Quel salaire horaire pour les préposés aux bénéficiaires?

Le gouvernement Legault veut former 10 000 préposés aux bénéficiaires de la mi-juin à la mi-septembre.
Photo: Jean-Francois Badias Associated Press Le gouvernement Legault veut former 10 000 préposés aux bénéficiaires de la mi-juin à la mi-septembre.

La décision du premier ministre Legault d’offrir 26 $ l’heure aux préposés aux bénéficiaires pour sa campagne de recrutement a étonné les deux grandes centrales syndicales au cœur des négociations du secteur public. Jusqu’à mercredi dernier, le premier ministre avait toujours parlé de 25 $ l’heure.

« On a été un peu surpris et on a essayé de voir comment il arrivait à ce chiffre-là », a indiqué la vice-présidente de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), Caroline Senneville, en entrevue. « On ne comprend pas. Dans aucun de nos calculs, on n’arrive à ça, même en incluant toutes sortes de primes qui existent et annoncées comme temporaires en attendant qu’on règle la question plus globalement. »

La Fédération des travailleurs et des travailleuses du Québec (FTQ) se demande si ce pot de miel pour attirer davantage de gens dans la profession ne tournera pas plutôt au vinaigre une fois la convention collective signée. « Ils vont être déçus, surtout si on n’améliore pas les conditions d’exercice d’emploi, parce que ce qui est offert là a déjà été offert sous forme de projet-pilote dans le réseau il n’y a pas si longtemps », a affirmé le président de la FTQ, Daniel Boyer, en entrevue. « Il y a eu des cohortes d’une trentaine de préposés dans certains CIUSSS et CISSS qu’on formait sur place, rapidement, en environ trois mois, et il y en a le tiers qui restaient en bout de piste », a-t-il ajouté.

Le gouvernement Legault veut former 10 000 préposés aux bénéficiaires de la mi-juin à la mi-septembre, en espérant qu’une deuxième vague d’infections au coronavirus ne se produira pas avant l’automne. « S’ils réussissent leurs cours, après trois mois, bien, là, ils vont gagner le nouveau salaire qu’on donne soit via les primes temporaires ou qu’on offre dans les conventions collectives, qui commence à 26 $ l’heure, donc 940 $ par semaine, 49 000 $ par année », a affirmé M. Legault mercredi.

Ce montant arrondi inclut le salaire de base des préposés aux bénéficiaires de 20,55 $ l’heure et trois primes — prime de non-chevauchement de 2 % (0,41 $ l’heure), prime COVID de 8 % (1,65 $ l’heure) et la prime de 100 $ par semaine pour les inciter à travailler à temps plein (2,76 $ l’heure). La rémunération peut grimper à 29,50 $ l’heure pour une personne qui travaillerait 4 semaines d’affiliée à temps complet en raison d’une autre prime incitative.

Le président du Conseil du trésor, Christian Dubé, reconnaît que les offres du gouvernement dévoilées la semaine dernière n’atteignent pas tout à fait cette somme. « Pas pour le moment, mais on est en négociation, et ce que M. Legault a dit — et c’est très clair : “Je veux que ça soit au moins ce que quelqu’un a aujourd’hui s’il rentre avec les primes COVID et je vais tout faire pour que ça soit pérenne quand on pourra signer l’entente de la convention collective”. »

Le gouvernement Legault privilégie l’approche des primes pour éviter un « effet domino » sur d’autres catégories d’emploi. Or, les syndicats veulent une augmentation du taux horaire et non une série de primes qui ne compteraient pas dans le calcul du régime de retraite et de l’assurance invalidité. « Si on veut augmenter le salaire de 12 % ou 18 % comme on l’annonce, qu’on augmente l’échelle salariale de 12 % ou 18 %, c’est tout », a affirmé M. Boyer.

Sans vouloir dévoiler tout son jeu, le ministre Dubé invite les centrales syndicales à la table de négociations. « Ce que je dis aux syndicats : “venez finaliser avec nous et on va trouver une façon parce qu’on doit attirer ces gens-là, a-t-il affirmé. Ce n’est pas juste une question de salaire. On parle de vacances supplémentaires, de beaucoup, beaucoup d’éléments “normatifs” [non salariaux] qui viennent rendre ça intéressant, mais il faut qu’on s’assoie et qu’on négocie. »

Le président du Conseil du trésor espère que les syndicats voudront régler la nouvelle convention collective des employés du secteur public avant l’arrivée tant redoutée d’une deuxième vague de la COVID-19.

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