Abolition de Transition énergétique Québec: le ministre Charette garde le cap

Transition énergétique Québec est une société d’État qui aide les citoyens et les entreprises à passer à des sources d’énergie moins polluantes.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Transition énergétique Québec est une société d’État qui aide les citoyens et les entreprises à passer à des sources d’énergie moins polluantes.

Le ministre Benoit Charette reste sourd aux critiques des partis d’opposition sur l’abolition de Transition énergétique Québec (TEQ), une société d’État qui aide les citoyens et les entreprises à passer à des sources d’énergie moins polluantes. Le projet de loi 44 prévoit le transfert des responsabilités de la société au ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles (MERN).

« Pour une fois que nous avons, au Québec, un organisme qui fonctionne bien, on va le dissoudre et on va l’envoyer dans l’appareil gouvernemental », a déploré le porte-parole en matière d’Environnement, Carlos Leitão. Il craint que ce transfert ne génère une perte d’expertise et ne ralentisse l’octroi des subventions pour les programmes d’efficacité énergétique.

« Le gouvernement de la CAQ […] est en train de faire exactement le contraire de ce qui devrait être fait pour mener la transition énergétique du Québec à bien et pour lutter contre les changements climatiques, a affirmé la députée de Québec solidaire, Ruba Ghazal. Il est en train d’abolir le seul organisme public qui est capable de mener cette transition énergétique du Québec. »

L’élue de Mercier estime qu’il est encore temps de sauver la société d’État et entend déposer des amendements pour exiger davantage de transparence durant l’étude détaillée du projet de loi qui a repris en début de semaine.

« On arrive à des moments très, très importants dans le projet de loi puis on voit qu’on n’a toujours pas l’écoute du ministre pour nous faire croire que le gouvernement fait une priorité de la lutte aux changements climatiques », a souligné la députée du Parti québécois, Méganne Perry Melançon. Avec le transfert des responsabilités en matière de transition énergétique, le ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles se retrouvera à la fois à gérer la filière des hydrocarbures et à en déconseiller l’usage. « Je comprends difficilement comment on peut arrimer le mandat de gérer les hydrocarbures et de gérer la transition énergétique au sein du même ministère », a-t-elle fait remarquer.

Le ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Benoit Charette, accuse les partis d’opposition de ralentir délibérément l’étude de son projet de loi. « L’attitude des partis d’opposition le démontre largement, ils ne veulent pas que le gouvernement puisse se faire attribuer un gain en environnement », a-t-il fait valoir.

« Je pense qu’ils ne reconnaissent pas les mérites du projet de loi qui ont été reconnus par l’ensemble des groupes [entendus en commission parlementaire], a-t-il ajouté. Tous les groupes ont mentionné, à part un je pense, que le projet de loi est un pas dans la bonne direction, qu’il fallait mieux adopter ce projet de loi là que de ne pas en avoir du tout. »

L’Alliance SWITCH pour une économie verte, qui réuni des chefs de file des secteurs économique, financier et environnemental, fait partie des sceptiques. « On veut maintenir un organisme qui fonctionne, avec un budget et des ressources humaines suffisants, a indiqué sa directrice, Suzann Méthot. SWITCH s’interroge donc sur les motifs du gouvernement à vouloir mettre à risque l’efficacité de TEQ en l’intégrant au sein du MERN. »

Outre l’abolition de TEQ, le projet de loi 44 élimine également le Conseil de gestion du Fonds vert. Il s’agit d’une façon pour le gouvernement Legault de mettre la main sur sa cagnotte de près de 2 milliards de dollars, selon les partis d’opposition. « C’est un projet de loi qui revoit entièrement le rôle du ministre de l’Environnement […], qui va faire en sorte que le ou la ministre de l’Environnement aura à coordonner l’ensemble de l’action gouvernementale pour nous assurer qu’on atteigne enfin nos cibles de réduction de gaz à effet de serre », s’est défendu le ministre Charette en entrevue.

L’étude du projet de loi 44, retardée par la pandémie de COVID-19, est prévue jusqu’au 2 septembre.

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