Retour à l’Assemblée nationale sur fond de pandémie

<p>Ce matin a eu lieu la première période de questions et de réponses orales à l'Assemblée nationale depuis le début de l’état d’urgence sanitaire.</p>
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne

Ce matin a eu lieu la première période de questions et de réponses orales à l'Assemblée nationale depuis le début de l’état d’urgence sanitaire.

Situation dans les CHSLD, nombre de tests effectués, plan de déconfinement et de réouverture des écoles, masque obligatoire… Les députés des trois partis d’opposition ont talonné le gouvernement Legault sur sa gestion de la crise causée la pandémie mercredi lors de leur retour à l’Assemblée nationale. Il s’agissait de la première période de questions et de réponses orales depuis le début de l’état d’urgence sanitaire.

La nouvelle chef de l’opposition officielle, Dominique Anglade, a pris soin de « saluer le travail exemplaire du gouvernement et de son premier ministre dans le cadre de la gestion de la crise ». « Le gouvernement a su trouver les bons mots pour rassurer les Québécois, et les Québécois ont répondu en solidarité, dans la discipline et avec empathie également. Je tiens également à souligner le travail de tout le personnel du réseau de la santé », a-t-elle déclaré lors de sa première intervention.

La députée montréalaise a par la suite demandé au chef du gouvernement François Legault pourquoi quelque 60 % des personnes décédées des suites de la COVID-19 étaient québécoises. « 3113 personnes décédées au Québec, c’est l’équivalent de la municipalité de Saint-Tite », a illustré Mme Anglade à l’intérieur du Salon bleu de l’Hôtel du Parlement.

Le drapeau du Québec était d’ailleurs en berne à la mémoire des victimes de la pandémie. « À peu près 90 % des décès viennent des résidences de soins de longue durée. Bon, malheureusement, pour toutes sortes de raisons, la société québécoise a choisi d’avoir trois fois plus de personnes, toutes proportions gardées, dans des centres de soins de longue durée. Malheureusement, depuis plusieurs années, on était à court de personnel », a répondu M. Legault à la chef libérale.

Le leader parlementaire de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, s’est réjoui de ce « déconfinement de la démocratie ». Pour assurer le respect des règles de distanciation sociale, à peine 37 élus pouvaient être présents au même moment dans le Salon bleu durant chacune des deux parties de 45 minutes de la période des questions. Pour y arriver, des pupitres ont été retirés dans la Salle de l’Assemblée nationale, des gourdes d’eau ont été remises aux députés présents évitant les allées et venues de pages entre les rangées…


Zones d'ombre

La salle de l’Assemblée nationale s’animera de nouveau seulement la semaine du 25 mai grâce à un nombre réduit de députés. Les élus se sont engagés à étudier prioritairement quelques projets de loi dont le projet de Loi modifiant la Loi sur le curateur public (18) et le projet de Loi modifiant la gouvernance de la lutte contre les changements climatiques et favorisant l’électrification (44). D’ici là, les députés pourront questionner les membres du Conseil des ministres lors de commissions parlementaires virtuelles.

Plusieurs zones d’ombre demeurent sur le plan du gouvernement que la coporte-parole de Québec solidaire, Manon Massé, espère éclaircir. « Les périodes de questions, on va les utiliser pour comprendre quel est le plan du premier ministre de la CAQ pour sortir le Québec de la crise, pas pour déconfiner le Québec, pour sortir le Québec de la crise, tout le Québec », a-t-elle affirmé d’entrée jeu lors d’une mêlée de presse tenue dans la grande salle qu’est le Salon rouge pour que les journalistes puissent respecter la distance recommandée pour éviter toute contagion du coronavirus.

« C’est quoi, les courbes qui vont nous permettre de dire : là, c’est le moment, a-t-elle ajouté plus tard. Alors, actuellement, moi, ce que je vois derrière ça, c’est une décision politique. »

Le chef parlementaire du Parti québécois, Pascal Bérubé, s’est également demandé si la stratégie du gouvernement était réellement motivée par la santé publique. « J’aimerais pouvoir en juger, a-t-il répondu lorsqu’un journaliste lui a demandé si le gouvernement Legault était imprudent. Qu’est-ce qui relève de la santé publique, qu’est-ce qui relève du politique ? Je ne le sais pas, et, jusqu’à maintenant, jamais on n’a pu savoir s’il y avait des divergences partielles ou importantes de la santé publique quant aux décisions gouvernementales. »

Il a donné l’exemple de la directrice de la santé publique de l’Ontario qui a émis des réserves publiquement sur le plan de déconfinement présenté par le gouvernement de Doug Ford, contrairement au directeur national de santé publique du Québec, Horadio Arruda. « J’imagine qu’il faut prendre la parole du premier ministre [Legault], qui dit qu’en toutes circonstances, toutes les mesures ont été suivies. Mais vous comme moi, nous ne le savons pas, ça se fait derrière des portes closes. » Questionné par un journaliste sur l’indépendance du Dr Arruda, il a dit la souhaiter.

« J’aime y croire, a-t-il ajouté par la suite. Ce qui est important de ne pas dévier, il y a 3000 décès au Québec. Ça habite tout le monde. 3000 décès, 3000 deuils, 3000 épreuves épouvantables pour les familles et pour leurs proches, des gens qui meurent dans des conditions atroces, seuls, loin de leurs proches, ça devrait tout le temps être ça qu’on a en tête. »

Les couloirs de l’Hôtel du Parlement où trônaient quelques bouteilles de désinfectants pour les mains étaient presque vides, contrastant avec l’activité qui les animait avant le début de la pandémie. Des pastilles apposées au sol indiquaient aux rares employés qui s’y aventuraient comment y circuler pour éviter la propagation de la COVID-19.

À voir en vidéo