de géants dans la restauration minière, dans l’impôt et les redevances, a lâché M. Gaudreault lors d’un échange sur la protection des espèces et le développement des ressources naturelles. Est-ce que c’est parfait ? La réponse, c’est non. »

L’humoriste avait critiqué les méthodes utilisées par l’industrie minière au Québec « qui n’ont pas évolué depuis 60 ans ». « Sylvain, je te ferai remarquer que ta question a commencé par “t’étais où en 2013 quand on a fait des pas de géants”, a rétorqué M. Nantel en se faisant interrompre par le député. Où j’étais ? Je faisais mes recherches. Je suis arrivé avec des dossiers comme ceux-là. Non, mais j’ai raison ou j’ai tort dans les données que je donne ? »

« Tu as à moitié raison », a répondu M. Gaudreault.

Immigrants

Ce troisième et dernier débat, animé par l’ex-présidente du parti, Gabrielle Lemieux, portait sur le nationalisme, la protection de l’environnement et le territoire. Or, c’est la question des seuils d’immigration qui a offert une rare occasion aux quatre candidats de se différencier les uns des autres.

D’entrée de jeu, l’historien Frédéric Bastien a donné le ton lors de son discours d’ouverture qui aurait pour stratégie de forcer des négociations constitutionnelles avec le gouvernement fédéral pour récupérer les pouvoirs du Québec en immigration. « Moi, je propose de baisser de presque de moitié les seuils d’immigration, de sélectionner des immigrants francophones et des immigrants éduqués, a-t-il affirmé en ajoutant que ce type d’immigrants partagent les valeurs des Québécois.

 

Le gouvernement caquiste prévoyait d’accueillir entre 43 000 et 44 500 nouveaux arrivants en 2020 selon son plan annuel d’immigration, après les avoir réduits à 40 000.

M. Bastien s’est attaqué à l’humoriste Guy Nantel en citant un passage de son livre où il a écrit qu’il était souhaitable de recevoir entre 50 000 et 55 000 immigrants annuellement. Des propos pris hors contexte, selon M. Nantel.

« En clair, je pense que je suis la seule personne qui a une vision responsable en annonçant comme ça la tenue d’une première grande étude commandée par l’Assemblée nationale, et ce sera une étude neutre qui va faire en sorte qu’on aura des seuils d’immigration sur du rationnel et non de l’émotionnel », avait-il expliqué en ouverture du débat.

Paul St-Pierre Plamondon, qui préconise une diminution des seuils entre 35 000 et 40 000, s’est attaqué au seul élu de la course. « On ne sait pas si Sylvain Gaudreault veut monter ou descendre les seuils d’immigration, on ne sait pas c’est quoi ton intention, a-t-il affirmé. C’est comme si on n’avait pas les études. En fait, toutes les informations sont là. »

M. Gaudreault propose de créer un observatoire indépendant qui proposerait des scénarios en fonction des ressources que le gouvernement devrait allouer à l’intégration des immigrants. « Le gouvernement va choisir entre a, b ou c ou peut-être x, mais au moins, ça va être clair et on va arrêter de faire de la partisanerie là-dessus », a-t-il affirmé en insistant qu’il ne voulait pas faire comme « ce qu’on reproche à la CAQ et aux libéraux ».

Le nom du prochain chef du PQ sera connu le 9 octobre. Le dévoilement des résultats sera entièrement virtuel étant donné le resserrement des directives de la santé publique pour limiter la propagation de la COVID-19. Le chef parlementaire, Pascal Bérubé, continuera d’assurer l’intérim d’ici là. La course à la direction avait repris le 5 juin après une pause de deux mois en raison de la pandémie.

Pour la première fois, les non-membres pourront se prononcer sur le choix du prochain chef, pourvu qu’ils adhèrent aux grands principes du parti. Ils peuvent obtenir ce statut de sympathisant moyennant cinq dollars en s’inscrivant sur le site Internet du PQ d’ici au 9 septembre. Ils seront ainsi considérés comme des « membres ponctuels » par Élections Québec et pourront prendre part à l’élection du successeur de Jean-François Lisée à la tête du parti indépendantiste.

L'administration Plante attaquée sur le français

Trois des quatre aspirants à la direction du PQ veulent que Montréal rende des comptes au gouvernement québécois sur le recul du français dans la métropole. « C’est un scandale de voir que dans son plan stratégique, Montréal n’a pas un mot, pas un mot sur le français », a dénoncé Sylvain Gaudreault. Il propose de forcer l’administration municipale à avoir une politique linguistique pour mettre le français en valeur. 
Paul St-Pierre Plamondon a promis de déposer une motion pour déclarer l’urgence linguistique dans la métropole s’il devient chef péquiste et est éventuellement élu comme député. « Montréal va devoir nous rendre des comptes comme administration parce que les statistiques de Statistique Canada sont très précises : le français va reculer d’ici 2036 de 79 points de pourcentage à 69 […]. » 
Frédéric Bastien a accusé la mairesse Valérie Plante de « parler en bilingue » avec les Québécois. « Au lieu de faire des élucubrations sur le racisme systémique, de dire que Montréal est en territoire non cédé, occupez-vous du français à Montréal », a-t-il lancé, en ajoutant que le gouvernement avait le pouvoir d’agir sans préciser comment. 
Guy Nantel a quant à lui proposé, entre autres, d’augmenter le nombre d’inspecteurs et le montant des contraventions sur l’affichage linguistique. Il veut également appliquer la loi 101 aux entreprises de 25 à 50 employés et aux entreprises à charte fédérale.

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