Des soldats au chevet des vétérans

Le Québec a un urgent besoin de « bras » dans ses CHSLD, et François Legault ne voit plus d’autre option que de se tourner vers les Forces armées canadiennes pour avoir le soutien de 1000 soldats. Or Le Devoir a constaté que ceux qui ont déjà été dépêchés au Québec l’ont été notamment dans un CHSLD qui ne compte que deux cas de COVID-19… mais où plusieurs vétérans sont hébergés.

Face à une crise qui ne se résorbe pas, François Legault a annoncé mercredi avoir officiellement demandé l’aide d’un nouveau déploiement des Forces armées. Le gouvernement québécois a dû se rendre à l’évidence : son appel à l’aide aux médecins spécialistes et à d’autres travailleurs de la santé de la province n’a pas suffi pour combler les besoins pressants de personnel dans les CHSLD.

« C’est sûr que, si j’ai le choix entre des gens qui savent comment porter les équipements de protection individuelle, qui ont des notions de base en santé, et un soldat qui n’a pas de connaissances ou de qualifications en santé, j’aime mieux des personnes qui viennent du réseau de la santé, a dit M. Legault. Mais on est obligés de se rendre compte qu’on n’est pas capables. »

Avoir 1000 soldats sans expérience particulière « n’est pas idéal », a-t-il reconnu. « Mais en même temps, je pense que ça va beaucoup nous aider d’avoir des paires de bras additionnelles pour faire des tâches qui sont moins médicales puis aider le personnel, qui est insuffisant actuellement dans les CHSLD. »

Le gouvernement fédéral n’a pas répondu immédiatement à l’appel à l’aide du Québec mercredi. « Nous travaillons étroitement avec le Québec pour identifier [ses] besoins précis, a déclaré le bureau du ministre de la Sécurité publique, Bill Blair. Nous allons étudier attentivement [sa] demande lorsque nous l’aurons reçue et nous déterminerons les prochaines étapes. »

L’Ontario a lui aussi annoncé mercredi qu’il demandera l’aide de l’armée pour tenter de freiner les ravages que fait la COVID-19 dans cinq de ses résidences pour personnes âgées.

 

L’armée aide les siens ?

La nouvelle demande de Québec survient alors que 70 militaires au total sont présentement à pied d’œuvre dans cinq CHSLD québécois… dont un qui n’éprouve pas de cas rapportés de COVID-19.

Les militaires dépêchés au CHSLD Valéo de Saint-Lambert (47 cas, soit 50 % des résidents), au CHSLD Villa Val des arbres de Laval (85 cas, 59 % des résidents), au Centre d’hébergement Yvon-Brunet (dans Ville-Émard, 115 cas, 71 %) et à celui de Verdun (83 cas, 38 %) se trouvent tous au cœur de la crise, dans des établissements que Québec classe en code « rouge ».

Toutefois, 20 % des militaires actuellement dépêchés au Québec le sont à l’hôpital Sainte-Anne, géré par la CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal. Or, on ne compte que deux cas de COVID-19 dans cet établissement de quelque 400 résidents.

Comment expliquer cette répartition des effectifs, au moment où le réseau montréalais des CHSLD croule sous la pression de la crise ? « La présence des militaires à l’hôpital Sainte-Anne s’explique par le fait qu’on y trouve des vétérans », a répondu au Devoir le ministère québécois de la Santé et des Services sociaux (MSSS).

En effet, cet hôpital centenaire était jusqu’en 2016 administré par Anciens combattants Canada — c’était le dernier d’un groupe de neuf établissements créés durant la Première Guerre mondiale pour prendre soin des vétérans. Encore aujourd’hui, plus du quart des résidents de ce CHSLD sont des vétérans.

Partenariat

La sélection des cinq CHSLD où les premiers militaires ont été dépêchés dans les derniers jours s’est faite en partenariat, dit le MSSS. Au final, c’est le ministère qui a déterminé les établissements « nécessitant le plus d’aide ».

Mais le porte-parole du MSSS, Robert Maranda, précisait aussi mercredi que « c’était le désir des Forces armées d’aider aussi leurs compatriotes vétérans ».

Le CIUSSS affirme de son côté qu’au-delà de la présence de nombreux vétérans, « c’est pour s’assurer que la situation demeure stable que les ressources de l’armée ont été envoyées » à l’hôpital Sainte-Anne. Celui-ci est le plus grand CHSLD du CIUSSS de l’Ouest.

Plus tard dans la journée, le MSSS a ajouté aux explications que, « vu le petit nombre de cas [de COVID-19], le personnel de la santé de l’hôpital Sainte-Anne a été redistribué dans d’autres endroits. Ça a créé un manque à Sainte-Anne, d’où la présence des militaires ».

À Ottawa, on nie avoir eu quoi que ce soit à voir avec cette décision. « DND [la Défense nationale] / FAC [les Forces armées canadiennes] n’ont pas choisi les lieux », affirme le ministère de la Défense dans un courriel où le mot « pas » était surligné.

« Nous répondons à la demande des autorités provinciales et nous continuerons d’œuvrer à assurer des soins appropriés, équitables à tous les patients. Le passé personnel des patients n’a aucune incidence sur notre présence. L’enjeu principal identifié par la province était le niveau des effectifs à ces cinq sites, où les taux d’absentéisme sont élevés. »

Quoi qu’il en soit, l’armée canadienne a envoyé jusqu’ici au Québec 130 de ses membres la fin de semaine dernière. De ce nombre, 10 infirmières et 60 techniciens médicaux sont répartis parmi les cinq CHSLD (deux équipes de sept par établissement). Le reste des effectifs est formé de personnel de soutien.

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